ENQUETE
PROBLEME DE BRÛLANTE ACTUALITE
LA PEDOPHILIE MENACE NOS ENFANTS MOBILISONS-NOUS POUR LES EN PREMUNIR
“Nous n’existons vraiment que par ces petits êtres qui, dans notre cœur, s’établissent en maîtres, prennent notre vie, ne s’en doutent pas, et n’ont qu’à vivre heureux pour n’être point ingrats”. Emile Augier
Mme Rita Gebrane, présidente du club Inner Wheel du Metn, présentant MM. Joseph Donato
et Bernard Gerbaka dans une conférence sur «la prévention contre la pédophilie».
De notre temps, plusieurs fléaux envahissent le monde et toute l’humanité essaie de les combattre et de les éradiquer. Mais il y a une exploitation basse, à laquelle nous faisons face aujourd’hui qui n’a pas pris sa part d’importance dans notre lutte, à cause de la honte et de l’effroi qu’elle fait naître chez sa victime, laquelle préfère se taire et supporter ses souffrances, plutôt que de se plaindre et de se déclarer. Ainsi, face à la charte des Nations-Unies de 1989 relative aux droits de l’enfant et reprise à Stockholm en août 1996; et à l’occasion de la journée mondiale des droits de l’enfant (le 20 novembre), le mauvais traitement des mineurs aboutit à l’une des formes les plus sinistres: La pédophilie. Ce mal odieux s’attaque à ce que nous avons de plus cher: nos enfants; il les détruit et, parfois, les tue.
LA PRéVENTION CONTRE LA PéDOPHILIE
Dans le cadre de la protection de l’enfant, le club “Inner Wheel” du Metn a pris son courage à deux mains et osé affronter ce sujet tabou, lors d’une conférence à l’hôtel “La Cigale”. M. Joseph Donato, président de l’Association “Dar El-Amal”, fondateur de l’O.D.S. et le professeur Bernard Gerbaka, membre de l’association libanaise pour la protection de l’enfant, ont parlé de “la prévention contre la pédophilie”, en se basant sur des statistiques et des témoignages, pour montrer, enfin, ses conséquences et les moyens de combattre ce fléau. La pédophilie qui rabaisse le mineur au rang d’une marchandise dans un réseau débordant un seul pays, devient une source de profit, ne concernant pas seulement les régions sous développées mais, aussi, les pays civilisés. L’enfant a peur et a honte de parler; ainsi la pédophilie devient le secret le mieux gardé.
LES CAUSES
Les causes favorisant l’exploitation de l’enfant sont diverses et s’étalent à différents niveaux. - Au niveau de la famille, la cellule familiale a des répercussions sur l’enfant, surtout lorsque l’un de ses membres se drogue ou boit à outrance. L’enfant peut, aussi, mal réagir face au divorce ou à la séparation de ses parents, ou face au mauvais traitement de ces derniers. - Au niveau socio-économique, la pauvreté est le facteur principal entraînant la privation, qui va inciter l’enfant à faire n’importe quoi pour subvenir à ses besoins. - L’exiguité des logements induit un apprentissage précoce des faits sexuels et encourage l’enfant à s’évader dans la rue. - Le tourisme exotique qui invite les gens à passer des vacances dans des pays où les enfants errent dans les rues afin d’en profiter. - Enfin, le Sida entraîne les agresseurs à se retourner contre des victimes innocentes, saines, dépourvues de ce virus. Tous ces motifs peuvent détruire la vie de nos enfants et les exposer à devenir eux-mêmes pédophiles par la suite. Contrairement à ce que pensent certains, plusieurs mineurs sont victimes d’abus sexuels et des statistiques révèlent leur nombre.
