LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
La controverse autour des réformes constitutionnelles envisagées par le chef de l’Etat, semble avoir perdu de son acuité, surtout depuis l’entrevue, mercredi dernier, des présidents Hraoui et Berri au palais de Baabda. Les deux hommes ont eu une franche explication et sont arrivés, sans doute, à la conclusion qu’aucune réforme d’une telle envergure ne peut se réaliser au Liban sans consensus national.
PAS DE RÉFORMES CONSTITUTIONNELLES SANS CONSENSUS NATIONAL
Après s’être opposé à tout amendement de la Constitution, tel que proposé par le chef de l’Etat et avant que le président de la République consigne par écrit ses propositions de réforme constitutionnelle, le chef du Législatif a mis de l’eau dans son vin et changé le fusil d’épaule. De fait, il devait conférer mercredi au palais de Baabda, avec le président Hraoui qui avait, la veille, explicité la nature des réformes envisagées, en recevant le conseil de l’Ordre des journalistes. M. Hraoui a réaffirmé sa détermination à formuler les propositions y relatives, tout en se prononçant, une fois de plus, en faveur de la révision de la loi sur le statut personnel “que souhaitent les citoyens dans leur majorité”, a-t-il assuré “L’Etat, ajoute-t-il ne peut interdire le mariage civil, tout en veillant à ne pas transgresser la loi religieuse (charia).” Et de se demander: “Pourquoi un tel mariage est-il toléré à Chypre, en France et dans bien d’autres pays, alors qu’il est interdit chez nous?” Il faut souhaiter que l’entrevue entre les chefs de l’Etat et du Législatif ait dissipé le malentendu provoqué entre les deux hommes par le désir du premier de réviser certaines clauses de la Constitution. Pour en revenir au président de l’Assemblée nationale, on peut se demander si les remarques émises par son prédécesseur, le président Hussein Husseini, ont contribué à atténuer son opposition aux réformes constitutionnelles. En effet, M. Husseini a dit “qu’il appartient à la Chambre de se prononcer sur tout projet de cette nature... son président n’étant nullement habilité à prendre position envers des propositions non encore consignées par écrit. Dans ce cas, le parlement dans son ensemble doit émettre son avis à ce sujet et non une personne, quelle que soit sa position”. Le président Nabih Berri s’était opposé aux réformes constitutionnelles envisagées par le chef de l’Etat, arguant qu’elles auraient pour conséquence de court-circuiter le Législatif. “L’article 58 s’il était ratifié, dit-il, rendrait exécutoire tout projet de loi revêtu du caractère de double urgence, quarante jours après que la Chambre en serait saisie”... Quoi qu’il en soit, le débat sur les réformes constitutionnelles ne peut ni ne doit être institué à la légère, à travers la Presse ou à la faveur de déclarations et d’émissions télévisées. Etant donné leur importance, elles nécessitent une étude approfondie. De toute manière, elles ne pourraient nullement être imposées, quelle que soit la partie qui les proposent, en l’absence d’un consensus national. Faute de quoi, le climat local viendrait à se détériorer, au point de perturber dangereusement la vie politique dans le pays. Plus d’un exemple peut être invoqué à ce propos dans le passé proche et lointain. Les gouvernants devraient en prendre conscience et, partant, œuvrer à l’effet de dissiper la tension qui caractérise les rapports entre le Pouvoir et une partie de la classe politique.
Lundi se tiendra à Washington le groupe consultatif d’aide au Liban, en présence des représentants d’une quarantaine de pays, désireux de contribuer à la reconstruction des régions libanaises dévastées par le guerre. Le président Hariri a dit que ces assises ont un double avantage: permettre à l’Etat libanais de réaffirmer sa présence sur la scène internationale et fournir au Liban l’occasion d’exposer ses besoins dans tous les domaines aux Etats frères et amis.
QUE PEUT-ON ATTENDRE DE LA RéUNION DU 16 DéCEMBRE A WASHINGTON?
