EDITORIAL

Par Melhem KARAM
Ramener le Liban à l’avant-scène par sa reconstruction à la conférence des «amis du Liban», à travers la levée de l’interdit qui lui est imposé, constitue le début d’une étape plus grande et ayant une plus longue portée que le jeu libanais. Car la levée de l’interdit frappant le Liban et sa reconstruction sont deux ju-meaux… deux faces d’une même monnaie. Et la base de principe des jumeaux est la paix au Proche-Orient, même à travers le rideau empêchant la vision de l’avenir dans la région. Le président américain était clair dans son appel aux «amis du Liban». De même, les Français étaient non moins clairs dans leur disposition, car la question est plus grande que des fonds destinés, une fois, à construire des ponts et des tunnels et, une fois, à disparaître sur les ponts et dans les tunnels. Naturellement, le Liban profite de tout cela pour la première fois, depuis qu’il fut la scène où se sont déroulés les événements durant lesquels ses fils et les étrangers se sont entre-tués. Tous se sont entre-tués sur lui et davantage en lui, car le fait de se tuer sur lui ne séduit pas. Oui, une chose aurait pu séduire ceux qui ne voulaient pas le bien du Liban, c’est la partition. Tel est l’unique aspect des affrontements dont il a été le théâtre. La partition ou l’unité. L’arabisation ou l’occidentalisa-tion. Beaucoup ont pensé au partage du Liban, s’il leur était impossible de le gouverner avec la mentalité de ceux qui viennent d’au-delà des frontières. S’y entre-tuer était ce qu’il y avait de plus séduisant. Parce que c’était une scène à découvert? Non, mais parce que c’était une scène acceptant tout le monde et acceptée par tous. Qui donc n’a pas trouvé des partisans sur la scène libanaise? Par la conviction idéologique ou doctrinale ou par les deux à la fois? Ceux qui soutenaient cette tendance en vue d’attirer les négativismes sont, pour la plupart, ceux-là même qui apportent leur soutien pour attirer les positivismes. Cela se produit pour la première fois. Qui se souvient de Taëf? Les sages seuls ont su que Taëf était moins pour le Liban que pour le nouvel ordre mondial, à partir du Liban. La roue rouge aurait dû se calmer chez nous, pour que ceux à qui le jeu de la paix cause un préjudice, ne puissent pas faire flamber le camp libanais, ni l’occuper par le jeu des guerres. Quiconque était lésé, pouvait s’exécuter, relativement. Et davantage par un intermédiaire. Les «amis du Liban» ont bougé en sa faveur. Et en faveur de leurs intérêts au Liban. Nul n’en est dupe, comme au temps des négativismes et des crises des positivismes. C’est un droit du Liban sur le monde, surtout que le Liban reflète, sincèrement, les changements internationaux. Il en est ainsi depuis longtemps. Depuis longtemps, ils lui inventent des hommes, parce que les siens sont, dans leur majorité, des hommes d’étape. Ils deviennent du passé dès que l’étape prend fin. Il en est ainsi des patries et des pays angoissés, comme des pays faibles. Quand le Liban était-il une pérennité et une continuité, sauf dans sa présence géographique? Même cela, même sa présence géographique, qu’il grandisse ou se rapetisse… s’allon-ge ou se raccourcisse… répond aux impératifs de l’étape. Le temps du salut est-il arrivé? Le salut de quoi? Des événements ou de l’existence par étape? Les événements… ce n’est pas nous qui nous en sommes débarrassés ou les avons achevés. Si le mot était à nous dans ce domaine, il aurait continué à être dit par les armes. Et les accolades cordiales n’auraient rien changé; elles font partie des anomalies de l’étape. Pour en finir, le salut doit être du Liban de l’étape, ignorant ce qu’il veut. Ou incapable de passer à l’acte volontaire. Le Liban est une présence… Puis, c’est une patrie. Ensuite, un Etat. Il nous importe, au début, que le Liban-présence soit plus grand que l’étape. Le Liban de la présence stable, dépassant la discussion sur sa présence entre les siens. Et, par la suite, le Liban-Etat, un Etat appartenant à tous ses fils et méritant leur loyauté unanime. Que cela se produise ne serait-ce qu’une fois… Comme le fait pour le Liban de réaliser, pour la première fois, de la conférence des «amis du Liban», un profit positif lui permettant de reconstruire ce que les armes ont détruit, par certains de ceux qui, hier, assuraient le prix des armes destructrices. Il sied de rappeler les négativismes le jour du positivisme. Car le positivisme et le négativisme s’engendrent, à l’instar de la vie et de la mort. Le positivisme des «amis du Liban», rencontre le négativisme de l’agression israélienne contre le Liban-Sud ou contre les Palestiniens de l’autonomie et des territoires occupés. Comme se rencontrent les différends entre les gens du Pouvoir chez nous, autour de problèmes dont ils savent comment finit le différend à leur sujet. Demain… et heureux quiconque a un lendemain… demain, les fonds arriveront. Naturellement, dans la mesure du possible. Ceux qui l’ignoraient, sauront comment les fonds arrivent au Liban. Et comment ils partent… Exactement comme dans chaque pays en cours de reconstruction ou ayant hâte de réaliser les projets… L’argent disparaît dans les fondations des projets, avant que pointe l’heure de l’exécution. Ainsi sont nos problèmes… et nos soucis, le Liban et le Proche-Orient formant une même entité. Aucun jour, leurs causes n’ont été dissociées, car il s’agit d’une grande cause unique, régionale et internationale… si grande, que le Liban se perd dans ses vagues, si ses amis ne se portent pas à son secours. Surtout si ses habitants ne sont pas du niveau de ceux qui tiennent les sorts des patries et de leur devenir, en tant que présence définitive… dont ne se jouent pas les aléas de l’étape. Avons-nous, effectivement, atteint ce stade?