DOSSIER.
LA FUSION DES SECTIONS I ET II DE L’U.L.,
DÉCISION ACADÉMIQUE OU POLITIQUE?
La migration forcée des étudiants de l’U.L. sections I et II est vécue comme une injustice. Cette décision jugée arbitraire à l’exécution aveugle et précipitée, suscite la colère des étudiants. “Pourquoi faut-il que ce soit toujours nous qui payons les pots cassés?”, clament-ils. Malgré ce long travail de sape, ces jeunes sont fermement résolus à se battre. Leur analyse de la situation est si logique, qu’elle ferait rougir le plus futé de nos politiciens. Trop d’outrages finissent par donner la rage... Cette fois, ils ne se laisseront pas faire. Même la meilleure des volontés réclame justice. Ce point de vue semble partagé de part et d’autre: les étudiants des sections I, aussi bien que ceux des sections II, voient d’un mauvais œil cette mutation géographique. Outre les complications dans les transports et l’absence d’hébergement prévus, la situation économique de ces jeunes est terriblement déficiente et ne peut tolérer des dépenses supplémentaires, aussi minimes soient-elles, pour arriver à leur université. D’autant plus qu’ils doivent faire face aux problèmes de l’emploi. Dans les sections II, un cri fuse, placardé sur les murs: “Oui aux sections II de l’U.L.”. Dans les sections I, les propos sont, d’abord, plus enthousiastes quant à la décision... Puis, au fil des entretiens, les langues se délient: on en vient à affirmer “qu’il n’y a pas de coordination entre le ministère de l’Enseignement supérieur et l’U.L.” qui a été surprise par le décret. Que la décision devrait, pour être acceptable, s’inscrire dans une politique générale de restructuration de l’enseignement public... Manière sous-entendue de dire non à la décision. Lorsque nous évoquons une hypothèse politique (non académique), nos interlocuteurs demeurent méfiants... rappelant que la séparation est due à la guerre et n’a plus de raison d’être maintenue. La question confession-nelle demeure, quant à elle, un tabou terrifiant: tous tournent autour, l’évitent, nient son évidence... y reviennent pourtant sans oser la formuler confirmant l’adage: qui se défend s’accuse. Puis, abordant l’aspect logique du problème, on en arrive à dire non sans amertume: “Effectivement, la raison officielle qui change avec l’humeur: réduction des dépenses, proximité géographique, intégration nationale, etc... n’est pas objective”. Mais alors, quel est l’argument latent? Pourquoi réunifier les sections I et II de l’U.L.?
Qui est pour? Qui est contre?
Enquête.
Assaad DIAB:
Recteur de l’Université libanaise
“Décision académique et non politique”
M. Assaad Diab, défend la thèse de la réunification des sections I et II, considérant qu’elle constitue une force et un relèvement du niveau d’ensemble, profitable pour l’avenir aux plans scientifique et académique, autant que pour l’intégration des étudiants au sein d’une même entité nationale. Cela ne veut pas dire qu’il est loin de la réalité et ne comprend pas la réaction des uns et des autres. Il reconnaît de même que le conseil de l’Université a été surpris par le timing de la décision prise par le Conseil des ministres et aurait souhaité avoir le temps nécessaire pour préparer ce processus de la meilleure manière possible. N’empêche qu’il parie sur sa réussite et ses bienfaits pour l’avenir de l’U.L.
Il est évident que la décision d’éliminer les sections II de l’U.L. est, essentiellement, d’ordre politique. Quelle est la position du recteur et du conseil de l’Université face à cette question qui produit tant de remous?
“Pour être équitable, il ne s’agit pas d’une décision politique mais académique. Si on veut lui attribuer un aspect politique, ce serait, uniquement, dans le sens vaste du terme, dans un objectif d’orientation nationale, en vue d’intégrer nos étudiants au sein d’une même entité.”
- En tout cas ce n’est pas ainsi que cela est perçu!
“Tout d’abord, il ne s’agit nullement d’éliminer les sections I et II de l’U.L. Tel n’est pas le but visé et il n’y a aucune arrière-pensée dans notre décision à l’encontre de telle ou telle section. Au contraire, je considère qu’il est de notre devoir de veiller sur toutes les sections et en tant que responsable d’une institution, mon cœur et mon esprit s’adressent à tous de la même manière”.
- Pourquoi donc cette décision?
“En examinant la situation de l’U.L., nous avons constaté que des facultés avaient un nombre réduit d’étudiants et sont coûteuses, telles celles de la médecine, de la pharmacie et de l’agronomie, car elles demandent des équipements et des compétences professionnelles. Quant à la distance géographique entre les deux sections de chacune de ces facultés, elle demeure minime et on ne peut pas vraiment parler de découpage régional et administratif. Certes, l’étudiant, comme chaque citoyen et nous tous, aura à subir les difficultés du déplacement et on espère que cet handicap finira par être réglé avec l’amélioration de notre réseau routier et l’extension des transports en commun à tous les secteurs. “Tel a été donc le point de départ qui fut approuvé par le Conseil de l’Université; puis, envoyé au Conseil des ministres il y a plus d’un an et demi. Entre-temps, on a poursuivi l’étude de la question en profondeur avec toutes ses implications, jusqu’au jour où le projet fut adopté par le gouvernement.
POURQUOI RÉUNIFIER LES SECTIONS?
- Le mot unification n’est-il pas utilisé à tort, sachant que l’U.L. est unifiée, puisqu’elle a les mêmes rectorat, programmes et diplômes?
“Je suis d’accord sur ce que vous dites concernant le rectorat et les programmes, mais il y a quand même quelque chose contre-nature. Au cours des années de guerre, des sections ont été créées, afin de permettre à l’Université de survivre et, aux étudiants, d’arriver à leurs lieux d’études. Cette conjoncture est terminée. “Si on examine la situation des sections de près, on constate que dans l’une et l’autre il y a des compétences et des niveaux élevés par rapport, aussi bien aux professeurs qu’aux étudiants. Les réunifier constitue, dès lors, une force et un relèvement du niveau, non seulement aux plans scientifique, académique et de la recherche mais, aussi, du point de vue de la capacité du corps professoral à prodiguer le meilleur enseignement aux étudiants et, pour ces derniers, de donner le meilleur d’eux-mêmes”.
- Dans toutes les universités du monde, il y a différentes branches et sections. Quel mal y avait-il à maintenir et à renforcer les sections I et II de l’U.L.?
“J’admets ce principe quand il existe un éloignement géographique. On ne peut pas demander aux fils de Zahlé ou de Tripoli de venir à Beyrouth, quoique les distances au Liban demeurent minimes, comparées avec les autres pays. Mais ce n’est pas le cas des sections I et II établies entre l’Unesco et Furn el-Chebbak ou Dékouaneh. “Je reconnais qu’il y a encore des séquelles de la guerre qu’on ne peut effacer facilement. Puis, les arguments contre la réunification sont plus forts, car plus palpables, quoique personne ne veut évoquer l’argument essentiel. “Pour cela, nous avons commencé par nous pencher sur les facultés où de part la nature des études, l’étudiant n’a pas le temps de s’occuper d’autre chose que de son travail et où les mouvements politiques sont faibles”. “Par ailleurs, poursuit le recteur, je reconnais qu’il aurait fallu préparer ce processus avant d’aboutir à la réunification, afin qu’elle soit plus facilement admise par les étudiants. Si quelqu’un doit être transféré dans un lieu donné et qu’il s’en plaint déjà, il se plaindra davantage encore si l’état des lieux est insatisfaisant. “J’avoue qu’on n’attendait pas, en ce moment, la décision de réunification. Le projet envoyé il y a un an et demi au Conseil des ministres était en veilleuse et on a été surpris en plein été par cette décision, alors que la vie universitaire est au ralenti. Si on l’avait reçue au milieu de l’année passée, on aurait pu mieux préparer le processus et aménager toutes les modalités d’application de la meilleure façon possible. “Maintenant, la décision est prise et nous devons l’appliquer, convaincus de son utilité, en essayant de surmonter les obstacles.”
