D'UNE SEMAINE A L'AUTRE
PRéOCCUPATIONS NORDISTES
Le président Omar Karamé a reçu à son bureau tripolitain, dimanche dernier, M. Jihad As-Samad, député de Denniyé, à la tête d’une délégation d’agriculteurs nordistes. L’entretien a porté sur la mévente des produits agricoles, notam-ment les pommes, ces fruits étant bloqués depuis des semaines dans les entrepôts frigorifiques faute d’acheteurs. L’ancien chef du gouvernement n’a pas caché sa surprise, d’autant qu’en vertu d’un récent accord conclu par le ministre de l’Agriculture avec son homologue égyptien, l’Egypte s’est engagée à acquérir une partie de notre récolte de pommes. Aussi, M. Karamé a-t-il demandé au ministre Fakhoury de veiller à la stricte application dudit accord, d’autant que les produits agricoles égyptiens inondent le marché local.
VERS L’ADOPTION DE LA CARTE MéDICALE?
Dans un discours prononcé durant le dernier week-end au Liban-Nord, M. Sleiman Frangié, ministre de la Santé, a exposé sa conception de la manière de mener à bien la politique sanitaire et d’en faire profiter tous les citoyens. M. Frangié est d’avis qu’il faut généraliser l’hospitalisation (officielle) par l’adoption de la carte médicale. De plus, il a mis l’accent sur la nécessité de renforcer le contrôle sur les hôpitaux privés, en promettant d’acquitter les arriérés de leurs factures gelées depuis plusieurs mois.
SABEH ET LES DÉFIS!
M. Bassem Sabeh, ministre de l’Information, attire l’attention sur les défis auxquels est confrontée la paix civile, ainsi que sur les tentatives réitérées d’Israël visant à faire avorter le processus de paix dans la région. “Le Liban, soutient le ministre, a dépassé le stade où une rumeur par -ci et une explosion par-là pouvaient compro-mettre sa sécurité interne et sa stabilité, car il a pu acquérir au cours des dernières années une immunité au triple plan politique, économique et sécuritaire”. M. Sabeh a dit encore qu’il se préoccupe, par-dessus tout, d’élaborer une nouvelle stratégie médiatique, en vue d’unifier l’information nationale, afin de prémunir le pays contre tous les dangers.
CHAMSEDDINE SE FÉLICITE DES ASSISES DE WASHINGTON
L’imam Mohamed Mahdi Chamsed-dine, président du Conseil supérieur chiite, s’est félicité des résultats de la conférence des “amis du Liban” qui a tenu ses assises, la semaine dernière, à Washington. “Il s’agit, dit-il, d’une victoire pour le Liban et son peuple au niveau tant politique, qu’économique”. Par ailleurs, le dignitaire chiite a souligné l’importance de l’information religieuse pour les communautés na-tionales, les musulmans en ayant besoin autant que les chrétiens. “Nos frères chrétiens, observe-t-il, ont pris conscience de cette importance mieux que nous; aussi, ont-ils assuré leurs moyens d’information. Nous devons en faire de même”.
FADLALLAH ET LES QUESTIONS GRAVES
L’uléma Mohamed Hussein Fad-lallah met en garde contre les questions revêtant quelque gravité qui se posent sur la scène locale. Aussi, invite-t-il les gouvernants à ne pas minimiser leur importance et à s’employer à leur trouver des solutions urgentes. «D’autant, ajoute-t-il, que le marasme économique au Liban et dans la région, entretient l’angoisse parmi les citoyens, (surtout ceux de la classe modeste) qui ne parviennent plus à s’assurer une vie décente».
BRÈCHES À COMBLER DANS L’ACCORD DE TAËF
M. Gébrane Tok, député de Bé-charré, signale plus d’une brèche dans l’accord de Taëf, sept années après son application; aussi, appelle-t-il à y remédier aux fins de prévenir tout clivage au plan national. “Ce sont ces brèches, ajoute-t-il, qui ont amené le chef de l’Etat à proposer des réformes constitutionnelles, ce qui est tout à fait de son droit, en sa qualité de gardien de la Constitution, droit que partagent les autres responsables”. Le parlementaire nordiste juge inadéquat de débattre de ce sujet sur les colonnes des journaux. “Il vaut mieux, d’abord, admettre les suggestions des autres et ensuite, les discuter dans le cadre des institutions constitution-nelles, en favorisant un climat propice au consensus”. “La communauté internationale a repris confiance dans notre pays, conclut-il, c’est pourquoi, il ne faut pas lui donner l’impression que nous continuons à évoluer dans un cercle vicieux”.
ZEINA EL-ALI MÉRAABI S’EXPLIQUE...
