LIBAN-DIPLO

AMBASSADEUR DE TURQUIE À BEYROUTH

ALPTEKIN UNLUTURK:

“LES ENTREPRISES TURQUES PEUVENT CONTRIBUER À LA RECONSTRUCTION DU LIBAN DONT MON PAYS APPUIE LA SOUVERAINETÉ”

Né en 1933 à Yozgat, il est diplômé de la Faculté de sciences politiques de l’université d’Ankara (1957). La même année, il rejoint le ministère turc des Affaires étrangères où il est affecté au département de l’OTAN à titre de troisième secrétaire jusqu’en 1959, date à laquelle il est muté à Washington en tant que deuxième secrétaire d’ambassa-de. Une année plus tard, il est transféré à Caracas (Venezuela) avec le même titre et, en 1960, il est rappelé à l’Admi-nistration centrale où il dirige la section économique durant deux ans. Le 31 août 1966, il est nommé premier secrétaire à Moscou; puis, le 14 novembre 1967, conseiller à Bucarest (Roumanie). Il occupe d’autres postes aux Affaires étrangères et à l’étranger: à Bruxelles (premier conseiller), à Bregenz (Autriche) en tant que consul général; puis, à Sydney (Australie); conseiller du Premier ministre turc, Yildirim Akbulut; consul général à Londres avant d’être nommé ambassa-deur à Beyrouth le 11 octobre 1996.

CONDITIONS FAVORABLES À UNE COOPÉRATION LIBANO-TURQUE

- La Turquie et ses entreprises privées peuvent-elles contribuer et dans quel domaine, à la reconstruction des régions libanaises dévastées par la guerre?

“Oui, parce que, comme c’est bien connu, les compagnies de construc-tion turques sont renommées pour leur capacité, non seulement en Turquie mais, aussi, partout dans le monde. Jusqu’aujourd’hui, elles ont pu mettre au point avec grand succès, plusieurs projets clefs dans différents pays dont l’Iraq, l’Arabie séoudite, l’Egypte, la Libye, la Russie, les Ré-publiques de l’Asie centrale et l’Alle-magne. “Dans le cas du Liban, les conditions sont encore plus favorables à cause de la proximité des deux pays. Ce fait minimise les frais de transport et de l’assurance pour le personnel concerné et pour le matériel”.

- Peut-on s’attendre à une médiation d’Ankara destinée à relancer le pro-cessus de paix au Proche-Orient? Et qu’en est-il de l’accord turco-israélien de coopération militaire?

“La Turquie entretient des relations privilégiées avec tous les pays du Proche-Orient, y compris Israël pour des raisons historiques, géogra-phiques et stratégiques. Pour cela, la réussite du processus de paix revêt une importance particulière pour la Turquie. “Nous croyons, fermement, qu’une paix juste et durable passe avant tout par une interdépendance économique entre les pays de la région. On doit concentrer les efforts à trouver des projets écono-miques communs concrets qui assure-ront un profit pour toutes les parties. “Pour sa part, la Turquie est toujours prête à soutenir de tels efforts.”

QUID DU PARTAGE DES EAUX DE L’EUPHRATE?

- Le partage des eaux entre la Turquie, la Syrie et l’Irak pose-t-il toujours quelques problèmes entre les trois pays? Dans l’affirmative, quelle est la solution envisagée?

“Il est évident que tous les pays voisins ont un intérêt commun à développer des relations amicales et à coopérer entre eux avec bonne foi. “Dans une atmosphère d’amitié, d’entente et de compréhension mu-tuelles, les différends peuvent être résolus par des négociations paisibles. “C’est le principe fondamental de la politique extérieure turque. “J’ai une entière confiance que la question des eaux de l’Euphrate peut être résolue de la même façon et avec le même esprit. “En cherchant une solution à ce problème, les critères principaux sont les règles d’une utilisation équitable des eaux définies par les principes des lois internationales. “Dans ce contexte, la Turquie a proposé, il y a quelque temps, un plan à trois phases pour l’utilisation raison-nable et optimale des eaux des rivières de la région. Malheureusement, nous n’avons reçu aucune réaction de nos voisins. “Ce plan avait pour but d’établir un inventaire des ressources d’eau de la région, tout en évaluant les techniques d’irrigation utilisées de nos jours, la structure des sols, les espèces cultivées et les méthodes d’affermage. “L’objectif de ce plan est de déter-miner le besoin en eau de chacun des trois pays concernés et de la façon de résoudre ces besoins, à travers une utilisation optimale des rares ressources d’eau dans les pays concernés.

