D'UNE SEMAINE A L'AUTRE

OPINION

FROID... CHALEUR ET PROPOS SUSCITANT L’EMBARRAS!

Rien n’atténue la rigueur du froid à Paris, même pas les nouvelles relatives aux arrestations opérées à Beyrouth, celles-ci ayant constitué des étrennes à des dizaines de familles dans tout le Liban à l’occasion des fêtes de fin d’année. Cet événement a retenu l’attention des journaux d’Europe, “Le Monde” en tête qui lui a consacré, samedi dernier, une partie de sa première page et la moitié de la seconde, en plus de son éditorial. Ce qu’a écrit ce quotidien français embarrassera le chef du gouvernement, M. Rafic Hariri, lors des entretiens qu’il aura aujourd’hui vendredi et demain samedi avec le président Jacques Chirac. Il est vrai qu’une solide amitié lie les deux hommes, le chef de l’Elysée étant le fils d’un pays qui se soucie de préserver les libertés publiques. Il ne peut donc passer sous silence ce qui se passe dans ce domaine. Lui aussi se trouve dans l’embarras et le règlement de cette regrettable affaire ne se fera pas, comme on s’en doute, à la manière libanaise. Le citoyen français n’est pas habitué à “avaler”, facilement, les prises de position et les agissements des gouvernants, sans être convaincus de la justesse de ces agissements et de leur conformité avec les lois en vigueur. Tous, nous admettons que la Justice doit suivre son cours; qu’un crime, une tentative d’assassinat ou une infraction à la loi nécessitent des investigations et des poursuites contre leurs auteurs qui doivent recevoir un châtiment exemplaire. Car ils attentent à la sécurité de l’Etat et à sa stabilité. Cependant, ce que nous ne pouvons comprendre, ni admettre, c’est l’arrestation des citoyens sans qu’il soit tenu compte de la procédure légale. Ceci a pour conséquence de semer la peur parmi les Libanais, car ils ne se sentent plus à l’abri de l’Etat de droit, traitant tous les administrés sur le même pied d’égalité, ainsi que le stipule la Constitution libanaise, issue de Taëf. Il s’agit donc d’une question de principes, de loi et de droit. Si les organismes judiciaires ont des présemptions contre certaines personnes, ils ont le droit de les convoquer en vue de les soumettre à un interrogatoire, à condition que cela s’effectue conformément à une procédure qui doit être respectée. Les prévenus ne doivent ni ne peuvent être appréhendés par les “visiteurs de l’aube”, mais en plein jour, en vertu d’un mandat d’amener émanant du Parquet. Si ces conditions sont scrupuleusement respectées, les hommes politiques n’ont plus qu’à attendre l’arrêt de la Justice. On ne peut traiter les personnes appréhendées comme s’il s’agissait de criminels pris en flagrant délit; nul ne peut le tolérer... Puis, le système libanais prône la démocratie et tente de la pratiquer, à l’instar de toutes les nations du globe pratiquant ce système, à commencer par celles d’Europe occidentale. Un tel système, pourquoi le considérer comme étant de verre ou en carton et, partant, menacé de s’écrouler à la moindre secousse? Pourquoi doit-il se prémunir contre les déclarations et les critiques des opposants, en vertu de textes que le Conseil des ministres consacre toute une réunion à élaborer? Le Liban de la deuxième république, ce n’est pas ainsi qu’on en a rêvé. C’était plutôt une oasis où cherchent refuge tous les persécutés et les personnes craignant pour leur liberté...

NADIM EL-HACHEM (Paris)