Plus d’un point d’interrogation s’est posé à la suite de l’interview télévisée de Mme Zeina el-Ali Méraabi, au cours de laquelle elle a émis des points de vue ne concordant pas avec ceux de son époux, M. Rafic Chahine. “J’ai exprimé mon opinion personnelle, a précisé Sitt Zeina, qui diffère de celle de mon conjoint. Car dès notre mariage, sa ligne politique (chéhabiste) différait de celle de mon regretté père, Sleiman el-Ali.” De plus, elle justifie le retrait de sa candidature aux législatives de 92 et 96 par le fait que “le scrutin ne s’est pas déroulé, les deux fois, dans un climat démocratique”. Mais ceci ne l’a pas empêchée de poursuivre son “combat politique”, en faveur de sa circons-cription (le Akkar) et du Liban. A propos de sa position envers feu le président Bachir Gemayel, Zeina el-Ali Méraabi émet ces réflexions: “Au début, je n’approuvais pas sa ligne politique. Mais quand j’ai eu la certitude qu’il œuvrait en faveur du pays dans ses 10.452 km2, j’ai convaincu mon père d’appuyer la candidature de cheikh Bachir à la présidence de la République”. En ce qui concerne le général Aoun, Mme el-Méraabi rappelle l’action qu’elle a menée durant les douloureux événements entre le palais de Baabda, Bkerké et le président Salim Hoss, à l’effet de pacifier la capitale, en essayant d’amener les zones Est et Ouest à coopérer dans l’intérêt commun. Enfin, elle appelle au retour à “l’Etat des institutions”, à la réalisation de l’entente nationale, à l’élaboration d’une nouvelle loi électorale équitable et à la préservation des libertés publiques.
QUID DE LA SÉCURITÉ SOCIALE?
En réponse à une question relative à la politique sociale, Me Georges Khadije, juriste et sociologue, ayant dirigé pendant plusieurs années la CNSS, émet ces réflexions: «Nous ne devons pas parler en permanence de la responsabilité administrative, unique-ment. Deux conceptions s’appliquent à la sécurité sociale: la première a été lancée par un grand penseur anglais, lord William Beveridge, selon laquelle la sécurité sociale doit libérer le citoyen de tous ses soucis sociaux. Cette conception n’est réalisable que dans un nombre limité de pays, tel le Canada. «Au Liban, la conception en honneur depuis la création de la CNSS en 1963, part de l’idée que la sécurité sociale assure une aide, mais ne comble pas un besoin. Avec le temps, cette aide est devenue symbolique». - Quelle est la solution? «Elle consiste à faire évoluer la sécurité sociale et à rechercher des moyens d’accroître ses recettes en la réactivant. A ce moment, nous pourrons dire que nous disposons d’une politique sociale digne de ce nom. «Depuis 1984, j’ai attiré l’attention sur le fait que l’indemnité de fin de service en raison de la baisse du pouvoir d’achat de la livre, ne répond plus aux circonstances actuelles… Aussi, faut-il le remplacer par l’assurance-vieillesse. «Quant à l’assurance-maladie et maternité, elle pêche par un mauvais usage des médicaments. Quant aux soins médicaux et à l’hospitalisation, les prestations ne sont plus suffi-santes, le patient assuré étant con-traint, parfois, de couvrir bien des frais. «On peut surmonter les difficultés matérielles en instituant des impôts indirects, comme c’est le cas en France où des impôts produisent des recettes destinées à financer la sécurité sociale».
RENCONTRE POLITIQUE
Plusieurs hommes politiques: députés, anciens parlementaires et candidats aux législatives, se sont retrouvés au domicile du Dr Ahmed Tabbarah, entre autres: le président Salim Hoss, MM. Mohamed Y. Beydoun, député; Issam Naaman, Osman Dana, Mohamed Kabbani, anciens membres de l’Assemblée et des représentants des médias. Les personnes présentes ont échangé les vues sur les questions d’actualité: la conférence des «amis du Liban» à Washington, l’escalade militaire au Liban-Sud, etc… et l’action menée par le gouvernement pour y faire face.
APRèS LA CONFéRENCE DE WASHINGTON
Après le retour de Washington du président Rafic Hariri où il a dirigé la délégation libanaise à la conférence des «amis du Liban», les cercles politiques et organismes économi-ques, tout en reconnaissant que ces assises seront bénéfiques pour notre pays, ne s’attendent pas qu’elles donnent des résultats rapides au double plan économico-social, en raison de l’acuité de la crise qui sévit dans ce domaine depuis la fin de la guerre. Mais ils ne désespèrent pas de voir les Etats frères et amis tenir leurs promesses, en octroyant au gou-vernement les fonds nécessaires pour lui permettre de parachever la remise en état de nos infrastructures et, aussi, d’accélérer l’œuvre de la reconstruc-tion.
EN MARGE DES RéFORMES CONSTITUTIONNELLES
Une haute instance politique se demande si le chef de l’Etat dispose d’un plan déterminé, sur base duquel il préconise des réformes constitution-nelles. Ou bien s’il s’est contenté de lancer, uniquement, l’idée le 22 no-vembre, à l’occasion du 53ème anni-versaire de l’indépendance, laissant à d’autres le soin de la concrétiser. La même instance attire l’attention sur le fait que la proposition prési-dentielle a provoqué une opposition de la part des détracteurs du pouvoir et même de certains proches du palais de Baabda.
