LA CHRONIQUE
“QUAND LE COMPÈRE LE CÈDE À LA COMMÈRE!...”
L’avortement ne pouvait pas être mieux pratiqué. La réptilienne Madeleine Albright succède au débonnaire Warren Christo-pher. Qu’on n’aille pas s’éton-ner encore du dégoût qu’on éprouve à l’égard de cette politicardie qui ne cesse d’induire la planète en erreur. Une image de cette Amérique fin de millénaire où toutes les logiques sont inversées, où toutes les méthodes hasardeuses et déficitaires sont exploitées. La diplomatie américaine est en mauvaise posture. A moins que la nouvelle vedette ne nous réserve des vertus inexplorées, en guise d’étrennes. Alors, rien que sur le plan de l’éthique, elle aura sûrement besoin de reviser le code de A à Z. Querelleuse, agressive qu’elle était du temps où elle représentait son pays à l’ONU, ce n’est pas nous qui le claironnons, c’est le chorus onusien au complet qui le scande au quotidien. C’est le cadeau empoisonné que Bill Clinton nous offre en cette fin d’année, féminisme oblige, car 54% de l’électorat féminin ont voté pour le candidat démocrate. Il fallait bien répondre à ce coup de semonce quoiqu’il advienne.
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Néanmoins, ces attitudes gratuites et ces coups de semonces, sont loin de faire oublier aux Américains leurs soucis quotidiens, et les persuader qu’ils sont à leur zénith. Une lecture en diagonale de la presse américaine, explorant à la loupe toutes les failles et les cellules microbiennes d’un système qui se proclame incorruptible contribue à ragaillardir l’opinion contre les abus dont sont capables les dirigeants de l’omniprésente Amé-rique. Les deux grands partis qui se partagent le grand bazar aux Etats-Unis, ne sont en réalité que des entreprises dont les priorités et les stratégies sont bien identifiées, ajustées, au détriment de l’autre Amé-rique, celle assujettie à la dictature de la mondialisation, du chômage et de la précarité. Au niveau de la politique étran-gère, l’opinion américaine et inter-nationale sont accoutumées aux in-cartades et au veuleries de la diplo-matie américaine, épuisant tous les revers à travers tous les continents. Madeleine Albright, va-t-elle pouvoir prendre la relève, et nous habituer à un autre style? Va-t-elle se compromettre définitivement à mettre sur rails, une “pax americana” adaptée à l’air du temps, à la mesure d’une planète en perpétuelle et dangereuse mutation? Nous vivons certes dans un désordre mondial sans précédent, dans un atlas belliqueux et corrompu, dont l’Amérique se veut le gendarme incontesté. Partout, des Balkans au Caucase, jusqu’au Proche-Orient, le réveil du nationalisme a tragiquement ravivé d’anciennes inimitiés, attisées par des conflits ethniques à outrance alors que d’autres affrontements perdurent sous le regard impassible d’une communauté internationale, impuissante, parce que téléguidée par l’Amérique, en dépit de certaines tentatives et des palliatifs anodins prescrits pour des cas jugés incura-bles. L’espoir d’un monde plus juste serait-il perdu pour la Palestine, fût-elle à autonomie surgelée, la Bosnie qui continue de saigner, toujours en quête d’une paix introuvable, pour un continent africain et sud-asiatique en ébullition permanente? La pax americana promise aux habitants de la planète, sera-t-elle bientôt annoncée, ou va-t-elle être désacralisée, lancinante et aléatoire au mépris de tous les vœux, de tous les espoirs? Quel rôle devra assumer la pre-mière superpuissance mondiale pour que naisse enfin un nouvel ordre mondial respectueux des droits de l’homme et des peuples à l’auto-détermination, désespérément atten-du? Quelle paix va-t-elle cuisiner la diplomatie américaine sous la houlette de Madeleine Albright, après avoir été court-circuitée par ceux-là mêmes qui doivent en être les promoteurs et incontournables partenaires? En faveur de qui, la paix moyen-orientale, va-t-elle être négociée, et à l’insu de qui, va-t-elle être conclue, si jamais... A première vue, c’est le tandem israélo-américain qui aura la part du lion, - les quémandeurs de paix, les “sacrifiés” de toujours, auront droit aux miettes, si toutefois il en reste! A moins que les négociations, si jamais elles sont reprises, puissent enfanter, fût-ce au forceps, une quelconque solution au sempiternel conflit, défiant toutes les menaces et les imbroglios d’où qu’ils viennent. Madeleine Albright, sera-t-elle prête, le cas échéant, à participer à ce nou-veau compromis, ou va-t-elle, à l’exemple de son ingénu prédécesseur, se contenter de faire la navette entre les capitales des pays concernés, Beyrouth exceptée, où l’intransi-geance le dispute au belliqueux? Les diverses administrations américaines ont consacré le plus cher de leur temps, moins à favo-riser un règlement bien fondé du conflit israélo-arabe, qu’à échafau-der des négociations destinées à maintenir le statu quo, à animer la politique des petits pas, chère à Henry Kissinger qui, d’ailleurs, ne conduit nulle part. Les Libanais ont assez enduré les caprices de la diplomatie améri-caine. Presque tous les secrétaires d’Etat ont boudé Beyrouth prétex-tant la carence de sécurité. Ils sont toutefois déterminés à défendre le plus petit lopin de leur terre, aussi cher qu’en puisse être le prix! Par contre, ils se veulent décidément, bâtisseurs inlassables d’une paix juste et durable, mais jamais à leurs dépens. Depuis des lustres, ils dénoncent le grand péril qui grandit à leurs frontières. Le président Bill Clinton vient de former les vœux les plus déterminés pour que cessent les hostilités dans cette partie du monde. Ne dépend-il pas toutefois des Etats-Unis, de mieux servir la paix et la justice dans leurs demeures les plus sacrées, et qu’ils fassent de leur puissance un usage moins arbitraire et plus humain et de renoncer enfin à la politique des “deux poids et deux mesures” qui continue à faire des dégâts irréparables? La guerre israélo-arabe, ne nous paraît aussi criminelle et meurtrière que parce qu’elle nous accable et nous atteint dans notre chair: les Libanais continuent à payer les frais de cette politique bâtarde et corrosive: une bombe à retardement capable d’explo-ser à tout moment. Il est grand temps que les Libanais soient entendus. Entre compérage et commérage à l’américaine, le monde est perdu...
“Les vérités qu’on aime le moins entendre sont celles qu’on a le plus intérêt à connaître.”
(Proverbe chinois).
José M. LABAKI.