POINT DE VUE
EXPOSANT LES MOBILES L’AYANT INCITÉ À POSER SA CANDIDATURE AUX LÉGISLATIVES 96
GEORGES KHADIJE:
“L’ASSEMBLÉE A BESOIN, NON SEULEMENT D’HOMMES POLITIQUES, MAIS DE LÉGISLATEURS”
Ayant posé sa candidature aux dernières législatives sur la liste du président Salim Hoss, la chance ne lui a pas souri. Pourtant, étant donné ses activités polyvalentes exercées dans l’avocature, l’enseigne-ment universitaire et à la tête de la Caisse nationale de Sécurité sociale durant de longues années, les observateurs s’attendaient à le voir accéder à l’Assemblée nationale qui aurait profité de son expérience et de son vaste savoir. Quoi qu’il en soit, le nombre des suffrages qu’il a obtenus (15.000 voix), donne une idée de la valeur de l’homme. Il s’agit d’un résultat satisfaisant, d’autant qu’il briguait pour la première fois un siège sous l’hémicycle.
DE L’ADMINISTRATION À LA PROFESSION LIBÉRALE
- Qu’est-ce qui l’a incité à poser sa candidature et comment expli-que-t-il son échec?
“Personne ne m’a demandé à me porter candidat et depuis 1964, je me suis intéressé à la chose publi-que. Plus exactement, dès le mo-ment où j’ai appris dans un journal l’organisation d’un concours pour le choix de directeurs à affecter à la CNSS. “J’ai participé au concours et occupé la première place. Ainsi, j’ai été nommé chef du conten-tieux: puis, directeur administratif, charge que j’ai assumée durant cinq ans. “Puis, préférant une profession libérale et en dépit de l’expérience acquise dans l’administration pu-blique, je me suis consacré à l’enseignement universitaire et à l’avocature. “En 1992, je n’ai nullement son-gé à poser ma candidature, l’idée n’ayant pas alors mûri dans mon esprit. Mais en 1996, en tant que fils de Beyrouth où ma famille est établie depuis le XVIème siècle; étant donné mes connaissances dans les domaines de la législation, de la santé, de l’habitat, de la vie économique et sociale; vu l’amitié qui me lie au président Hoss depuis 1983, j’ai résolu de présenter ma candidature après l’avoir consul-té.”
- Les résultats vous ont-ils surpris?
“Pas du tout. Tout homme aspire au succès, quand il engage une bataille. Au contraire, je considère le résultat obtenu plus que satis-faisant, car il constitue un impor-tant acquis”.
JURISTE ET SOCIOLOGUE
- Parmi les 15.000 suffrages exprimés en votre faveur, quel est le nombre exact de vos électeurs?
“Il va sans dire, que faire partie d’une liste aide beaucoup le candidat et je n’aurais pas brigué un siège parlementaire si je devais engager la bataille à titre indivi-duel. “Cependant, les élections re-quièrent un programme déterminé et à aucun moment je ne me suis affilié à une famille politique. Ma famille s’adonnait plutôt au commerce et mon oncle a été président de l’Association des commerçants de Beyrouth durant une longue période. “Je me suis présenté en tant que juriste et sociologue. Si j’avais réussi, je me serais contenté d’un rôle de législateur et de sociologue, fondant son action sur la politique sociale, c’est-à-dire sur la politique dans son sens étymologique. Et j’aurais, naturellement, suivi la ligne politique définie par la liste du président Hoss, celle du “changement et du salut”. “Quant au nombre des suffrages exprimés en ma faveur, il ne peut être établi minutieusement, mais j’ai déduit des échos qui me sont parvenus, que l’appui à ma per-sonne n’était pas minime”.
RÉSULTAT ENCOURAGEANT
- Beaucoup de vos anciens étudiants sont devenus ministres. Qui sont-ils?
“Je préfère ne pas citer de noms. Je précise, toutefois, que les licen-ciés en droit ayant fait leurs études à la Faculté de l’USJ depuis 1966 à ce jour, ont été mes élèves”.
- Le résultat obtenu aux légis-latives vous encourage-t-il à per-sévérer dans la même voie?
“Je poursuis mes contacts, sur-tout avec le président Hoss à qui je rends visite une fois par quinzaine au moins. De même, j’exprime mon point de vue à propos de problèmes en rapport avec la question sociale. “En ce qui concerne ma persis-tance à m’adonner à la politique, il est prématuré de me prononcer. Cependant, un homme politique, considéré comme une valeur natio-nale m’a dit: Vous ne pouvez pren-dre une décision à ce sujet avant une période d’observation qui pour-rait se prolonger pendant un semes-tre ou un an. “Puis, un ministre actuel m’a dit; Vous ne pouvez pas penser que vous n’êtes pas un homme politi-que; ceci peut vous causer du tort aux élections. «Je lui ai répondu que l’Assem-blée a besoin de personnes aptes à légiférer et non seulement de poli-ticiens».
ACTIVITéS CULTURELLES
- Dans quel cadre exerciez-vous vos activités au sein du Cercle des soirées culturelles que vous aviez fondé en 1975?
«Elles s’exerçaient dans les domaines de la pensée. Beaucoup de grands Libanais y ont pris la parole, entre autres le président Alfred Naccache, des ministres, des penseurs tels l’imam Moussa Sadr, feu Kamal Joumblatt et Mgr Doumet».
- Pourquoi avez-vous arrêté ces activités?
«A cause de la guerre. On m’a demandé, plus d’une fois, de les reprendre, mais cela n’a pas été possible pour une double raison: le comité s’est disloqué et je ne dispose plus d’un local. Puis, un tel cercle littéraire exige beaucoup de temps dont je ne dispose plus à présent. Etant entendu que je l’avais fondé alors que je n’avais pas 25 ans. Après les législatives, j’envisage d’organiser des rencon-tres de cette nature à mon domi-cile».
CONTRE LES IMPôTS DIRECTS
- Les impôts et taxes grèvent le budget des citoyens, alors que le Pouvoir paraît enclin à les aug-menter ou en instituer de nou-veaux. Quelle est votre opinion à ce sujet?
«Je suis contre les impôts di-rects, surtout quand ils frappent les citoyens à revenu limité ou de condition modeste. Je suis en fa-veur de l’exemption de tout impôt direct sur le revenu jusqu’à une limite déterminée. En revanche, je suis d’avis d’augmenter les impôts sur les nantis qui sont capables de les acquitter. «Descartes dit: L’homme doit vivre avant de pouvoir donner. Trois nécessités doivent être assu-rées avant toute chose: l’habitat est prioritaire, pour libérer le citoyen de cette obsession. «La seconde obsession est l’école. Je ne prends pas le parti de l’école privée, mais nous ne de-vons pas lui faire assumer la res-ponsabilité de l’enseignement au Liban, tout en parlant de contrôler les scolarités. La responsabilité dans ce domaine incombe à l’Etat, car il est censé assurer l’instruction aux citoyens à travers l’école publique supposée être du même niveau que l’école privée. «La troisième obsession est l’hôpital. Aussi, faut-il renforcer les hôpitaux du gouvernement et les élever au niveau des établisse-ments hospitaliers privés. Etant entendu que la politique socio-médicale ne peut être assurée qu’à travers les hôpitaux du gouver-nement, l’Etat pouvant se permet-tre de perdre ou de couvrir les frais d’hospitalisation, même gratuite-ment. Mais il ne peut demander aux hôpitaux privés de perdre».
(Propos recueillis par N. el.-H.)