- Allez-vous pouvoir convaincre les étudiants de votre point de vue?
“Ne croyez pas que je suis loin de la réalité. Je sens avec les étudiants et comprends leurs réactions, car ce n’est pas facile de changer d’un lieu à un autre, alors qu’on est habitué à un cadre de vie donnée à une mentalité, avec tous les problèmes que cela peut poser. “Mais je regarde plus loin et considère que, pour l’avenir, cette réunification est utile et profitable. Les étudiants vont réaliser que leurs équipements seront meilleurs, ainsi que les locaux; que la compétence au niveau des professeurs sera renforcée vu la concurrence. Il y aura un brassage d’idées sain et fructueux pour une meilleure compréhension de la société libanaise. “La multiplicité des idées et des orientations dans notre société peut être une bénédiction ou un facteur néfaste, selon le choix qu’on en fait. Faisons donc de notre pluralisme un facteur positif pour un meilleur avenir. L’échange des idées élargit l’horizon de l’être humain. Il ne faut pas oublier que nous formons des générations et que la mission de l’école ou de l’université n’est pas, uniquement, de prodiguer l’enseignement mais d’éduquer, sinon elle faillit à sa vocation. “Je reconnais que cette décision n’est pas facile à accepter. J’écoute les étudiants et leur réaction ne me dérange nullement. Ce sont tous nos enfants. Ils finiront par comprendre l’importance et l’intérêt d’une telle décision qui leur permettra d’élargir leur horizon, de confronter les idées et d’approfondir leurs connaissances. Je parie là-dessus. “J’ai vécu cette situation du passage d’un milieu à un autre, d’une région à une autre vu ma profession de juge et cela m’a permis de voir les choses d’un point de vue global”.
“LES éTUDIANTS EN MéDECINE M’ONT REMERCIé”
M. Diab explique que le processus de réunification est entré en vigueur de manière irréversible pour trois facultés: la médecine générale et dentaire, la pharmacie et l’agronomie. La section I de médecine générale qui se trouvait à l’hôpital El-Sahel (banlieue-sud) a été intégrée à la section II de Dékouaneh. La section I de la médecine dentaire qui se trouvait à l’UNESCO a été intégrée à la section II de Sin-el-Fil. Pour la faculté de pharmacie, le mouvement s’est fait dans le sens inverse: ceux qui étaient à Dékouaneh, vont rejoindre la faculté dentaire à l’UNESCO. Pour la faculté d’agronomie, certains cours seront donnés à Dékouaneh; d’autres à l’UNESCO en fonction des possibilités d’équipement, mais dans le cadre d’une faculté unifiée.
“En médecine, affirme M. Diab, les étudiants se sont plaints des problèmes de coordination du travail entre les médecins enseignants. La question a été résolue, les étudiants ont arrêté leur sit-in et m’ont envoyé une lettre de remerciements. Ce sont les pharmaciens qui, en fait, ont le plus de problèmes, vu l’état des bâtiments et on essaye d’y remédier au plus vite”. Concernant le sort des professeurs qui enseignaient dans l’une ou l’autre des sections, il explique: “Il y a eu redistribution des charges et des fonctions. Le droit des professeurs cadrés à plein temps est, évidemment, garanti. Peut-être qu’en médecine il y aura un surplus de médecins engagés par contrat et on devra retenir ceux qui sont les plus compétents au plan de l’enseignement. Mais les médecins n’ont pas de problèmes, vu qu’ils ont leur profession. En pharmacie et en agronomie, le nombre des professeurs est limité et aucun problème ne se pose”.
QUID DE L’ASPECT CONFESSIONNEL DU PROBLEME?
- Pour parler, objectivement, cette décision a pris un aspect confessionnel, comme si on cherchait délibérément à éliminer les sections II installées au Mont-Liban disposant de locaux adéquats et d’un haut niveau académique. Qu’en dites-vous?
“Je connais la situation dans le pays et d’aucuns ont soulevé le cas de certaines sections auxquelles on n’a pas touché...”
- ...Au Chouf, par exemple?
“Croyez-moi que, lorsqu’on aura les bâtiments adéquats, on fermera toutes ces sections. On avait, par exemple, créé une section pour les infirmières à Ain et Zein. Comme personne n’a réussi, on l’a fermée. “Mais soyez sûre d’un fait: il ne m’est pas possible de voir les choses d’un côté confessionnel, sinon je me trahis. Quant à l’argument de la compétence et du niveau souvent évoqué, il peut être vrai, ou ne pas l’être. On ne peut en juger ou en parler que lorsqu’on donne une égalité de chances aux gens. A ce moment, on pourra dire que telle personne est meilleure que l’autre. “Au niveau du concours d’entrée, seule la compétence joue et ne tient compte d’aucun facteur confessionnel. En médecine, les deux tiers du nombre requis ont été des chrétiens à réussir au concours. Ils ont été pris. “Que les étudiants soient donc rassurés: avec la réunification, le niveau va s’améliorer. Ils auront de meilleurs professeurs et des locaux plus adéquats. Leurs craintes n’ont aucune raison d’être, quoique je les comprends étant donné le climat politique du pays”.
SECURUTE EDUCATIVE ET PAIX POLITICO-SOCIALE
- Quel est le sort des autres facultés et sections I et II de l’U.L.?
“Rien n’est encore décidé. Mais il est important de comprendre qu’une bonne gestion est essentielle pour assurer le meilleur niveau académique et scientifique de l’université. Rien n’empêche de créer des facultés dans les différentes régions du pays, mais que la faculté soit une en tant que telle et non des sections agissant chacune à son compte. “Quelqu’un ne peut pas se considérer meilleur que l’autre. Sinon cela signifie que nous formons deux pays. Car si mon frère qui vit à côté de moi n’est pas à l’aise sur le plan social, financier et culturel, cela va de toute façon se répercuter sur moi. Ce n’est pas ainsi qu’on édifie une patrie. “Nous devons nous pencher sur les véritables problèmes de l’université: assurer le meilleur local, les équipements adéquats, élever le niveau et créer une véritable mentalité d’échange, d’ouverture et de dialogue. Je serais, par exemple, pour la création d’un Institut supérieur d’information qui formerait les cadres des différents médias écrits et audiovisuels. Mais que faire en même temps d’un grand nombre de licenciés en information, s’ils ne peuvent être assurés d’avoir du travail? Il y a une logique des choses qu’il faut admettre”. En conclusion, le recteur de l’U.L. nous dit: “Accorder de l’intérêt à l’enseignement supérieur et à l’éducation, en général, constitue un facteur essentiel dans la formation de l’homme valable sur le plan économique. Cela constitue un grand investissement à tous les niveaux, même s’il ne donne pas un résultat immédiat. Lorsque les peuples s’élèvent sur le plan scientifique et culturel, le niveau du pays progresse. Assurer l’enseignement gratuit à l’école et à l’université, en fonction des besoins des gens, est la voie essentielle vers la sécurité éducative, qui pave la voie à la paix politique, sociale et civile.
