SATURNALES

LA LIBERTÉ EN DEUIL!

De Profundis. La liberté est en deuil au Liban. Un deuil qui ne semble pas près de finir. Elle porte le deuil de la démocratie. Le deuil des liber-tés. Le deuil des espé-rances déçues. Le deuil des illusions envolées. Le deuil des richesses à jamais perdues. Le deuil d’une jeunesse qui émigre. Le deuil d’un avenir hypothéqué. Comme le dit le Père Teilhard de Chardin: “Rien n’arrête les idées. La compres-sion extérieure ne fait que les exaspérer”.

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LES AMBASSADEURS ET LES CASIERS JUDICIAIRES!

Mais qui a donc peur des ambassadeurs libanais qui ont pris la retraite ou démissionné? Une majorité d’entre eux, pour ne pas dire tous, se sont mis d’accord pour créer ce qui s’appellera peut-être “Al-Mountada” (salon littéraire diplomatique). “Conférence des Ambassadeurs” ou “Cercle des Ambassadeurs”. Le problème n’est pas l’appellation, mais bien toutes les formalités à accomplir pour que ce groupement puisse avoir le permis d’exister et d’exercer ses activités! Les membres de ce qui sera un des plus prestigieux rassemblements d’ambassa-deurs, sont des diplomates chevronnés qui ont porté bien haut le nom du Liban à l’étranger durant une période des plus critiques de son existence. Ils pourraient atteindre le nombre de 65 à 70 et appartiennent à toutes les confessions existantes au Liban: Parmi ces noms, citons au hasard et sans aucun ordre de préséance: Edmond Khayatt, Adnan Badra, Fouad Turk, Pierre Ziadé, Edouard Ghorra, Jean Malha, Jean Hazou, Abbas Hamié, Henri Abou Fadel, Saïd el-Assaad, Alexandre Ammoun, Maurice Bassous, Khalil Mekkaoui, Jean Goguikian, Soheil Freijjy, Adel Ismaïl, Adib Kantar, Michel Salamé, etc... Sans compter les ambassadeurs hors cadre tels que: Farouk Abillama, Pedro Dib, Ghassan Tuéni, Nassib Lahoud, Simon Karam, etc... Or, depuis plus d’un an, les membres fondateurs sont en butte aux tracasseries administratives, comme les formalités de “Alm wa Khabar” (Avis et information) auprès du ministère de l’Intérieur. Ces membres, à qui il a été confié de défendre les intérêts du Liban à l’étranger et dans des circonstances extrêmement difficiles, doivent présenter un extrait de leur Etat-Civil (comme si leurs passeports ne suffisaient pas) et comble d’ironie, un extrait de leur casier judiciaire, - prouvant qu’il est vierge - et n’ont pas été condamnés! Quand le Liban vit à l’heure actuelle “d’exception et pour une fois seulement” n’aurait-on pu aussi à “titre exceptionnel et pour une fois seulement”, soit les dispenser, soit accélérer les formalités pour ces diplomates? Pourquoi les ignore-t-on? A qui font-ils peur? Cette Assemblée d’ambassadeurs pourrait devenir, en fait, une “TRIBUNE COMPLÉMENTAIRE DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE”. Avec ce groupe d’ambassadeurs, une partie de l’Histoire contemporaine pourrait revivre. Ils ont côtoyé et fréquenté les grands de ce monde sur tous les continents. Leurs souvenirs et leurs expériences sont uniques. Les personnages inventés par les romanciers: Julien Sorel, Eugénie Grandet, Emma Bovary, Fabrice del Dongo, Scarlett O’Hara, Rett Butler, David Copperfield etc... doivent à leurs auteurs une vie plus réelle que des millions d’êtres vivants en chair et en os. Si des héros imaginaires ont reçu à jamais le souffle de la vie, pourquoi des êtres vivants ou ayant vécu ne jouiraient-ils pas d’un privilège identique? Ce serait aux ambassadeurs libanais de les présenter, de les ressusciter. Ce serait passionnant! La vocation de ce “Salon littéraire diplomatique” sera moins de contester, que d’informer. En bons diplomates, ils provoqueront certes courants d’opinion, mais il feront triompher l’intelligence sur la violence. Leur devise pourrait être: “A l’avant-garde des idées. Jamais une minute de retard sur l’esprit nouveau qui souffle sur le monde.”

MADELEINE ALBRIGHT, LE ROUGE ET LA CHAUSSURE DE KHROUTCHEV

Le nouveau ministre des Affaires étrangères des Etats-Unis (Secretary of the State Department) est une dame et une femme de caractère: Madeleine Albright, au nom prédestiné (albright-tout brillant). Fille d’émigrés tchèques, non diplomate de carrière, elle a un sens particulier de l’humour, n’hésite pas à faire une entorse au protocole, si c’est pour la plus grande gloire des Etats-Unis. Quand on lui a demandé ce qu’elle aurait, fait, si elle avait été, à l’époque, la déléguée des USA aux Nations Unies, quand Khroutchev avait tapé avec sa chaussure le prestigieux pupitre de cette institution. Elle a déclaré tout sourires: “J’aurais répondu en tapant avec mes deux chaussures...” Par ailleurs, elle se moque éperdûment de ses atours, de sa coiffure. D’une hygiène parfaite, elle transporte toujours dans son sac sa brosse à dents et estime qu’à son âge 59 ans, ce ne sont pas les dentelles et les chiffons qui comptent, mais bien sa personnalité! Elle adore le rouge, le marine et le noir. Le jour de sa nomination et présentation à la presse, elle portait un ravissant tailleur rouge et s’était fait coiffer pour la circonstance. Si ses invitations officielles sont particuliè-rement bien organisées et soignées en suivant la liste des préséances le plus rigoureusement, elle adopte un style bien à elle pour les invitations amicales. Elle confie souvent au hasard, les places de ses invités, les faisant tirer au sort la place qui leur est attribuée. Ce qui a vite fait de dégeler l’atmosphère. Quand on critique devant elle les USA, le mode de vie américain, elle se contente de demander doucement: “S’il est tellement mauvais de vivre aux USA, comment se fait-il que le nombre d’immigrants croît d’année en année et qu’il n’y ait pas d’émigrés américains dans ce vaste monde? “Pour un million d’immigrés (environ annuellement) combien de citoyens américains émigrent vers des cieux plus cléments?” Enfin, dernières qualités de Madeleine Albright: elle adore danser et chanter pour se distraire de ses longues nuits blanches, penchée sur les dossiers de travail.

MARY YAZBEK AZOURY.