LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
Les attentats signalés à Bouar et à Tripoli ont laissé craindre une détérioration de la sécurité intérieure et entraîné l’arrestation de plusieurs dizaines de personnes “pour les besoins de l’enquête” dont la plupart devaient être élargis par la suite. Le procureur général près la Cour de cassation (notre photo) a assuré que la procédure légale est scrupuleusement respectée, les citoyens appréhendés bénéficiant d’un traitement normal.
QUI VEUT PERTURBER LA PAIX CIVILE ET ATTENTER AUX LIBERTéS?
Des faits se sont produits au cours de la dernière quinzaine, dont la nature a laissé craindre une éventuelle perturbation de la sécurité intérieure et le baîllonnement des libertés. Il s’agit, on l’aura deviné, de l’attentat perpétré sur le littoral, à la hauteur de Bouar, (contre un bus transportant des ressortissants syriens) qui s’est soldé par un tué et un blessé. A Tripoli, une explosion a été signalée près d’une permanence de l’armée syrienne, mais l’enquête ayant conclu à un accident fortuit, l’affaire a été classée. Par ailleurs, une circulaire adressée aux associations et partis politiques par le ministère de l’Intérieur, leur enjoignant - en vertu d’une loi (ottomane) remontant à 1926 (!) - de lui remettre les noms de leurs adhérents et des copies de leur budget annuel, a été interprétée comme “un prélude au musellement des partis (d’opposition) ou à leur dissolution pure et simple”... Le ministre de l’Intérieur s’est empressé de dissiper les appréhensions des uns et le doute des autres! Pour en revenir à l’incident de Bouar, il a donné lieu à des arrestations parmi les membres de partis déterminés: PNL, F.L. et courant aouniste, notamment. Ceci a provoqué une vague de protestations de la part de Bkerké et d’hommes politiques qui ont dénoncé le procédé suivi pour l’arrestation d’une quarantaine de personnes, la nuit à leurs domiciles, par les “visiteurs de l’aube”, selon l’expression du cardinal Sfeir. Sa Béatitude a mis l’accent sur la procédure légale à suivre en pareil cas et un député, en l’occurrence M. Boutros Harb, a demandé à M. Adnan Addoum, procureur général, “de bien ouvrir l’œil sur la façon dont sont traités les citoyens appréhendés pour les besoins de l’enquête”. M. Addoum a publié un communiqué rassurant, où il précise que les représentants de l’Autorité ont agi sur base de commissions rogatoires. De plus, il affirme que les prévenus bénéficient d’un traitement digne et que, de toute manière, la plupart d’entre eux ont été élargis. Il ne restait, lundi que vingt-deux en état d’arrestation temporaire. Cela dit, le fait pour les gouvernants d’avoir accusé l’Etat hébreu de vouloir compromettre la stabilité dans nos murs, a entraîné une mise au point d’un responsable israélien. “Israël, a dit Uri Lubrani, ne complote pas contre le Liban. Il désire conclure la paix avec son voisin, dès qu’il aura recouvré sa souveraineté et que l’Armée libanaise pourra se déployer sur l’ensemble du territoire national”. Conclusion pratique: Laissons à la Justice le soin de tirer au clair ces “accidents de parcours” qui ne peuvent perturber la paix civile. Car aucun Libanais bien pensant ne veut compromettre la sécurité intérieure, ni replonger son pays dans une nouvelle fournaise, alors qu’il n’a pas encore fini d’effacer les séquelles de la sale guerre.
Dès son retour des USA et après avoir conféré avec les chefs de l’Etat et du Législatif, le chef du gouvernement a gagné Damas pour rendre compte aux dirigeants syriens de la teneur de ses entretiens dans la capitale fédérale, en marge de la conférence des ‘amis du Liban”, M. Hariri a affirmé “qu’aucune condition politique n’a été posée en contre-partie des fonds promis par les pays donateurs”.
LE LIBAN SAURA-T-IL PROFITER DE LA CONFéRENCE DE WASHINGTON?