Le groupe consultatif pour l’aide à la reconstruction du Liban se réunira, lundi prochain 16 décembre à Washington, en présence des représentants d’une quarantaine de pays d’Europe, d’Amérique, d’Asie et du Moyen-Orient. La délégation libanaise soumettra un plan de 5 milliards de dollars pour le financement de trente-et-un projets d’équipement et de développement. Que doit-on attendre de ces assises? L’ambassadeur d’Allemagne à Beyrouth a déclaré que l’Union européenne consacrera 650 millions de dollars à notre pays, la part de Bonn dans cette assistance devant être de l’ordre de 29 pour cent. En précisant que «ce montant ne constitue pas une somme supplémentaire que l’U.E. consentirait au Liban, mais le fonds déjà agréé entre l’Europe et le gouvernement libanais, dans le cadre de quatre programmes de financement précédemment conclus». Par ailleurs. l’ambassadeur des Etats-Unis qui effectue des consultations avec les responsables libanais, en prévision de la réunion de Washington, celle des «amis du Liban,» s’attend qu’elle soit «fructueuse»; sans se prononcer, toutefois, sur l’ampleur de la participation financière américaine au fonds de développement. Quant à l’ambassadeur de France, il insinue que «la France annoncera une contribution importante» et appelle les autres pays participants à en faire de même, sans se limiter à des déclarations d’intentions. Et d’ajouter: «La réunion de la capitale fédérale revêt une importance politique, car elle traduit la solidarité internationale avec la reconstruction des régions libanaises dévastées par la guerre… Il ne suffit pas de faire des déclarations, mais il faut passer aux actes… La France qui a beaucoup donné au Liban dans le passé, apportera une importante contribution à ce pays unique en son genre, en raison de la coexistence entre ses différentes communautés». Les déclarations des ambassadeurs d’Allemagne et de France ont besoin d’être explicitées: le premier ne précise pas si l’assistance de l’Union européenne sera sous forme de prêts ou d’aides et, le second, n’indique pas si «l’importante contribution» de son pays au nôtre s’inscrira dans le cadre de l’aide européenne ou si elle sera consentie en plus de 450 millions d’écus (l’équivalent de 650 millions de dollars). Puis, en disant que la réunion de Washington revêt une importance politique, le diplomate français porte à penser que l’assistance des «amis du Liban» serait assortie de conditions susceptibles d’aliéner l’indépendance du pays des Cèdres et sa liberté d’action ou de décision, ne serait-ce que sur le plan de la reconstruction ou économique. Rappelons, enfin, que la création d’un groupe international d’aide au Liban avait été prévu par l’accord conclu le 26 avril sous les auspices de la France et des Etats-Unis, pour mettre fin à deux semaines d’agressions israéliennes contre le Liban-Sud. Les 5 milliards que le gouvernement libanais espère obtenir, sont destinés à financer son plan décennal de reconstruction et de développement dont le coût est estimé à 18 milliards de dollars. Ce plan, joint au projet de budget de 1995, avait été rejeté par la précédente législature qui avait exigé du Cabinet Hariri de le dissocier de la loi de finances.
Alors que le comité de surveillance de la trêve au Liban-Sud siégeait à Nakoura où il a confié à une commission ad hoc le soin d’enquêter pour déterminer la responsabilité des récentes violations du cessez-le-feu, Israël est revenu mardi à la charge et a pilonné d’autres localités et secteurs sudistes. Le comité mentionné peut se faire une idée nette de la situation sur le terrain et identifier le “coupable”; puis, renvoyer dos à dos la victime et l’agresseur...
