NOUVEAUX OUVRAGES
“L’ATELIER DE BEYROUTH” (LIBAN 1848-1914)
Ethnologue, Michel Fani a été conservateur à la Bibliothèque Orientale de Beyrouth de 1980 à 1990 et a assumé cette même fonction à partir de 1991 à la Bibliothèque nationale de France. Il vient de publier aux Editions de l’Escalier son deuxième ouvrage consacré toujours à la photo, sous le titre “L’Atelier de Beyrouth-Liban 1848-1914.”
CET OUVRAGE DE MICHEL FANI NOUS PLONGE DANS LES RACINES DE NOTRE HISTOIRE ET DE NOTRE CULTURE A TRAVERS LA PHOTOGRAPHIE
Ce précieux livre regroupe près de trois-cents photos en noir et blanc, évoquant la vie libanaise sous ses multiples aspects entre 1848 et 1914 et sélectionnées parmi 6714 épreuves réalisées par l’atelier photographique des pères Jésuites de Beyrouth. Dans son premier ouvrage, Fani avait présenté les photos de l’atelier de Ghazir. Si l’auteur s’est donné tant de peine pour retrouver, regrouper et sélectionner un certain nombre de photos dans chacun de ses deux livres, c’est qu’il a réalisé l’importance de ces deux ateliers de Ghazir et, surtout, de Beyrouth, au cours du XIXème siècle et au début du vingtième, au niveau aussi bien de la photo que de la connaissance du pays. Dans des situations et des directions différentes des ateliers commerciaux de l’époque, ils représentent un jalon fondamental de l’Histoire, de la culture et de la photographie du Liban et constituent un témoignage enrichissant de la lecture d’un pays, de ses identités communautaires.
UNE PHOTOGRAPHIE ALLANT AU REEL
Dans l’introduction, Michel Fani souligne l’importance de “L’atelier de Beyrouth”. “L’histoire de la photographie au Liban où s’inscrit “l’atelier de Beyrouth”, écrit-il, touche, certes, aux problèmes de l’iconographie, de l’histoire de l’image et des formes de représentation, mais les buts fondamentaux qu’elle s’assigne sont la constitution, la lecture et le décodage des identités du pays.”
“L’atelier de Beyrouth”, ce fut aussi Beyrouth comme atelier et lieu géographique où on pouvait interroger, voir et comprendre le Liban. Ses membres n’étaient pas des photographes professionnels, ne tenaient pas boutique. Leur atelier était l’espace intellectuel d’une ville et d’un pays”. Fani explique, aussi, que le but prioritaire de “L’atelier de Beyrouth” est celui d’une “photographie allant au réel”; elle peut donc être vue, aussi, comme un moyen de se prémunir, en laissant une trace sur du papier, contre les défaillances d’une chimie intérieure où chaque seconde dévore chaque seconde... Il indique, longuement, comment a pu être reconstitué ce fond photographique dispersé en plusieurs lieux, mais des plaques et des albums de toute importance furent hélas! détruits. Il précise que l’une des caractéristiques des photos de “L’atelier de Beyrouth” est l’anonymat, comme si, volontairement, l’identité des auteurs s’effaçait afin qu’on puisse interroger la photographie en elle-même et le Liban.
“UN MONDE OU CHACUN PEUT SE RECONNAITRE”
Michel Fani s’attarde tout particulièrement sur le rôle fondamental qu’ont joué les Jésuites dans l’histoire de la culture au Liban”: “Ils ont eu tout le temps de parcourir le Liban et toutes ses régions, dit-il, leur dépôt de photographies était lié à la réalité même du pays depuis 1848. Ils ont donc eu pour seul souci le réel et lui seul”. D’emblée, ils acceptaient de n’avoir aucune motivation, notamment d’ordre esthétique, l’important étant pour eux cette conjonction du visible et de l’image. Du même coup, ils posaient dans la brutalité du regard tout le problème fondamental du Liban de la représentation, de l’interrogation sur l’identité, durant près de soixante-dix ans d’une activité continue. Les 298 photos du livre témoignent de la diversité des thèmes abordés, de leur intérêt sur le plan culturel et historique, et de la photographie, bien entendu. On y trouve des planches représentant Beyrouth, son port, ses quartiers, ses rues, ses activités diverses, ainsi que différentes régions libanaises: Ghazir, Saïda, le sérail de Baabda, Deir el-Kamar,... D’autres planches évoquent la famille, les gens, la vie, les activités, les traditions, les cultes... Ces photos témoignent de toute une tranche de la vie du Liban. Fani écrit: “L’opération ayant duré soixante-dix années, une société entière put y trouver ce qui la fondait et se reconnaître, non dans un même visage ou paysage mais dans une même vision. Le monde qui surgit n’est pas celui de chacun, mais chacun peut s’y reconnaître et, avec lui, une société entière”. “L’Atelier de Beyrouth - Liban 1848 - 1914” est un très beau livre, qui ne peut qu’enrichir chaque bibliothèque privée ou collective, à travers ces planches photographiques qui retracent avec beaucoup de réalisme et d’authenticité une tranche de la vie du Liban dans ses divers aspects. Aujourd’hui plus que jamais, nous ressentons le besoin de retrouver ce passé qui appartient à notre patrimoine culturel et historique.
N. H.