LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
Le fait pour la Maison-Blanche de n’avoir pas levé l’interdit frappant les ressortissants américains désireux de venir dans notre pays, laisse planer le doute quant à la suite à donner aux décisions prises par la conférence des “amis du LIban” ayant tenu ses assises, cette semaine, à Washington (notre photo).
WASHINGTON A DÉÇU À LA CONFÉRENCE DES “AMIS DU LIBAN”
Peut-on dire que la conférence des “amis du Liban” ayant tenu ses assises au début de la semaine à Washington a connu un “succès délirant”, comme le prétendent certains confrères qui en ont assuré la couverture, alors que l’essentiel de ce qu’on en attendait n’a pas été obtenu? En effet, la capitale fédérale qui s’est contentée de porter son assistance annuelle de 10 à 20 millions de dollars (!), n’a pas jugé opportun de lever l’interdit frappant les ressortissants américains désireux de venir dans notre pays ou même de transiter à l’Aéroport international de Beyrouth. “Le président Clinton a ses considérations pour s’opposer à la levée de l’interdit... mais nous poursuivrons nos efforts en vue de l’obtenir dans le plus bref délai”, a déclaré le président Rafic Hariri. Ceci étant, comment les entreprises américaines pourront-elles venir chez nous, pour superviser l’exécution des travaux dont elles auraient la charge? C’est tout simplement illogique. Certes, tout Libanais se réjouit de ce qu’un petit pays comme le sien suscite tant d’intérêt de par le monde et rassemble les représentants d’une quarantaine de pays et d’organisations internationales, pour délibérer à propos des moyens à mettre en œuvre aux fins de contribuer à sa reconstruction, à sa prospérité et à essor. Cela prouve que le pays des cèdres a recouvré la confiance de la communauté internationale après sa longue et dure épreuve. Et ce n’est qu’un premier pas qui sera suivi d’un autre. En effet, d’ici à un an, et sur proposition de la France, une seconde conférence pareille à celle de Washington se tiendra en Europe ou aux Etats-Unis, ce qui permet de bien augurer de l’avenir... Surtout si le processus de paix était réactivé et aboutissait à un règlement juste, global et durable du conflit régional. En plus de l’attitude négative des USA, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est incompréhensible, sinon indécente, il y a lieu de signaler que le montant de la contribution réclamée par le gouvernement libanais, soit 5 milliards de dollars, n’a pas été souscrite par les participants aux assises de Washington. Ceux-ci ont promis une aide, sous forme de prêts à taux réduits, de 3,200 milliards de dollars, le tiers de la somme devant être versé en 1997. L’unique “faveur” accordée au Liban réside en ce que l’opération de paix au Proche-Orient a été dissociée de l’assistance destinée à notre pays. Nous n’irons pas jusqu’à partager les craintes du président Omar Karamé, quant à l’intérêt subit manifesté par l’Amérique à notre égard “dont nous ignorons le prix, car elle ne fait jamais rien pour rien” (sic), nous nous interrogeons sur le point de savoir s’il est de bonne politique pour cette grande puissance de ne pas affranchir le pays des Cèdres de mesures restrictives injustifiables, de l’avis même de plusieurs congressmen américains. Tout indique, contrairement à ce que souhaite le président Hariri, que l’interdit ne sera pas levé avant que Warren Christopher passe la main à Madeleine Albright, soit au début de la nouvelle année. Et c’est bien dommage, car les Libanais s’attendaient à recevoir à titre d’étrennes, sinon la suppression, du moins l’assouplissement des restrictions qui empêchent les ressortissants US de débarquer sur nos rivages...
En visite à Beyrouth, M. Jacques Diouf, directeur général de la FAO (notre photo) a insisté sur “l’élaboration urgente d’une politique agricole libanaise dynamique”. Mais tout en révélant que son organisation a dépensé 3 millions de dollars au Liban dans le secteur agricole depuis 1993 et prépare une série de projets pour un montant de 175 millions de dollars, M. Diouf a dit que le gouvernement libanais doit trouver les fonds nécessaires au point de départ”, alors qu’il affecte 0,4% du budget de l’Etat à l’agriculture...
