LA TRIBUNE

ALBRIGHT, POUR DISSIPER LE DOUTE?

La position de certains dirigeants arabes à l’égard des Etats-Unis, ainsi que celle de M. Clinton aussi bien que celle de l’Union euro-péenne vis-à-vis de M. Netanyahu, rappelle cette vieille plaisanterie du mari qui soupçonnait sa femme d’infidélité, mais voulait des preuves. “Je suis tourmenté par un doute, confie-t-il à l’un de ses amis intimes. Je crois que ma femme me trompe. Un jour qu’elle sortait, je l’ai suivie. Elle pénètre dans un grand magasin par une porte et en ressort par une autre porte. Je la suis toujours. Elle prend un taxi. Je la suis dans un autre. Elle arrive dans la rue de... où elle rencontre un ami. Ils montent ensemble dans un studio. Je les suis. Je colle mon śil au trou de la serrure. Ils se déshabillent et se mettent au lit...” “- Et alors?... dit l’ami impatient.” “Alors, je n’ai plus rien vu. Ils avaient éteint la lampe. Et depuis, le doute continue de me tourmenter...” A force de se poser des questions sur les intentions de M. Netanyahu et de lui donner le temps de prouver sa volonté de paix, tout en fermant les yeux sur ce qui se passe sur le terrain, il ne restera bientôt plus rien de l’autonomie promise aux Palestiniens. La colonisation israélienne aura tout englouti et le fameux “processus” (qui a achevé sa cinquième année avec des retours en arrière) aura vécu comme tant d’autres médiations au cours des soixante dernières années. Pour boycotter Cuba, le Soudan, la Libye, l’Irak et l’Iran, on n’avait pas pris tant de gants.

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Pour couronner cet enterrement du “processus”, M. Clinton met maintenant en scène, à la place de M. Christopher, un nouveau secrétaire d’Etat: Madeleine Albright qui brille déjà au firmament israélien sous le titre flatteur et parfaitement explicite de “sioniste d’honneur”. Curieux choix pour exercer une médiation entre les Arabes et l’Etat juif. Si c’est pour plaire à son électorat féminin que M. Clinton l’a choisie, ne pouvait-il pas affecter Mme Albright à un autre poste ministériel alors que pour celui-là, elle est notoirement inadaptée? On sait déjà que Mme Albright s’est distinguée aux Nations-Unies par son appui systématique aux thèses israéliennes. C’est ainsi que, récemment, elle s’était farouchement opposée à la condamnation d’Israël pour le massacre des innocents de Cana en avril dernier. Certes, et on l’a déjà souligné, le délégué d’un pays à l’O.N.U. ne fait que suivre les directives de son gouvernement - et que c’est à Washington que la politique des Etats-Unis est conçue et dirigée. Mais un secrétaire d’Etat n’est pas un fonctionnaire subalterne. Il apporte une touche personnelle à la politique de son gouvernement si ce n’est pas lui seul qui l’élabore entièrement. Et en l’espèce, s’agissant d’une médiation délicate, là où l’on devrait attendre une impartialité, on est saisi par le doute: Mme Albright à Washington sera-t-elle différente de Mme Albright à New-York? La franchise, voire la brutalité du langage de Mme Albright c’est peut-être finalement une bonne chose: elle dépouille la diplomatie américaine de son hypocrisie habituelle et de sa duplicité (mais la diplomatie de quelle grande puissance en est-elle exempte?). Avec Madeleine Albright, on saura du moins à quoi s’en tenir si on ne le sait déjà. En fait, s’agissant de l’Amérique, il est probable que le doute ne pourra plus tourmenter personne.

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Les choses étant ce qu’elles sont, à quoi faut-il s’attendre? Le fabuliste l’avait déjà constaté: la raison du plus fort est toujours la meilleure. C’était au temps où l’on ne brandissait pas encore la bannière des “droits de l’homme”. Mais, en définitive, rien n’a changé. Et pour illustrer ce constat pessimiste, M. Netanyahu rassuré plus que jamais du côté américain, prépare déjà ouvertement une épreuve de force. Sur quel terrain se produira-t-elle? Là-dessus, toutes les spéculations sont permises. Le Golan comme le Liban-Sud sont des espaces également attrayants pour une fuite en avant du chef du gouvernement israélien. Avec cette réserve toutefois qu’au Golan, M. Netanyahu exposerait ses colons aux risques de sévères représailles beaucoup plus directes et douloureuses qu’une riposte sur la Galilée. En Cisjordanie et à Gaza, c’est le prudent Arafat qui pourrait être débordé par une population poussée au désespoir et à la révolte pour affronter l’armée israélienne, autrement, cette fois-ci, qu’avec des jets de pierre. On le sait depuis son accession au pouvoir, M. Netanyahu, pour échapper aux dangers de la division sur le plan intérieur, est tenté de provoquer une aventure sur un territoire voisin. Tous les paris sont donc permis. Rien ne va plus. M. Clinton va-t-il, enfin, prendre conscience de la poudrière que ses tergiversations ont laissé se reformer en Proche-Orient?

RENE AGGIOURI.