NELLY HELOU
Dr GHASSAN BADREDDINE:
Directeur de la faculté de droit et de sciences politiques (section I):
“L’UL est lésée quant à ses droits moraux et matériels”
- Comment fut décidée la fusion des sections I et II de l’U.L.?
“La décision a été prise par le Con-seil de l’U.L. et le décret est venu par la suite.
- Les étudiants pré-tendent que les responsa-bles de l’UL n’étaient pas au courant de la décision et ont été surpris?
“Nous avons été, peut-être, surpris par la rapidité de la décision et non par la décision elle-même”.
- Les étudiants sont mécontents, son exécution ayant été trop hâtive.
“Certes, ils ont été transférés dans des locaux quelque peu étroits, pas toujours en très bon état et cela ne leur a pas plu. Mais nous avons écouté leurs doléances et avons promis de leur assurer les exigences techniques dans un proche avenir. La décision a été prise dans ce sens et ils ont admis le projet”.
ON NE PEUT FUSIONNER LES GRANDES FACULTES
- Mais que pensez-vous de la fermeture des sections II? N’est-ce pas une décision aveugle?
“On ne les a pas fermées, mais fusionnées parce qu’il y avait des facultés qu’on pouvait facilement fusionner, vu le nombre réduit d’étudiants qui y étaient inscrits et en raison de la proximité géographique. “Nous ne pouvons pas, par exemple, fusionner les grandes facultés. Cela serait impensable. Nous avons ici près de 3000 étudiants et dans la section II près de 2700. Quel local de l’UL pourrait-il contenir 5700 étudiants?! “D’autre part, notre décision n’est pas aveugle: elle a été mûrement étudiée! En effet, comment et avec quels moyens, équiper deux sections de Pharmacie, alors qu’on peut à peine en équiper une?”
- L’UL ne constitue, paraît-il, que 0,9% du budget de l’Etat. Pourquoi alors cette générosité au compte-gouttes?
“Il est vrai que l’U.L. est lésée quant à ses droits tant moraux que matériels. Nous réclamons, sans cesse, des moyens suffisants qui nous permettent de concurrencer, efficacement, les universités privées, mais nous n’obtenons pas ce que nous voulons. 90% du budget de l’UL est consacré aux dépenses salariales; comment faire face aux autres charges? “Pourtant, l’accord de Taëf approuve et encourage l’enseignement public; je ne sais pourquoi notre part est si faible”.
- Ce projet de fusion a été contesté tant par les étudiants des sections II que par ceux des sections I. Personne ne désirait cette migration...
“Nous avons opéré la fusion là où les locaux permettent tant à l’Est qu’à l’Ouest. Au début de la guerre, nous avions à l’UL, pour le doctorat en droit par exemple, des professeurs différents en section I et II pour la même matière! Avec la fin de la guerre, nous avons innové et ajouté de nouvelles spécialités pour ce qui est du doctorat comme le droit des affaires, la criminologie et nous avons décidé de faire bénéficier nos étudiants de ces branches nouvelles en gagnant de la place; d’où la création d’une unité de criminologie, de droit privé et de sciences politiques qui étaient enseignés à la Section II à Jal el-Dib et le droit des affaires, le droit public et le droit d’administration publique étaient enseignés à la Section I à Sanayeh. “Les étudiants de l’Ouest qui avaient opté pour la criminologie, devaient se déplacer jusqu’à Jal el-Dib et ceux des régions Est jusqu’à Sanayeh pour étudier le droit des affaires. “Et à l’époque, personne n’a contesté cet arrangement”.
POUR LA RéACTIVATION DE L’U.N.E.U.L.
- Pourquoi le conteste-t-on aujourd’hui?
“Le problème est beaucoup plus profond et complexe que cela”.
- C’est-à-dire...?
“Cela doit vous suffire”.
- C’est la faute de qui?
“Des Italiens”...
- Vous semblez éprouver quelque ressentiment. Que souhaitez-vous voir se réaliser?
“Vous savez, dans le temps nous, les étudiants, faisions sans cesse grèves et étions divisés entre gauchisants et gens de droite. Pourtant, nous marchions tous dans une même manifestation... Je souhaite la réactivation de “l’Union Nationale des étudiants de l’U.L.” (UNEUL) ce qui améliorera le niveau estudiantin et universitaire”.
- Vous faisiez des manifestations. Pourquoi vos étudiants aujourd’hui n’ont plus le droit de le faire?
“Les temps ont changé. Je vous dis, c’est la faute des Italiens. Jadis, qu’on soit de gauche ou de droite, nous nous battions pour le Liban. Ce n’est plus la même chose”.
-Vous pensez au confessionnalisme?
“Il ne s’agit même plus de confessionnalisme, mais d’une lutte sectaire entre les communautés et l’U.L. est étrangère à cette ambiance. Les résultats du concours d’entrée à l’UL prouvent cela: nous avons admis plus de chrétiens que de musulmans cette année, parce qu’ils avaient réussi. L’année prochaine, cela pourrait être le contraire. “C’est pourquoi, je souhaite que l’on pense plus au Liban, qu’on abandonne ce sectarisme qui ne peut que lui nuire. Il faut tirer la leçon du passé. Si nous ne croyons pas tous en notre Liban, il ne sera jamais le pays de nos rêves. Nous devons savoir que les puissances étrangères privilégient leurs intérêts, pas les nôtres. Vous n’avez qu’à voir les remerciements incessants. Si nous ne nous rendons pas compte de cette réalité, nous élèverons des enfants pour qu’ils soient égorgés un jour parce qu’appartenant à telle ou telle confession. “Il faudrait qu’on s’unisse, car notre division nous affaiblit et sert les autres. Nous prions d’avoir un jour une communauté politique saine, afin de reconstruire ce pays main dans la main”.
ELIE ASSAF:
Doyen de la Faculté d’Information (section II):
“La déconcentration est vitale et la restructuration nécessaire”
- Que pensez-vous du projet de fusion des sections I et II de l’UL?
“Le ministre Fawzi Hobeiche a annoncé cette fusion sous forme d’intégration, notamment pour les facultés de médecine, de pharmacie et d’agronomie. Ce problème ne se pose plus pour les autres facultés. Mais il semble que la restructuration des trois facultés précitées soit entièrement achevée. “Quant aux autres facultés, leurs dossiers de restructuration prendront leur temps et feront l’objet d’études plus approfondies. A la lumière de ce qui a été fait, les responsables vont tenter d’éviter les pas manqués. Je pense qu’il ne faut pas faire de cette fusion une question politique, mais la cantonner dans une dimension purement académique. Concernant la restructuration, il faut écarter tout ce qui nuit à l’UL et ne prendre en considération que les aspects académiques, parce qu’après tout, l’UL est un lieu d’enseignement supérieur et de recherche. Partant de là, il faut songer à la meilleure restructuration possible”.
- On parle de la création d’un campus unique de l’UL rassemblant toutes les facultés et sections...
“La création de plusieurs campus universitaires qui s’implanteraient sur tout le territoire libanais, dans la Békaa, au Nord, au Sud, etc, me semble une bonne solution dans le cadre d’une déconcentration nécessaire, car Beyrouth ne peut plus contenir cette masse d’étudiants qui viendrait créer des problèmes supplémentaires. La déconcentration est vitale et la restructuration nécessaire. Le plus important actuellement est d’écarter intelligemment les susceptibilités politiques que suscite ce projet de restructuration.”