POUR UNE POLITIQUE AGRICOLE RATIONNELLE ET DYNAMIQUE
“Nos principales ressources ne proviennent pas, uniquement, du tourisme, mais également de l’agriculture”, a assuré le chef du gouvernement aux hommes d’affaires libanais et étrangers avec lesquels il a eu l’occasion de s’entretenir à Washington, en marge de la conférence des “amis du Liban”. Or, au cours de sa visite à Beyrouth, cette semaine, M. Jacques Diouf, directeur général de la FAO, a insisté sur “l’urgence d’une politique agricole libanaise rationnelle et dynamique.” Il a insisté sur la nécessité pour notre pays, (qui importe 80 pour cent de ses besoins aliementaires et dépense pour cela 1,4 milliard de dollars par an), “d’encourager le secteur agricole, d’en faire une priorité et, partant, de lui trouver les investissements requis.” Le directeur de l’organisme spécialisé des Nations Unies, qui a succédé au Libanais Edouard Sauma, déplore la migration intérieure des petits cultivateurs vers les centres urbains et la désertification des campagnes. Aussi, appelle-t-il à l’arrêt de cette hémorragie dont pâtissent les régions rurales en encourageant les agriculteurs à réintégrer leurs terres laissées en friche, afin de les exploiter pour s’assurer les moyens d’une vie décente, alors qu’ils croupissent dans les villes... Cependant, M. Diouf rend cette tâche difficile, voire impossible, en posant comme condition que le Liban trouve les fonds nécessaires au point de départ pour dynamiser son secteur agricole, “les aides extérieures ne devant arriver que plus tard”. Quand? Il ne le précise pas... Façon de dire: “Aide-toi et le Ciel t’aidera... D’où notre pays, dont le déficit du budget ne cesse de grossir à cause de la dette publique de plus en plus lourde, peut-il se procurer les fonds nécessaires, étant donné que les prévisions budgétaires du ministère de l’Agriculture représentent 0,4 pour cent du chiffre du budget de l’Etat? “Et ceci, a observé le directeur général de la FAO, suscite bon nombre de points d’interrogation dans les instances internationales”. Cet état de choses empêche notre pays de revoir sa stratégie en matière agricole, ne serait-ce que pour créer une complémentarité entre la production locale et les besoins de notre peuple. Puis, il importe aussi de trouver des substituts aux cultures prohibées auxquelles l’Etat a mis fin, surtout au Akkar et dans la Békaa, où les agriculteurs éprouvent de la difficulté à assurer leur subsistance. Tout cela exige de l’argent. Où le trouver?
Après avoir fait monter la tension dans les territoires occupés et au Liban-Sud, Netanyahu dépêche deux de ses ministres à Amman et au Caire, pour rasséréner l’atmosphère. De plus, par la voix du ministre de la Sécurité intérieure, il propose le déploiement dans la zone frontalière de forces égyptiennes et jordaniennes, mais s’oppose, en même temps, à un retrait israélien unilatéral. Exigerait-il, aussi, le rapatriement des troupes syriennes?
P.O.: NETANYAHU RENONCERA-T-IL AU SYSTèME DE LA DOUCHE éCOSSAISE?
Après avoir tiré sur la corde devenue encore plus raide, ces dernières semaines, au risque de provoquer sa rupture, Benjamin Netanyahu paraît avoir changé de tactique une fois de plus. D’autant que deux membres de son Cabinet: David Lévy (Affaires étrangères) et Yitzhak Mordekhai (Défense), en plus de l’amiral Ayalon, chef du service de sécurité intérieure (Shin Beth), s’opposent maintenant à son projet visant à créer une nouvelle colonie de peuplement en Cisjordanie, après celle de Jérusalem-est. “Ce serait, a dit Aylon, commencer le compte à rebours pour une nouvelle conflagration violente”. De son côté, le chef de la diplomatie israélienne a averti Netanyahu: “La relance de la colonisation jouera le même rôle que l’ouverture du tunnel sous l’esplanade des mosquées dans la Ville sainte”. Ceci avait provoqué les affrontements sanglants palestino-israéliens, dont le bilan fut particulièrement lourd du côté palestinien, puisqu’ils s’étaient soldés par 80 tués et 1.500 blessés. En dépit de cela, le chef du gouvernement israélien accuseYasser Arafat “de bloquer les pourparlers sur un retrait partiel de Hébron”. Ainsi, Netanyahu s’abstient d’appliquer les accords conclus avec l’Autorité