NOUVEAUX RISQUES D’ESCALADE DANS LA ZONE FRONTALIERE…
Une fois de plus, Israël a violé le cessez-le feu dans la zone frontalière d’une manière injustifiée. De plus, son armée a utilisé des obus à fléchettes interdits par la convention de Genève. Ainsi, le statu quo, du reste fragile, a été perturbé au Liban-Sud, au risque de provoquer une nouvelle escalade de violence. Le «Hezbollah» a aussitôt réagi et estimant que «le comité de surveillance du cessez-le-feu a échoué dans sa mission consistant à sauvegarder la sécurité des populations civiles», se réserve le droit de reprendre le pilonnage du nord de l’Etat hébreu. A la demande du gouvernement libanais, le comité de surveillance s’est réuni lundi au siège de la FINUL à Nakoura, cette fois sous la présidence du délégué français, M. Jean-Michel Haussot, qui en assume la présidence au cours du prochain semestre, prenant ainsi la relève du représentant américain. Les bombardements de «Tsahal» faisaient suite à l’explosion d’une bombe télécommandée au passage d’une patrouille israélienne non loin du château de Beaufort, faisant un tué et un blessé parmi les membres de la patrouille. Les tirs de représailles ont pris pour cible plusieurs localités de la bande frontalière (occupée), dont celle de Kfartibnite, faisant plusieurs blessés parmi les habitants de ce village. Le groupe de surveillance qui tenait sa sixième réunion depuis sa cons-titution, a pris connaissance, comme d’habitude, des pièces à conviction de l’agression israélienne. Sur base de ces pièces et suite à un constat d’usage sur le terrain, il présentera son rapport au secrétariat général des Nations Unies. Comme les cinq fois précédentes, cet organisme s’abstiendra de condamner l’Etat hébreu et invitera les deux parties (israélienne et libanaise) à plus de retenue, renvoyant ainsi dos à dos l’agresseur et la victime. Aussi, est-il appelé à prouver son efficacité et sa crédibilité. La consignation dans un rapport de ce nouvel incident grave, sans plus, ne suffit plus à dissuader Israël de perpétrer d’autres attaques de même nature, en invoquant toujours la légitime défense. Fait à signaler: un journal proche du Likoud a accusé, lundi, la Syrie et l’Iran d’acheminer des armes au «Hezbollah», ces dernières étant débarquées à Damas, pour de là être acheminées aux «Hezbollahis» jusqu’à leurs positions dans la Békaa et au Liban-Sud. Ce quotidien invoque le fait pour justifier les raids de «Tsahal» sur les populations civiles, victimes innocentes d’un conflit qui a trop duré. A supposer, comme le prétend Tel-Aviv, que ces raids sont perpétrés à titre de représailles, suite aux attaques de la résistance opérant dans la zone fron-talière, peut-on ne pas admettre que celle-ci agit dans la partie méridionale du pays, contre des forces ennemies occu-pant, illégalement, de vastes portions de notre territoire? La résistance n’a plus lancé ses Katiouhas sur les kibboutzim, pour que l’armée israélienne riposte en prenant pour cible des villageois démunis de défense. Aussi, met-elle en garde contre la perpétuation du pilonnage des civils et se promet-elle de répliquer au pilonnage par des opérations similaires, «car elle ne peut voir son peuple payer en permanence l’impôt du sang et rester seul en position de victime». Il n’est donc pas impossible que la résistance reprenne le bombardement de la Galilée, ouvrant ainsi la voie à différentes possibilités aux conséquen-ces néfastes…
ECHOS ET REFLEXIONS
FIN D’UN CAUCHEMAR!
Enfin, l’accord conclu entre les Nations Unies et Bagdad, en vue de la réexportation pour la première fois depuis 1990, du brut irakien, a reçu lundi un début d’application. Les Irakiens qui souffraient d’une pénurie de denrées alimen-taires et de médicaments, sont-ils au bout de leurs peines? C’est, à n’en pas douter, la fin d’un cauchemar, le produit de la vente de deux milliards de barils, chaque semestre, devant permettre à Saddam Hussein de subvenir aux besoins de son peuple privé, jusqu’ici, de l’essentiel. Au point que beaucoup d’habitants des bords de l’Euphrate étaient contraints de céder jusqu’à leurs meubles et même leurs ustensiles de cuisine pour ne pas mourir de faim… Les enfants en bas âge ont le plus pâti des sanctions imposées à la République irakienne, au point qu’ils mourraient par dizaines chaque mois, faute de vivres et de soins. Il est étrange que l’ONU ait maintenu pendant si longtemps le blocus à des millions d’êtres hu-mains qui ont enduré le pire, pour la raison que le commandement irakien a commis l’erreur d’envahir un Etat voisin, en l’occurrence le Koweit. Fallait-il pour cela priver toute une population de son droit à une vie décente et digne, ainsi que le lui reconnaît la Charte internationale des droits de l’homme? N’y avait-il pas d’autres moyens moins inhumains pour faire entendre raison au «maître de Bagdad» qui, après la première guerre du Golfe, s’est aventuré dans une seconde non moins déprimante, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle était injustifiable!. … Et qui s’est retournée, en définitive, contre son pays, en l’isolant du reste du monde et en le plaçant au ban de la communauté internationale! Il faut espérer que Saddam s’engagera, maintenant, dans une voie moins bouchée et s’emploiera à relever le standing de vie de ses concitoyens, d’autant que les pays arabes sont en train de s’appauvrir, ainsi que le révèle un rapport présenté à la conférence régionale arabe sur la population qui a tenu ses assises, cette semaine, sur les bords du Nil.
Edouard BASSIL.