STATISTIQUES (INDE BRÉSIL - THAILANDE... LIBAN)
D’après des statistiques mondiales, l’Inde est en tête de liste des pays souffrant de pédophilie; suivie du Brésil où se trouvent 500.000 enfants prostitués face à 8 millions au travail; en troisième place, vient la Thaïlande où il y a plus de 100.000 cas dont le tiers est séropositif. Ensuite, le Philippines regroupent plus de 100.000 enfants prostitués rapportant à peu près 1.500 milliard de dollars; sans oublier, le Sri Lanka, les Etats-Unis, la France et l’Europe de l’Est. Au Liban, le problème a été abordé par l’Association libanaise de la protection de l’enfance en 1996, celle-ci, indique que les plaintes pour viol ont triplé en 5 ans et, pour les mineurs, elles ont été multipliées par 20. Quant aux actions en justice, elles se sont élevées à 39 pour les mineurs et 127 pour les mineures de 1791 à 1990; à 612 actions pour les mineurs et 2421 pour les mineures en 1994. Durant le seul mois d’octobre 1996, 62 actions en justice pour les mineurs ont été intentées. Ainsi, nous dépassons par nos chiffres la Hollande. Pour être encore plus précis et toujours au Liban, nous soulignons que pour 25 cas de viol, les violeurs ont en moyenne 31,8 ans et sont pour la plupart des hommes. Tandis que pour 28 cas de violés: la moyenne d’âge est de 11,5 ans (variant de 1 an1/2 à 17 ans) dont 10 garçons et 18 filles. Ces chiffres sont très émouvants, mais l’émotion n’atteindra son apogée qu’après les témoignages des enfants, recueillis par les assistantes sociales de “Dar El-Amal” qui accompagnent les jeunes et les aident à prendre des décisions.
TémoignageS Zeina, (14 ans) se rappelle, amèrement, des attouchements qu’elle a subis de son oncle, alors qu’elle était au lit, réfugiée dans les bras de sa poupée. Souad, (16 ans) raconte: “Je n’oublierai jamais le jour où j’ai été violée par notre voisin à l’âge de 10 ans et la frayeur que j’ai vécue pour cacher cela à ma famille . Yolla: (18 ans): «Mes parents m’ont vendue pour trois ans comme domestique, alors que j’avais huit ans; j’étais toujours battue et je dormais avec les larmes aux yeux, le ventre creux. «A force d’être frappée, je suis devenue handicapée physique; mes parents n’ont plus voulu de moi et j’ai commencé à traîner dans la rue». Sarah: droguée et violée par son beau-père à 11 ans, a eu un enfant de lui un an après, sa mère n’a jamais osé ouvrir la bouche. Claude: emprisonné pendant un an, pour avoir tué son propre père, qu’il a vu en flagrant délit, violant sa sœur de 14 ans. Le phénomène de l’abus sexuel concerne, largement, tout le tissu social particulièrement silencieux face à cette situation qui engendre des conséquences dévastatrices.
Un nombreux auditoire a suivi avec un intérêt soutenu l’exposé des deux conférenciers.
CONSéQUENCES:
Après ces agressions sexuelles, l’enfant souffre et subit divers troubles. Victime d’abus sexuels, il est sujet à des crises d’angoisse, des symptômes phobiques, des échecs scolaires et à une incapacité de contrôle. Il affronte des affections physiques, morales et psychiques, se traduisant par des troubles du comportement, des insomnies, des boulimies et, parfois, des suicides. Il développe une image négative de lui-même, une attitude de séduction et une carence affective. Ainsi «Dar El-Amal» se mobilise en créant un centre d’accompagnement et de réhabilitation, doublé d’un club des jeunes en difficulté. Malgré toutes ces conséquences, les abus augmentent, comment lutter contre ce fléau?
MOYENS DE LUTTE:
Le principe essentiel de la lutte contre la pédophilie demeure la conformité aux conventions internationales sur les droits de l’enfant; la modification et l’application d’une législation ferme qui doit viser l’agresseur et la restauration de la personnalité compromise de l’enfant. Cette lutte peut être mise en œuvre par divers moyens: - contrer la banalisation de la sexualité enfantine et le libertinage; - créer des structures appropriées comprenant des détectives, des magistrats et des médecins; - Coopérer avec des associations nationales et internationales; - mobiliser la technologie; - refuser les circonstances atténuantes, - procéder à une castration chimique; - prévoir un téléphone anonyme pour permettre aux jeunes victimes d’alerter les responsables. On doit, aussi, organiser des campagnes d’informa-tion et des causeries dans les écoles. Après l’évocation de ces souffrances infligées à de petits êtres vulnérables, les adultes doivent se mobiliser, briser les tabous, la honte et la peur du qu’en dira-t-on, afin d’aider nos enfants à sortir de ce calvaire. Chacun est concerné par ce problème, car les mineurs sont le Liban de demain, notre patrie et une part de nous-mêmes. Il est de notre devoir de le sauver d’un mal qui le guette et risque de l’envahir.
NAYLA YOUNES