POUR DES NéGOCIATIONS PAISIBLES

“Quelques objections ont été faites contre les barrages construits et en voie de construction en Turquie. Ces objections ignorent le fait que ces ouvrages régularisent le débit des eaux trans-frontalières et, en conséquence, protègent les pays en aval contre les inondations et la sécheresse. “Avant la construction des barrages, le débit de l’Euphrate variait saisonniè-rement entre 150 m3/s et 5000 m3/s. Le premier indique la sécheresse et, le second, l’inondation. “La Turquie a toujours agi en bonne foi et en conformité avec les bonnes relations de voisinage en ce qui concerne les eaux de l’Euphrate. “En concordance avec le protocole signé avec la Syrie en 1987, la Turquie libère à sa frontière plus de 500 m3/s comme prévu dans le protocole. La moyenne des sept dernières années depuis 1987 a été 640 m3/s. Ce qui fait plus que la moitié du débit total de l’Euphrate. “En conclusion, je voudrais souligner que la solution se trouve dans des négociations paisibles. La Turquie est toujours prête à cela”.

- Votre gouvernement compte-t-il favoriser l’application de l’accord “Pétrole contre nourriture” conclu entre l’ONU et Bagdad, étant donné que le brut irakien doit transiter par le territoire turc?

“Certainement”.

LA TURQUIE NE VIOLE PAS LES DROITS DE L’HOMME

- “Amnesty International” a accu-sé Ankara “de violations massives des droits de l’homme, au nom de la sûreté de l’Etat” et annoncé “le lancement d’une campagne mondia-le” sur les atteintes aux droits fonda-mentaux en Turquie. Qu’auriez-vous à dire à ce sujet?

“Les pratiques des droits de l’homme en Turquie sont souvent considérées avec une perspective étroite. Toute l’image est souvent changée. Il y a peu de connaissance de l’histoire de notre pays et de sa position stratégique. “Après la proclamation de la Ré-publique, certains desseins pour pro-voquer les rebelles kurdes par certains pays occidentaux, ont approfondi la défiance de l’opinion turque envers l’intervention externe. D’autant plus que l’opinion publique trouve difficile de comprendre l’indifférence du monde occidental envers les violations des droits de l’homme ailleurs dans le monde. “Le public turc ne comprend pas pourquoi le PKK n’est pas dénoncé et pourquoi l’Etat et les forces de sécurité doivent être accusés pour essayer de protéger “le droit de vivre” et l’unité de ce pays. La violation des droits de l’homme est commise par inadvertance en Turquie et tout effort est déployé pour les arrêter, mais le fait reste que ces violations sont commises, parce que la Turquie lutte contre une organisation marxiste-léniniste terroriste qui a pour intention de la démembrer. “Un autre fait qui doit être pris en considération, est notre position géo-stratégique. La plupart des pays voisins de la Turquie ont des régimes répressifs et cherchent à les exporter. Des informations montrent que certains de ces pays supportent, activement, le PKK. Ils ont une bonne raison d’essayer de débiliter notre pays, ce qui rend notre lutte contre le terrorisme encore plus compliquée. “Des efforts sont déployés pour renforcer davantage la démocratie en Turquie. Quelques imperfections peu-vent être relevées comme dans n’im-porte quel autre pays, mais la volonté et la détermination d’améliorer la situation existent, reflétant les aspirations du peuple turc”.

ANKARA EST POUR UN RèGLEMENT DE LA CRISE CHYPRIOTE

- Qu’est-ce qui empêche le règlement de la crise chypriote dans laquelle la Grèce et la Turquie sont impliquées, tout en étant membres de l’OTAN?

“La Turquie est en faveur d’un règlement à bref délai mais durable de la question chypriote. celui-ci doit être juste, réaliste et viable, tout en prenant en considération la présence de deux communautés et de deux zones dis-tinctes. “Le règlement à Chypre doit être librement négocié par les deux communautés et recevoir leur accord mutuel. La partie chypriote turque est convaincue que la présente crise de confiance entre les deux parties est la principale cause de l’absence de progrès par rapport au règlement global”.

JEANNE MASSAAD.