- Et l’argument de l’intégration nationale...?
“L’intégration des Libanais est une évidence et il faut œuvrer pour cela. Tout est dans la manière d’appliquer cette politique de restructuration de l’UL.”
BECHARA CHAHOUD:
Coordonnateur des cours théoriques à la faculté de médecine (ex-section II Dékouaneh):
«LA FUSION EST BéNéFIQUE POUR LE NIVEAU DE L’ENSEIGNEMENT»
Avec la fusion des sections I et II, le poste de directeur a été aboli à l’UL. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’un doyen pour les deux sec-tions unifiées en l’occur-rence le Pr Robert Chahine, cardiologue et trois coordonna-teurs qui ai-dent le doyen dans sa tâche; Dr Béchara Chahoud est l’un d’entre eux.
- Comment a été prise la décision de fusion?
«C’est le Conseil de l’Université qui l’a décidée, puis, a présenté la requête au Conseil des ministres qui l’a approuvée».
- Il semble que la décision du Conseil des ministres a surpris le Conseil de l’UL…
«On ne sait pas très bien qui a pris la décision en premier lieu, mais elle semble venue du haut».
- Que pensez-vous de cette fusion?
«Je ne suis pas contre cette décision, parce qu’elle est bénéfique pour le niveau de l’enseignement. L’ambiance est plus sereine ici et non politisée: personne n’intervient dans notre section (qui est l’ex-section II). «De plus, on doit assurer le même niveau à tous les médecins du Liban; pour cela, la fusion est indiquée: on ne peut et ne doit pas avoir un niveau inférieur à l’autre dans une même faculté».
- Pourquoi la fusion a-t-elle eu lieu dans les locaux de la section II?
«Le bâtiment peut contenir l’effectif des deux sections réunies. De plus, il est en bon état, salubre et les étudiants qui étaient à l’Ouest auparavant sont très heureux de s’y trouver».
TOUS LES PROFESSEURS SERONT MAINTENUS CETTE ANNéE
- Que ferez-vous des professeurs dont le nombre s’est accru en raison de la fusion?
«Nous avons beaucoup de professeurs, mais nous ne nous passerons d’aucun d’entre eux cette année. Cependant, nous devrons par la suite faire un tri et examiner les dossiers de tout le corps professoral et des médecins qui y enseignent, afin de ne garder que les plus compétents d’entre eux. «Un tri des hôpitaux avec lesquels nous sommes contractuellement liés est, également, envisagé et souhaité, car il faut travailler avec des hôpitaux ayant tous les services afin que nos étudiants puissent faire des stages efficaces».
- Voyez-vous des dessous confessionnels à cette décision?
«Non, moi je verrais là seulement une tentative d’améliorer le niveau et des étudiants et des professeurs, puisque ces derniers sont responsables de l’élévation de ce niveau. Nous avons, aujourd’hui, les meilleurs chefs de départements du Liban. «Puis, comment voir un aspect confessionnel à la décision, puisqu’on a transféré les étudiants de la section I chez nous pour la médecine et qu’on a fait l’inverse pour la pharmacie».
- Où en est le projet du campus unique?
«C’est trop beau pour être vrai. Il demeure lettre morte.
PROBLèMES SECONDAIRES
- Chez vous, la fusion s’est opérée. Quels sont les problèmes auxquels vous vous êtes heurté?
«Des problèmes très secondaires: un tableau noir trouvé trop petit, un mobilier à remplacer. Les étudiants musulmans ont encore demandé une salle pour faire la prière quotidienne, mais on n’a pu accéder à leur demande. «Par contre, nous avons réussi à ne pas faire du vendredi un jour de présence obligatoire, afin de permettre aux étudiants mahométans de se rendre à la mosquée pour la prière du vendredi. On a aussi été obligé de «faire» deux catégories A et B vu certaine différence du niveau des étudiants des 2 sections».
- Et pour l’élection des délégués? Dans les sections I, cette élection était menée par les partis en place. Et ici?
«Ici, ils ont compris que la politique n’était pas tolérée à l’intérieur de nos murs. Pour les 1ère, 2ème et 3ème années, il n’y a eu aucun problème pour l’élection des délégués. Mais en 4ème année, les étudiants exigent une nomination - et non une élection - que nous ne pouvons pas leur accorder, car ceci est contraire au règlement de l’Université».
|
|
MOUNIR DOUMIT:
Coordonnateur de la médecine dentaire:
“L’unification fait son chemin sans difficulté”
- Que pensez-vous de la fusion?
“Objectivement, pour ce qui est de la Faculté des Sciences médicales de l’UL qui comprend la médecine et l’art dentaire - mais pas la pharmacie - la fusion trouve plu-sieurs justifications:
1) Le Centre de soins qui se trouve à Sin el-Fil, peut accueillir plus de potentiel humain et, par conséquent, offrir aux patients des soins de qualité, en se basant sur l’unification du potentiel humain existant dans l’ex-section I et dans l’ex-section II.
2) Du point de vue académique, les cours, les travaux dirigés (T.D.) et les travaux pratiques (T.P.) peuvent en unifiant les deux sections, donner un meilleur rendement aux étudiants des 2e et 3e années.
3) Sur le plan administratif, aussi, tout est nettement centralisé, y compris les dossiers des étudiants, des enseignants et des fonctionnaires. Il n’y a plus de diversité dans les décisions, ni dans leur application.
4) Enfin, d’un point de vue général, le fait d’unifier les connaissances académiques et de lancer une concurrence loyale entre les enseignants, vont améliorer l’enseignement et promouvoir les projets de recherche qui, hélas! n’avaient pu démarrer auparavant.”
- Comment s’est passée cette fusion? Y-a-t-il eu des problèmes, au niveau des professeurs et des étudiants?
“L’unification des deux sections et donc de ces deux sources de connaissances qui sont, comme vous le savez, anglaises et françaises, donne une ampleur plus grande à l’université. Cette cohabitation a fait que l’on craignait, d’abord, quelques problèmes, mais les cours ont très bien démarré. Lorsque les professeurs des deux sections se sont réunis pour discuter science (je parle en médecine dentaire) le défi a été relevé, grâce au bon sens de tous. Et l’unification a fait son chemin dans ce sens sans difficulté. “De même, la cohabitation entre les étudiants a très bien réussi. La froideur s’est installée pendant une semaine entre les deux sections, mais très vite les liens se sont tissés, des liens d’amitié et de fraternité même... “De plus, cette fusion a créé une sorte de compétition bénéfique entre les professeurs, car ils tiennent à garder leur image de marque devant les deux sections. “La Faculté de médecine dentaire de l’UL va encore enrichir son centre de soins de tout le matériel de la section I: nous aurons 62 fauteuils dentaires capables d’accueillir un plus grand nombre de Libanais qui désirent des soins de qualité à un coût très réduit. “Sachez que la section II a soigné, l’an dernier, 2500 patients avec les meilleurs produits dentaires et une hygiène parfaite à des prix dérisoires: aucune infection ni transfert de maladie contagieuse n’ont été signalés”.
- Le budget devrait alors être augmenté.
“Bien sûr, parce qu’en unifiant, on a eu des dépenses supplémentaires”...
- L’unification a donc râté son but, puisqu’elle était censée réduire les dépenses...
