HISTOIRE

L’OMBRE DE JOSEPH KENNEDY A PESÉ SUR LE CLAN!

En Amérique, le mythe Kennedy est toujours une réalité. A la 1ère élection de Bill Clinton, de vieux clichés ont circulé représentant le nouvel hôte de la Maison-Blanche en conversation avec John Kennedy et Jacqueline Kennedy - qui fut aussi l’objet d’attentions particulières de la part du nouveau couple présidentiel. A Boston, un public attendri se délecte de la légende dorée fournie sur grand écran par la John Fitzgerald Kennedy Library. En revanche, dans une certaine presse, le nom de l’ancien chef de l’exécutif est souvent associé à des activités discutables, sinon scandaleuses. La société amé-ricaine qui a hissé vers les sommets le Prince charmant du parti démocrate, a peut-être oublié que les années Kennedy, si remplies pourtant d’es-poir, coïncidèrent en définitive avec le début de l’engagement au Vietnam. Au demeurant, l’Histoire est loin d’avoir dit son dernier mot! Et bien des zones d’ombre subsistent - à commencer par le mystère de l’atten-tat de novembre 1963 à Dallas... Et en ce qui concerne Joe Kennedy, le pater familias, le très controversé fondateur de la dynastie. Le personnage, depuis sa naissance en 1888 au sein d’une famille modeste, catholique et irlan-daise, jusqu’à sa mort en 1969, dans sa somptueuse propriété du Cap Cod, - deux seuls objectifs l’ont vraiment guidé: l’argent et le pouvoir! Epoux volage de la fille du maire de Boston, bientôt père d’une famille nombreuse - à moins de 30 ans, il est le plus jeune président de banque des Etats-Unis. Méprisé par l’establish-ment, l’homme a du flair et n’a pas de scrupules. A l’époque de la prohibi-tion, il n’hésite pas à approvisionner le syndicat du crime en alcool! Le Krach de 1929 est pour lui, au con-traire, l’occasion de gains substan-tiels. Entre-temps, il a compris que la politique peut lui permettre de donner des bases plus solides à son empire financier naissant et c’est à cette seule fin qu’il apporte un soutien financier décisif à Franklin Roosevelt en 1932. Celui-ci déteste le Bostonien parvenu, amant de Gloria Swanson - cependant il n’a pas les moyens de se passer de son aide et c’est ainsi que Joe finira par obtenir la prestigieuse ambassade de Londres. En fait, le requin de la finance n’a pas compris que c’était un couteau à deux tranchants. A Londres, il se fait remarquer par ses bévues et par la caution qu’il donne au parti pacifiste contre lequel Churchill commence à se battre. Antisémite avéré, il ne fait pas mystère de sa sympathie à l’égard des régimes totalitaires: selon lui, leur victoire est inéluctable. Dans l’entourage de Roosevelt, des hommes tels que Henry Morgenthau et Felix Frankfurter sont indignés par les rapports envoyés au département d’Etat par l’ambassadeur Kennedy. Celui-ci n’en a cure, mais doué d’un sens inné de la réalité, il réalise que de toute façon, ses procédés douteux lui interdisent d’espérer monter plus haut dans la hiérarchie: la Maison-Blanche ne sera jamais pour lui! D’où la formidable éner-gie qu’il mettra à favoriser la carrière de ses enfants et singuliè-rement du plus doué d’entre eux! John a, sans cesse, proclamé sa dette envers son père - tout en étant, à l’évidence très différent de lui. Comment parvint-il à affirmer ses convictions propres en restant dans le sillage et la dépendance de son père? Quel était son jugement porté sur l’histoire récente de son pays et en particulier sur l’ère Roosevelt? Quels étaient ses projets et ses rêves? A ces questions capitales, on ne trouve aucune réponse jusqu’aujourd’hui. Préoccupé par le nombre et la quantité des conquêtes de son héros, l’écrivain Nigel Hamilton dans son ouvrage récent, néglige pratiquement tout le reste. Anecdotique, factuel, sans le moindre souci de perspective historique, son essai biographique n’aide pas à comprendre une présidence qui, malgré ses échecs et ses erreurs, restera sans nul doute l’un des moments les plus forts de l’histoire des Etats-Unis.

C.E.H.