L’ivresse est passée; voici venue l’heure de vérité», dirons-nous en paraphrasant le dicton populaire. Au terme de la conférence des «amis du Liban» ayant tenu ses assises, la semaine dernière, à Washington les thuriféraires du Pouvoir ont crié victoire et parlé d’un «succès fulgurant»… alors que l’essentiel de ce qu’on attendait de ces assises n’a pas été obtenu, à savoir: la levée de l’interdit frappant les ressortissants américains désireux de venir chez nous et qui ne peuvent même pas transiter par l’aéroport international de Beyrouth. On nous avance, entre autre maigre consolation, que «l’élimination de cette mesure inique, figure parmi les dossiers que Warren Christopher aura à achever avant de passer la main à Madeleine Albright»… Or, le secrétaire d’Etat US en instance de départ, a hâte de quitter l’Administration pour se consacrer à des affaires moins complexes… le Liban - où il n’est venu qu’une fois - étant le dernier de ses soucis! Cela dit, il y a lieu de relever le retard mis pour mettre sur pied le Fonds international d’aide à notre pays, dont le principe avait été adopté à Taëf, voici plus de six ans. Mais le Liban officiel, dans sa contexture actuelle, avec ses rouages administratifs sclérosés et entachés de scandales, pourra-t-il profiter des promesses prodiguées par la quarantaine de pays et d’organisations internationales ayant pris part aux assises de la capitale fédérale? Car pour en tirer profit, le gouvernement doit offrir des garanties et assurer les conditions nécessaires à l’utilisation des prêts qui lui seront octroyés. Ceci exige, tout d’abord, la réalisation de l’entente nationale véritable, celle-ci étant indispensable à l’unification du front interne et à sa consolidation. Puis, et les experts financiers et économiques l’ont souligné, chiffres et arguments convaincants à l’appui, l’œuvre de la reconstruction est une opération longue, difficile et coûteuse, surtout si les prêts devaient nous être accordés à des conditions non avantageuses et à court terme. Sommes-nous en état de relever le défi que constitue la possibilité pour nos organismes étatiques d’assurer un bon emploi des crédits et, surtout, d’instituer un contrôle valable sur l’exécution de ceux parmi les trente-et-projets (soumis aux participants à la conférence de Washington) qui seront retenus en définitive? D’aucuns insistent sur la nécessité de modifier l’ordre des priorités par rapport à ces projets. Mais le gouvernement ne paraît nullement disposé à prêter une oreille attentive à cette requête et s’il en prend note, il n’y donnera pas une suite favorable… Tout compte fait, ni les Etats-Unis, ni aucun des pays donateurs n’agissent à la manière des organisations caritatives. Ce ne sont pas des associations de bienfaisance et leur motivation répond avant tout à des considérations liées à leurs propres intérêts. Fait à signaler: la Presse américaine a fait le black-out autour de la conférence des «amis du Liban», ce qui est assez significatif. Son attitude négative pourrait être attribuée à une action de la part du lobby sioniste. C’est fort possible et tout indique qu’il en sera ainsi, jusqu’à ce que la crise proche-orientale trouve son heureux épilogue…
Les efforts déployés par Dennis Ross pour rétablir le dialogue entre Palestiniens et Israéliens ont porté leurs fruits. De fait, l’émissaire américain a réussi à aplanir les obstacles qui entravaient la conclusion d’un accord sur le redéploiement de “Tsahal” à Hébron. Aux dernières nouvelles, l’arrangement entre les deux parties devait être signé “avant Noël”...