“Non, tel n’est pas le but de l’unification: il faut qu’on augmente notre budget, vu la qualité de l’enseignement et des soins dispensés chez nous. Chaque étudiant en médecine dentaire coûte à l’UL près de 2500 dollars par an et le triple à un étudiant de l’USJ alors que l’étudiant de l’UL paye 180.000 L.L. par an!”
- Que prévoyez-vous au niveau des programmes?
“Nous allons revoir tous les programmes cette année pour les adapter à ceux des universités francophones et anglophones, afin qu’ils soient revus et à la hauteur du XXIe siècle.”
- Qu’en est-il de la création des catégories A et B distinguant les étudiants de l’ex-section I et ceux de l’ex-section II?
“Ce n’est pas une question de niveau. Mais les étudiants de la section I n’avaient pas pris tel ou tel cours en 3e ou en 4e année par exemple, alors que les nôtres, si. C’est un décalage dans le temps. Nous avons organisé des cours de rattrapage de ces matières tous les samedis.”
- On parle d’une restructuration du corps professoral.
“Le tri se fera sur base académique et non confessionnelle ou arbitraire. Nous croyons qu’il y aura une auto-sélection et certains professeurs partiront d’eux-mêmes”.
ELIE DAGHER:
Professeur à la faculté de droit (section II):
“OUI A LA REORGANISATION MAISLOIN DES INGERENCES POLITIQUES”
- Que pensez-vous de la décision de réunification des sections I et II de l’UL? Et pourquoi parle-t-on de réunification, l’UL étant unie dans son administration?
“En effet, le slogan de départ est faux: “réunification de l’UL”, sous prétexte de l’intégration nationale. J’ai des remarques à formuler sur la question concernant, d’abord, la “réunification” de l’université, parce que nous estimons qu’elle est unifiée. Avant de passer aux détails, il convient de corriger la terminologie et de parler de “réorganisation” ou de “restructuration”. Précisons que la subdivision en sections ne constitue en rien une partition et ce, pour deux raisons: “
1) L’existence des sections est une application du règlement intérieur de l’UL établi par la loi n°75 de 1967, notamment son article 5 qui prévoit la possibilité de créer de nouvelles sections, quand cela s’avère nécessaire. En 1976, la nécessité s’est fait sentir, suite à la guerre qui s’était déclenchée au Liban et on a créé les sec-tions II, III, IV et V. La pré-sence de ces sections est donc parfai-tement légale.
“2) La seconde raison est réelle et pratique: l’existence d’un recteur de l’UL pour toutes les sections, d’un doyen pour chaque faculté, d’une administration centrale et d’un conseil d’université unique constitue la preuve que celle-ci est unifiée et non divisée, comme on s’évertue à le faire croire. “Ce mot de “réunification” recèle une mauvaise foi évidente, si nous convenons que les sections cristallisent la division en dépit de la loi intérieure qui les autorise. Ceci signifie, logiquement, que les sections I et II ne constituent pas, à elles seules, cette réalité de division de l’UL mais contribuent à son existence avec les sections III, IV et V dans toutes les régions. “La fusion des sections I et II ne peut solutionner que partiellement le problème, car la réunification totale à laquelle “ils” aspirent ne peut se réaliser que par la fusion de toutes les sections, de toutes les régions; donc pas de réunification. La réorganisation de l’UL est nécessaire, à condition qu’elle soit entreprise par les responsables de l’UL eux-mêmes loin des ingérences politiques et des surenchères médiatiques”.
CRITèRE RATIONNEL
- Mais les sections II sont presque toutes au Mont-Liban. Comment ne pas voir un aspect politique à la question?
“Voilà, il y a une autre confusion que l’on fait: pour camoufler l’opération de fusion des sections I et II de l’UL, on prétend que les sections II sont dans la ville de Beyrouth. Là encore, des remarques s’imposent: il faut dire la vérité: les sections II se trouvent toutes au Mont-Liban - sauf une - et non à Beyrouth comme on se plaît à l’insinuer. C’est pourquoi, le critère géographique adopté par les responsables politiques pour réaliser la fusion n’est pas admissible pour des gens rationnels, car ce critère a été imposé par les circonstances et le hasard qui a voulu qu’au lendemain de la guerre de 1975 les sections II soient où elles sont. Le seul critère valable reste le critère rationnel et objectif qui ne dépend pas des circonstances et ne varie pas avec elles. “Si les sections II s’étaient trouvées à Jounieh ou à Jbeil, qu’auriez-vous allégué messieurs les responsables pour justifier la fusion? Nous estimons qu’il faut refuser le critère géographique et maintenir les sections II au mohafazat du Mont-Liban comme, d’ailleurs, maintenir toutes les autres sections dans tous les mohafazats. Parce que le développement et l’extension de l’UL à toutes les régions constitue la base essentielle du développement culturel équilibré évoqué au préambule de la Constitution libanaise. La fermeture des sections II serait donc perçue comme un coup porté au développement culturel équilibré au Mont-Liban. Sans compter que l’UL est, d’après la loi de 1967 organisant son fonctionnement, une institution publique, gérant un service public qui est celui de l’enseignement public supérieur. “Un des principes les plus importants qui commandent le service public est l’égalité de tous devant celui-ci et son aptitude à l’évolution et aux modifications, en réponse aux besoins du public. Une question se pose: La fusion des sections en un lieu unique assure-t-elle l’évolution du service public en réponse aux besoins des régions et aux circonstances nouvelles? “La fusion assure-t-elle l’égalité de tous les concernés devant le service public, ou est-ce l’extension de ce service public qui garantit l’égalité?”
- L’accord de Taëf va dans le sens de la décentralisation. Alors pourquoi pas l’UL?
“Absolument! On va de plus en plus vers une décentralisation administrative. Pourquoi n’examinons-nous pas de plus près la nécessité pour le Mont-Liban de maintenir les sections II, d’autant plus que chaque mohafazat a droit à une section de l’UL? C’est la raison pour laquelle, il convient d’examiner la question du maintien de ces sections au Mont-Liban. “On ne parle pas encore de la fusion des autres sections. Mais plus tard, qui sait?”
- Quels sont, d’après vous, les dessous de cette décision?
“Permettez-moi de vous répondre par une question: si l’équilibre des forces avait été différent, aurait-il été seulement possible de fermer une seule des sections se trouvant au Mont-Liban? Surtout en ces circonstances, en présence du sentiment de frustration éprouvé par les fils du Mont-Liban, en particulier après la discrimination dont ils ont fait l’objet lors des dernières élections - il ne faudrait pas toucher à ces sections, même si les arguments invoqués s’avéraient réels. Cette fusion est-elle vraiment la solution de tous les problèmes du Liban? Et les convictions, peuvent-elles changer par la seule présence des étudiants dans une même salle de classe? “Nous ne sommes pas convaincus de la nécessité de cette décision, d’autant plus que personne ne prend la peine de nous en expliquer le pourquoi tant qu’on autorise les universités religieuses”.
Dr ALI AWADA:
Professeur de sciences politiques à la section I de l’UL:
«IL S’AGIT D’UNE OPERATION TECHNIQUE»
- Que pensez-vous de la décision portant fusion des Sections I et II de l’UL?
«En effet, je préfère le mot «fusion» à «fermeture». Il s’agit-là d’une opération technique qui a pris un cachet politique. Certaines facultés ont fusionné en raison du petit nombre d’étudiants qui y sont inscrits: 200 étudiants en médecine, près de 160 en agronomie… Au lieu de dépenser pour deux facultés, on en crée une seule. «Les revendications des étudiants seraient, cependant, acceptables si des mesures techniques n’étaient prises, afin de permettre l’accueil de tous les étudiants. Mais je ne vois pas pourquoi il y aurait deux facultés.»