palestinienne, reprend la colonisation - considérée par Washington comme une “bombe à retardement” - tergiverse à redéployer ses troupes à Hébron, opération qui devait intervenir il y a plus de trois mois et accuse Abou-Ammar “de bloquer le processus de paix”. Puis, du jour au lendemain, vraisemblablement sous la pression des USA qui appréhendent un nouveau cycle de violence dans les territoires occupés (la Presse de Tel-Aviv prévoit une explosion imminente dans les zones placées sous le régime d’autonomie), Netanyahu change de ton. En effet, il a proposé lundi de rencontrer Abou-Ammar et de relancer les négociations bipartites. De fait, celui-ci a déclaré: “Nous avons résolu de reprendre les pourparlers à tous les niveaux...” Pourtant, la veille, il avait émis cette réflexion d’un ton désabusé: “Tout le monde blâme Netanyahu, mais il persiste... La balle qui se trouvait dans son camp, n’existe plus, car il l’a dégonflée”... Non seulement, le Premier ministre israélien veut engager de nouveau le dialogue avec l’Autorité palestinienne, mais il dépêche David Lévy à Amman et Yitzhak Mordekhai au Caire, aux fins de rassurer le roi Hussein et le président Hosni Moubarak quant à son désir de paix. Les deux hommes d’Etat arabes l’avaient mis en garde, récemment, contre les dangers pouvant résulter de sa politique belliciste. Netanyahu veut, également, amener les Etats arabes du Golfe à concrétiser l’intention qu’on leur prête de normaliser leurs relations avec l’Etat hébreu. Mais la tendance à ce plan s’est inversée, les Etats membres de la Ligue arabe - son secrétaire général, Esmat Abdel-Magid l’a affirmé cette semaine à Beyrouth - ayant décidé de geler tout contact avec Tel-Aviv, tant qu’une paix juste et globale n’aura pas été instaurée au Proche-Orient. Aussi, s’attendent-t-ils à voir Netanyahu renoncer, enfin, au système de la douche écossaise qu’il affectionne tellement et jouer cartes sur table avec ses voisins lesquels connaissent, désormais, son jeu cousu de fils blancs... En alternant les prises de positions dures et conciliantes, il ne parviendra pas, comme il s’imagine, à les avoir à l’usure...
ECHOS ET REFLEXIONS
LE PARI DE GEHA ET LES MUNICIPALES
Les élections municipales auront-elles lieu aux dates fixées par le gouvernement - dans la première quinzaine de juin 97 - après que le ministère de l’Intérieur aura rectifié les listes d’électeurs bourrées d’erreurs (ainsi qu’il est apparu lors des récentes législa-tives), mis au point la carte électorale et mécanisé les services officiels préposés à l’organisation et au contrôle du scrutin? Le Conseil des ministres a bien affecté les crédits - près de 15 mil-liards de livres - nécessaires à l’o-pération, mais il y a tant de dif-ficultés à surmonter et d’obstacles à aplanir en l’espace d’un semestre! On peut donc douter de la capacité des services mentionnés de s’acquitter d’une tâche aussi complexe! Surtout si le Cabinet devait s’atteler à la réforme administrative, celle-ci figurant en tête de ses priorités, tel qu’il l’a mentionné dans sa déclaration ministérielle. Même le chef du Législatif s’est montré réticent par rapport à la décision gouvernementale relative aux municipales, sans doute parce que ces élections l’amèneront à affronter, une fois de plus, le “Hezbollah” dans sa circonscrip-tion! De plus, il a insisté sur la mise au jour des listes d’électeurs et l’adoption de la carte électorale, en souhaitant que le scrutin se déroule “avant le mois de juin pour préserver la saison estivale”. Le ministre de l’Intérieur a laissé entendre, d’ailleurs, que “les élec-tions auront lieu aux dates pré-vues... à moins d’événements excep-tionnels” dont il n’a pas précisé la nature... Ainsi, il agit à la manière de Geha qui fit un pari en promettant au roi de faire chanter son âne dans un délai déterminé, faute de quoi il le condamnerait à la prison à vie. A sa femme qui lui exprimait ses craintes, Geha dit: “D’ici à l’expi-ration du délai, bien des événements fâcheux pourraient se produire: l’âne risque de crever, le roi peut être emporté par la maladie ou être victime d’un attentat et moi de même”. Bonne chance, quand même, au ministre de l’Intérieur, à ses colla-borateurs et conseillers!
Edouard BASSIL.