CHANGEMENT DE STRATÉGIE À TEL-AVIV À PROPOS DE L’ÉTAT PALESTINIEN
Malgré le raidissement israélien depuis l’accession au pouvoir de la droite nationaliste, bloquant de ce fait, le processus de paix, un virage semble s’opérer dans la politique de Benjamin Netanyahu relative au “Grand Israël”! En effet, l’un de ses proches conseillers, David Bar-Illan, a évoqué publiquement la possibilité d’un Etat palestinien (aux côtés de l’Etat hébreu), jouissant d’une souveraineté ‘limitée”, en ce sens “qu’un tel Etat ne devrait pas disposer notamment d’une armée, ni s’allier à des régimes extrémistes comme l’Iran et l’Irak”. Est-il possible que Netanyahu ait renoncé à Eretz Israël, l’Etat aux frontières bibliques, englobant la Cisjordanie et la bande de Gaza? “Le partage est devenu un fait, a dit Bar-Illan. Il s’agit, à présent, de savoir quelles en seront les modalistés”. Pourtant, le chef du gouvernement israélien était, jusqu’à tout récemment, farouchement opposé à une telle éventualité. L’Etat palestinien tel qu’il le conçoit, “pourrait jouir d’une large autonomie, mais pas de l’indépendance, en insinuant qu’actullement, “aucun Etat du globe ne jouit d’une souveraineté illimitée, étant donné le principe de l’interdépendance des nations”. Même des pays européens ont renoncé à certains aspects de leur souveraineté absolue en adhérant à l’Union européenne.” Dans le même temps, la commission de la planification relevant du ministère israélien de l’Intérieur, vient de donner son accord pour la construction de nouvelles colonies de peuplement à Jérusalem - est, celles-ci étant considérées comme une “bombe à rétardement” par les USA. De plus, le redéploiement de “Tsahal” à Hébron, initialement prévu au mois de mars 96, traîne en longueur. Ceci a pour conséquence de ranimer la tension et de multiplier les affrontements sanglants dans cette ville où vivent 400 colons parmi plus de cent mille Palestiniens. De fait, deux bombes ont explosé, dimanche, dans une station de bus en Cisjorfanie et non loin d’un poste israélien, entraînant l’imposition du couvre-feu... et une vague d’arrestations parmi la population arabe. Est-il besoin de dire, après cela, que la nouvelle mission dont s’acquitte Denis Ross s’avère malaisée? L’émissaire américain qui a déjà rencontré Arafat, Netanyahu et ses ministres des Affaires étrangères et de la Défense, a pour tâche de déblayer le terrain des obstacles qui entravent la reprise des négociations arabo-israéliennes. Or, il doit surtout concentrer ses efforts en vue d’éteindre ce nouvenu foyer d’incendie. Parviendra-t-il à circonscrire le sinistre?
ECHOS ET REFLEXIONS
ETAT DE BLOCAGE...
A l’occasion de la parution de son livre autobiographique intitulé: “Entre nous”, Alain Juppé a été amené à s’expliquer à la faveur d’une longue interview. Ainsi, nous relevons dans ses “confidences” une analyse réaliste de la situation actuelle en France. “Dans l’état de blocage où est aujourd’hui la société française, dit-il, si on ne donne pas, de temps en temps, quelques coups de pied dans la fourmilière, il ne se passe rien”... Il cite, à titre d’exemple, la réforme de la sécurité sociale et de l’assurance-maladie. “Si je n’avais pas frappé un grand coup elle n’aurait pas recommencé à bien marcher...”, observe le Premier ministre français. On a l’impression, en lisant plusieurs autres passages de ses déclarations, que l’actuel locataire de l’hôtel Matignon évoque nos propres problèmes, tant on y détecte des similitudes avec ces derniers. Tout d’abord, “l’état de blocage” de notre société est identique à celui dont pâtit la France en ce moment, en raison de l’exclusion d’une fraction de la classe politique, bien que les motifs ça et là diffèrent les uns des autres... Ensuite, pour réaliser certaines réformes, celle de la sécurité sociale et de l’assurance-maladie, notamment, M. Juppé a dû “frapper un grand coup”... N’en est-il pas de même chez nous où toute velléité de réforme, même celle de la Constitution, provoque un tollé général qui en bloque le processus? Pour en revenir à la réforme de la sécurité sociale et de l’assurance-maladie qui doit figurer en tête de nos priorités, il s’agit d’une entreprise difficile, sinon impossible, pour maintes raisons qu’il n’est pas besoin de rappeler ici. Pourtant, les citoyens auraient voulu recevoir en guise d’étrennes, à l’occasion du Nouvel An, l’assurance-vieillesse (à la place de l’assurance-maladie) pour être sûrs de passer, sans angoisse, leurs vieux jours.
Edouard BASSIL.