- Les étudiants pensent aux difficultés de transport et aux distances?
«Les transports sont un prétexte. Pour un étudiant de certaines régions de l’Est, il est beaucoup plus facile de venir à l’Ouest que d’aller dans d’autres régions de l’Est, c’est plus près. De plus, la fusion est normale pour les petites facultés.»
POUR UN CAMPUS UNIQUE
- Et pour les grandes?
«Il ne faut pas les fusionner, car elles ne pourraient tenir en un même lieu. C’est pourquoi, je suis pour la création d’un campus unique dans un seul emplacement. L’essentiel est d’unifier l’UL, la question technique n’étant qu’un détail. Cependant, ce qui m’effraie et que je souhaiterais le plus qu’on évite, c’est de voir utiliser l’UL à des fins politiques et personnelles. En tant que professeur, ce qui m’importe c’est l’intérêt de l’UL et de ses étudiants. «Quelles que soient les techniques adoptées pour relever le niveau et améliorer la condition des étudiants, je les approuve. Relever le niveau passe par la création de bibliothèques, par un campus unique comportant un foyer, des restaurants universitaires… L’Université doit être, non seulement, un lieu d’enseignement, mais de discussion et de confrontations d’opinions. Mais cela dépend de la politique de l’Etat à l’égard de l’enseignement public et de son intention, de le promouvoir ou pas, tant dans les écoles qu’à l’université.»
- Croyez-vous que l’Etat ait cette intention?
«J’ai des doutes à ce sujet, vu que l’Etat autorise l’ouverture de nombreuses universités privées et fait la sourde oreille aux revendications des professeurs, des étudiants et des employés de l’UL, lesquelles sont de deux ordres: matériel et je veux parler des bâtiments convenables, des bibliothèques fournies, de l’amélioration des conditions de vie des professeurs et des employés; et des réclamations concernant l’âge de la retraite fixé à 64 ans. Nous réclamons qu’il soit retardé de 4 ans, c’est-à-dire jusqu’à 68 ans, tant que le professeur est en mesure d’enseigner.»
- On ne vous écoute pas?
«On nous fait des promesses. Il y a encore: le problème de ceux qui travaillent à l’UL qui ne sont pas cadrés, les vacataires contractuels et les contractuels payés par heure effective. Bien que la loi stipule qu’après deux ans d’enseignement, un professeur doit être cadré, certains professeurs ont derrière eux dix ans de service et ne sont toujours pas cadrés. Pourquoi? Ils doivent attendre l’opportunité d’un piston - et ceux-là constituent le tiers des fonctionnaires de l’UL! Nous exigeons des critères fixes à ce sujet. Quant aux professeurs payés par heure effective, croiriez-vous qu’un docteur en droit est payé 15.000L.L. l’heure? C’est honteux, vraiment. Nombre de professeurs prestigieux travaillant à l’UL, ont préféré s’abstenir de toucher ces sommes dérisoires et proposé qu’elles soient consacrées à enrichir la bibliothèque de l’UL. Il vaut mieux payer les enseignants, c’est primordial.»
- Les étudiants en droit expriment leur amertume face au décret-loi posant des conditions d’admission insurmontables à la faculté de Droit…
«C’est vrai, nous ne voulons pas former des chômeurs. Mais déjà, il n’y a aucune orientation professionnelle après le bac; alors pourquoi priver les étudiants virtuels de leur droit de faire des études juridiques, si tel est leur désir? On dit que ce projet a été adopté par le ministère de l’Enseignement supérieur sur proposition de l’Ordre des avocats. L’UL n’a même pas été informée du projet! L’Ordre a tous les droits de mettre les conditions qu’il veut à ceux qui veulent y adhérer, mais il ne devrait pas intervenir au niveau de l’Université, car d’aucuns désirent faire des études de droit, rien que pour la culture et non pour s’inscrire au Barreau. Alors pourquoi les en priver?»
- Que souhaitez-vous en conclusion?
«Nous exigeons, d’abord, l’indépendance administrative de l’UL et la non ingérence politique dans la vie universitaire et académique. De plus, il faudrait que notre budget soit considérablement augmenté: actuellement, il ne prévoit pas de crédits pour les recherches, les bibliothèques et les professeurs sont si mal payés qu’ils ne peuvent même pas s’abonner à des revues scientifiques. «J’estime que l’Etat nous décourage au lieu de nous encourager. Voilà le problème essentiel de l’UL; la fusion n’est qu’un détail technique et ne doit pas être exploitée politiquement de part et d’autre. Les enfants des responsables de l’UL eux-mêmes fréquentent les universités privées, pour vous dire la confiance que cette institution leur inspire»!
HADI ZBIB:
Président du Conseil des étudiants (4e année de droit section I de l’UL):
“LA FUSION DES SECTIONS AMéLIORERA LE NIVEAU DES éTUDES”
- Comment avez-vous accueilli la décision de fusionner les sections I et II?
“Nous ne sommes , en général, pas concernés par cette décision dans cette faculté. Mais nous sommes pour la fusion opérée sur base d’une politique de l’enseignement saine, non aveugle et non sur base de la dissolution d’une section dans une autre, du moins au cours de la phase transitoire”.
- Les étudiants des deux sections ne sont pas heureux de ce changement?
“C’est vrai, mais nous sommes pour la fusion en raison des distances géographiquement réduites entre les sections I et II d’une même branche. Pour le fils d’Achrafieh, par exemple, la section I de Sanayeh est beaucoup plus proche que la section II de Jal el-Dib”.
- On parle d’un campus unique à venir à Choueifat. Est-ce la solution?
“Le campus unique de Choueifat devrait prévoir tout le confort des étudiants. Nous sommes pour le maintien des sections dans toutes les régions dans le cadre, bien-entendu, d’une université unifiée. Cela fait partie de la décentralisation administrative”.
- Quelles seront, d’après vous, les répercussions de la fusion sur le niveau?
“Cela aidera, énormément, à l’amélioration du niveau, parce que nous trouvons, actuellement, des différences et des changements dans les programmes et les systèmes: dans la section II, il y a un examen oral à passer en 2e,3e et 4e année. Dans la section I, il n’existe pas! “Le Droit civil est enseigné, différemment, selon qu’on soit à la section I ou II, la matière dépendant du professeur qui l’enseigne et du manuel qu’il choisit. Dans chaque système, il y a des avantages et des inconvénients. La fusion nous permettra de réduire ces derniers si elle est faite sur une base solide et saine.
POUR L’éGALITé
- Que voulez-vous dire par “base solide et saine?
“Une politique et une manière d’enseigner pour tout le Liban; une mise à jour si l’on peut dire. Des lois nouvelles aussi qui règlementent le fonctionnement de l’UL, la fassent évoluer, mais pas n’importe quelle loi! Figurez-vous, un décret-loi a été promul-gué imposant un test d’apti-tude à tous les candidats libanais désirant étudier le droit. Ce déc-ret-loi con-tient des sti-pulations contredisant le règlement de l’UL et ne s’applique qu’aux Libanais, non aux étrangers. Est-ce juste? “De plus, en-deçà de 12 sur 20 à ce test, on est recalé et cet examen prévoit une traduction, en français ou en anglais et une autre matière en langue étrangère. Or, nous qui sortons des écoles publiques sommes très faibles en langues et échouons à ce type d’épreuve. Alors, comment voulez-vous qu’on écarte l’idée qu’ils font de tout pour interdire ce domaine aux pauvres et aux élèves des écoles publiques? Nous demandons l’égalité entre les étudiants, notamment entre les Libanais et les étrangers.