HARIRI ET LES RéFORMES CONSTITUTIONNELLES
Au cours de la dernière réunion du bloc parlementaire du président Hariri, le chef du gouvernement a été amené à définir sa position envers les réformes constitutionnelles préconisées par le chef de l’Etat. Pour toute réponse, le Premier ministre a dit qu’on ne pouvait émettre d’opinion à propos de ces réformes, «avant qu’elles soient couchées sur le papier et débattues en Conseil des ministres».
ON DIT...
- Des milieux proches du gouvernement insinuent que tous les dossiers chauds ouverts au cours des derniers mois, ont été refermés, à l’exception du celui relatif aux élections municipales.
- Qu’un nouveau directeur général a été nommé récemment dans un secteur déterminé par le Conseil des ministres, sans que cette nomination soit rendue publique.
- Que les instances concernées ont enregistré avec satisfaction la réintégration du Liban par plus d’une institution régionale et internationale.
EN RACCOURCI
- A l’issue d’une visite à Bkerké, M. Elias Hanna, ministre d’Etat, a fait part du désir de S. Em. le cardinal Sfeir de voir appliquer l’accord de Taëf dans son intégralité; puis, de procéder à la révision dudit accord, pour qu’il réponde aux impératifs de l’heure.
- Une personnalité responsable a mis en garde contre toute ouverture, de quelque nature que ce soit, sur Israël, afin de ne pas tomber dans les pièges que nous tend notre voisin du Sud.
OPINION
EN GUISE D’ADIEU à 1996!
Aujourd’hui prend fin une année parmi les plus dures que le Liban ait connues au cours des dernières décennies, les douloureux événements, de triste mémoire, s’étant soldés par plusieurs milliers de victimes, en plus des centaines de milliers de handicapés, de déplacés et d’expatriés. 1996 a été, sans exagération, l’année de la famine pour bien des familles, même celles dont les chefs exercent des professions libérales, leurs activités ayant été affectées par le marasme qui sévit à tous les niveaux. Les propriétaires de restaurants, de cafés et de night-clubs n’y ont pas échappé, non seulement à cause de leurs tarifs exorbitants, mais du même marasme qui gèle tous les secteurs. Le Libanais ne se préoccupe pas, par nature, des prix, même lorsqu’un plat dont la confection ne coûte pas plus de quatre mille livres, est débité au décuple de ce prix. Cependant, il cesse de dépenser quand ses rentrées s’amenuisent et lorsqu’il ne parvient plus à joindre les deux bouts. Il ne proteste, ni ne se plaint, mais ronge son frein en silence, dans l’attente de jours meilleurs. Il patiente, aujourd’hui et subit ses tortionnaires, comme il l’avait fait avec les milices durant la guerre. 1996 n’a pas été tendre avec la liberté qu’elle n’a pas respectée. Elle n’a pas fait cas de la liberté de manifester ou d’exprimer ses ressentiments sur la voie publique. Que de manifestations ouvrières ont-elles été interdites par la manière forte pour maintes raisons. L’argument sécuritaire ayant été le plus souvent invoqué pour justifier une telle politique répressive. Ainsi, on a donné l’impression que la sécurité dans ce pays était de verre, pouvant être brisée par le premier jet de pierre! A tel point que le cardinal Sfeir a été amené à dire dans sa dernière homélie dominicale: “Les agents de l’ordre se sont-ils transformés en “visiteurs de l’aube” n’ayant ni noms, ni identité, ni signes distinctifs? N’y a-t-il donc plus de procédure à suivre pour arrêter les citoyens? Et comment prouver aux instances internationales que le Liban est attaché aux principes démocratiques; que la Constitution libanaise garantit la liberté individuelle?” Le patriarche Sfeir a dénoncé, en même temps, la violence sous toutes ses formes, en faisant allusion aux incidents survenus à Bouar, Tripoli et dans les faubourgs de la capitale, appelant l’Etat à appréhender les coupables et leurs instigateurs pour leur infliger un châtiment exemplaire! En 1996, on a déploré la recrudescence des vols et des cambriolages à main armée, ce qui dénote l’amenuisement des revenus chez les citoyens, qui sont obligés de recourir à tous les moyens pour assurer leur subsistance. Alors que les personnes influentes ont eu toute latitude de procéder à des transactions qui leur ont permis d’arrondir leur gousset! Dans le même temps, on a restreint la liberté d’expression et d’opinion, dans un pays censé être le pays de la liberté, comme ils le prétendent... La fin de cette année a été prometteuse de milliards de dollars que les amis du Liban s’engagent à lui accorder. Tiendront-ils leurs promesses, ces frères et amis, notre expérience avec eux n’ayant pas été toujours encourageante? Nous pensons, en écrivant cela, aux sommets de Ryad, du Caire et de Casablanca. En ce jour de la Nativité, nous supplions l’Enfant de la crèche d’inspirer ceux qui détiennent les rênes du pouvoir et de les inciter à se pencher sur ce peuple meurtri, afin de panser ses blessures et de lui rendre l’espoir qu’il a perdu voilà plus de vingt ans. En lui assurant, aussi, une vie décente, dans un pays se distinguant des autres en ce qu’il est un laboratoire où s’opère l’interaction des civilisations. Est-ce trop demander?
NADIM EL-HACHEM.