- Quelle est, d’après-vous, la raison exacte de la fusion?
“La division de ces sections imposée par la guerre et la nécessité d’une intégration nationale. Mais remarquons que si cette fusion pourrait favoriser l’entente et l’intégration nationale; le contraire serait vrai. Il y a là un risque, car il se peut qu’il y ait à l’intérieur d’un même bâtiment ou d’un même campus un “schisme” confessionnel entre les étudiants sachant que chez nous à la section I, il y a beaucoup de chrétiens et à la section II à Jal el-Dib beaucoup de musulmans”.
- Et pour les problèmes de transport?
“Nous aussi avons les mêmes difficultés qu’à l’Est et en souffrons. Pour la faculté d’agronomie, par exemple, l’unification ou la fusion n’a pas été parfaite, puisque les deux premières années sont dans un bâtiment et les suivantes dans un autre. “Comment vont-ils, par exemple, pouvoir fusionner la faculté de Droit un jour avec 3.000 étudiants dans la section I et plus de 2.000 dans la section II?
- Que répond l’Administration de la Faculté à vos doléances?
“Il faut dire que nous n’avons pas encore vraiment réagi, puisque non concernés de près. Mais nous avons publié des communiqués sur la question où nous avons pris une position générale en faveur de la fusion, à condition qu’elle s’opère dans le cadre d’une politique académique générale et d’une restructuration”.
- Votre condition n’est-elle pas utopique et n’équivaut-elle pas à un refus camouflé de la fusion?
“Ne me coincez pas davantage. Cependant, nous avons l’intention d’agir contre le décret promulgué par le ministère de la Culture et de l’Enseignement supérieur quant à l’examen d’entrée en faculté de Droit qui pose des conditions d’admission si difficiles. “Avant la fusion, il faut commencer par réformer l’administration de l’Université, unifier les programmes, trouver des bâtiments adéquats et, ensuite, opérer la fusion si tout cela est fait, restructuré”.
- Vous dites “si”...
“Dans ce pays, on dit toujours “si”. Il faudrait pouvoir se révolter, mais les étudiants sont las des grèves et des manifestations. De toute façon, nous avons le sentiment que, quoi que l’on fasse, on ne peut rien changer”.
- Qu’est-ce qui empêcherait cela?
“Nous avons rencontré des ministres, des députés qui nous prennent pour des arriérés en matière de politique et nous parlent en termes apaisants: “Voilà, c’est la situation générale, cependant, nous vous appuyons; mais il ne faut pas bouger maintenant, car la situation dans le pays ne le supporterait pas”... “Ils parlent même de conjoncture régionale, alors que nous évoquons un problème universitaire”.
- Etes-vous soumis à des pressions?
“Pas vraiment. Mais il nous est demandé de rester tranquilles”.
- Qui vous le demande?
“L’administration de l’UL nous fait parvenir le message qui vient, bien sûr, de plus haut”.
- Considérez-vous que ce qui se passe est dans l’intérêt du pays et du vôtre?
“Bien sûr que non!”.
DANIEL LAHOUD:
Etudiant en 4e année de gestion (section II):
“LES éTUDIANTS SONT POUR L’UNITé DE L’UL ET LA LéGITIMATION DES SECONDES SECTIONS
- Que pensez-vous de la décision de réunifier les sections I et II de l’UL?
“Il ne s’agit pas de réunification, l’UL étant unifiée, mais plutôt de fu-sion ou de ce que j’appel-lerais ras-semblement. Nous avons un doyen et un conseil d’Université. De ce côté-là, tout va bien. J’habite Aïn el-Remma-neh; cela m’a pris aujour-d’hui, parce qu’il a un peu plu, une heure pour arriver à Achrafieh. Si je devais arriver à l’Unesco ou à Choueifat puisqu’ils prétendent vouloir y construire un campus, combien de temps le trajet me prendrait-il? “C’est la principale raison pour laquelle nous refusons la fusion mes camarades et moi-même. Nous sommes avec l’unité de l’UL - et elle existe - mais nous voulons une légitimation des sections II. Ils disent qu’elles sont nées avec et à cause de la guerre, nous disons qu’elles sont devenues pour nous un besoin et auraient de toute façon été créées, le nombre des étudiants allant croissant. “Quand j’étais en 1ère année, nous étions 600 étudiants à la section II, l’effectif actuel est de 1100 étudiants; presque le double! Et la section I accueille un nombre similaire. Où loger tout ce monde dans un même bâtiment? De plus, figurez-vous que nous recevons de plus en plus de jeunes ayant réussi leur année universitaire à l’USJ et qui viennent rejoindre nos rangs à l’UL”.
- Pourquoi d’après vous?
“C’est évident, la crise économique sévit, le niveau à l’UL est aussi bon qu’à l’USJ et nous avons les mêmes chances de travail et des salaires identiques qu’on soit diplômé de l’USJ ou des sections II de l’UL.
- Vous voulez dire que ce n’est pas le cas pour les sections I?
“Là, je n’en sais rien, mais tout le monde sait que le niveau est excellent dans les sections II”.
- Quelle est par rapport à vous l’incidence de cette décision de fusion sur le niveau universitaire?
“Nous avons surtout un problème de langues, il faut l’avouer. Dans les sections II, nous parlons beaucoup plus le français avec bien sûr l’arabe. Dans les sections I, c’est plutôt l’anglais et l’arabe qui prévalent. “Prenons l’exemple des “Relations Economiques Internationales”: cette matière est enseignée dans notre section en français et, dans la section I, en arabe. Ils ont tenu à fusionner les sections I et II concernant la médecine et la pharmacie. Puis, constatant un décalage dans le niveau, ils ont dû diviser les étudiants en deux catégories A et B selon qu’ils venaient des sections I ou II, les premiers marquant des déficiences dans certaines matières par rapport aux étudiants des sections II. “Pour l’agronomie, ils n’ont pas pu les rassembler dans un même bâtiment; aussi ont-ils mis les étudiants des 1e et 2e années dans un bâtiment et ceux des dernières années dans un autre. Voilà deux exemples qui illustrent que cette fusion est utopique”.
- Vous parlez de nivellement par le bas?
“Nous le craignons”.
- Pourquoi donc la fusion a-t-elle été décidée?
“Sincèrement, je ne le sais pas et je crois que ceux qui l’ont décidée ne le savent pas non plus. Ils parlent de “réunification”; or, l’UL est unifiée. Ils parlent de “bâtiment unique” et placent les étudiants d’une même branche dans deux bâtiments différents. Ils prétendent vouloir créer un Campus qui ne viendra jamais et, dans le cas contraire, coûtera énormément et nécessitera le changement de toute l’infrastructure sans pouvoir contenir tous les étudiants. “Ils disent vouloir, par la fusion, réduire les dépenses qu’occasionne l’entretien de deux sections; or, le personnel enseignant reste le même et les loyers des locaux sont absolument dérisoires. De toute manière, l’UL entière ne constitue que 0,9% seulement du budget de l’Etat, puis, l’UL n’a même pas été consultée avant la prise de cette décision et les directeurs en ont été surpris . De plus, nous sommes prêts à contribuer matériellement, s’il le faut afin de maintenir les sections II, Si on faisait payer 25.000 L.L. par an à chaque étudiant - et nous sommes 1.200 - voyez combien cela ferait; mais 40.000L.L. ou plus de frais de déplacement par mois grèvent notre budget sans compter qu’il faudra manger hors de la maison, parce qu’on en sera loin. «Les problèmes économiques sont très importants pour nous. Certains étudiants viennent déjà de Jbeil à Achrafieh et trouvent cela difficile. Toutes les sections du Mont-Liban sont en train de sauter. Il faut le dire: Est-ce cela le «développement équilibré» des régions dont parle Taëf?
- Pour les responsables, cette fusion favorise l’intégration nationale. Qu’en pensez-vous?
«C’est encore un prétexte. Ils ont autorisé des universités religieuses sans broncher. Est-ce ainsi qu’ils favorisent l’intégration nationale? L’UL est une université laïque et c’est elle qui paye pour les autres. Puis, vous croyez que quand il y a des dissensions ou si les hostilités reprennent, un bâtiment unique peut éviter les divergences politiques et empêcher la scission entre les étudiants? C’est très naïf de penser ainsi.
- Qu’y-a-t-il donc en-dessous?
«C’est moi qui vous le demande…
RAISON POLITIQUE
- C’est à vous de répondre.
«Il y a aujourd’hui au Liban un million de pauvres. Ne veut-on pas que ceux-ci s’instruisent? N’y ont-ils pas le droit? Nous ne savons pas ce que recèle cette décision, mais nous avons l’impression que la raison est politique. Le Mont-Liban a été politiquement divisé lors des législatives et maintenant les sections dans ce district sautent. Nous voulons bien croire que M. Hariri s’est trompé. Et maintenant? Nous n’avons pas les moyens de nous instruire ailleurs. Que font-ils, ensuite, pour nous trouver des débouchés? Rien. Au contraire, quand ils ont besoin d’employés diplômés, ils s’empressent d’embaucher des étrangers, à nos dépens, et nous en souffrons beaucoup».
- Qu’êtes-vous prêts à faire contre cette décision?
«Ils ont commencé par la médecine, la pharmacie… mais ils nous promettent que nous allons suivre. Nous avons des projets de contestation en tête, mais nous ne pouvons pas les dévoiler, car ils les sapéraient. Croyez-vous qu’on ne vient pas nous intimider? Que les services de renseignements ne rôdent pas autour de nous? Ils sont toujours là, lors des assemblées générales des étudiants.
ON DÉCOURAGE LES PROFESSEURS
Le directeur et les professeurs nous appuient, mais n’osent se manifester car ils seraient licenciés. La plupart des professeurs des sections II ne veulent pas et ne peuvent pas rejoindre les sections I, parce qu’ils enseignent chez nous presque gratuitement (15000L.L. l’heure!!) parce qu’ils aiment cela et que les sections II se trouvent sur leur chemin ou près de chez eux. Mais aller payer des déplacements en plus et être pris dans les bouchons! Ce sont nos meilleurs professeurs. «Voyez comment on les décourage, indirectement! “La décision nous semble peu réfléchie et nos commandes des sections I pensent comme nous, puisqu’ils éprouvent les mêmes difficultés à se déplacer. Ce n’est pas la question confessionnelle qui nous décourage de rejoindre les sections I, mais aurons-nous seulement le droit d’exprimer nos opinions politiques là bas?! Ils placardent des photos de chefs du «Hezbollah» ou autre, mais pourrions-nous brandir celles de Samir Geagea où de Michel Aoun? Jamais! «L’année passée, des éléments de «Amal» et du «Hezbollah» se sont affrontés dans les sections I. L’ambiance y est trop politisée et donc moins sérieuse. «Mais les responsables refusent tout argument logique et veulent appliquer la décision de force. Nous ferons ce que nous pourrons afin de ne pas être blâmés un jour par nos successeurs d’être restés inactifs».
Rani:
Etudiant en médecine dentaire (ex-section II):
“La fusion est préférable”
- Comment avez-vous accueilli la décision de fusion avec la section I?
“Pas trop bien, car on ignorait comment cela allait se faire et quelles en seraient les conséquences pour nous”.
- A quoi avez-vous pensé?
“A l’exiguité du local, aux places dans le parking. Puis, nous nous sommes dits: “Dans les sections II, le niveau est plus fort. Cela sera beaucoup mieux pour nous de fusionner, car une fois diplômé, on dira de nous: ils sortent de l’U.L., sans spécifier la section dont nous sommes issus. Or, la section I a un niveau inférieur, ce qui pouvait nuire à notre crédibilité plus tard. La fusion était donc préférable.”
- Maintenant la fusion a eu lieu; comment s’est-elle passée?
“Très bien. Au début, bien sûr, on était deux clans, mais c’est normal, car on ne se connaissait pas. On restait avec le même groupe d’amis qu’on connaissait; puis, le rapprochement s’est fait naturellement et facilement. Nous nous sommes faits de nouveaux camarades. Au départ, les professeurs de certains départements ne donnaient pas de cours de part et d’autre. Maintenant, cela s’est arrangé.”
- Rencontrez-vous des difficultés?
“L’exiguité des lieux peut-être. Et on doit nous transférer après les fêtes dans un sous-sol sans aération, ni air conditionné ou chauffage pour y prendre des cours, notre salle de classe devant être transformée en clinique.
CONCLUSION:
Las mais pas désespérés, fatigués mais combattifs, les jeunes sont motivés par leur avenir que l’on tente, impunément, d’annihiler. Résignés mais déterminés, ils semblent prêts à poursuivre un combat pourtant inégal. Traités à la manière d’enfants irresponsables, ils sont néanmoins conscients de tout ce qui se manigance autour d’eux. Ils ont, notamment, le sentiment qu’au niveau de l’UL, l’Etat “œuvre” pour son affaiblissement, la privant d’un budget suffisant, laissant les lieux dans un état de délabrement inadmissible et d’exiguité, autorisant les universités privées et les encourageant même aux dépens de l’UL. Quant au niveau individuel, il semble que l’Etat ne tient pas compte des problèmes économiques du citoyen, ni des frais de déplacements et les émoluements dérisoires des professeurs, découragent les plus motivés d’entre eux. De plus, il assène, ce faisant, un coup supplémentaire à la classe moyenne en voie de disparition... Quoi qu’il en soit et malgré une amélioration grandissante de son niveau, l’UL demeure la parente pauvre du secteur universitaire.
|
Sous-Presse A l’heure ou nous mettons sous-presse, les craintes émises se sont hélas confirmées. Un conflit a eu lieu mardi à section I de la faculté de droit de l’U.L. La rixe entre des étudiants chiites proches d’Amal et du Hezbollah portait sur un désaccord concernant la mise en place d’un lieu de culte. Bilan de la dispute : dix blessés dont huit personnes étrangères à la faculté. Les étudiants réfutent cependant cet acte l’attribuant ainsi à des éléments extérieurs. L’atmosphère demeure tendue. De même, le ministre de la Culture et de l’Enseignement supérieur, M. Fawzi Hobeiche s’est entretenu avec le Président Hraoui au sujet du financement de l’Université Libanaise. Il en ressort que le budget dégagé pour l’U.L. est insuffisant, voire inférieur à celui de l’année passée (114 milliards de LL contre 124 milliards précédemment), en dépit des dépenses supplémentaires nécessaires... |
Dossier réalisé par :