LA CHRONIQUE

LES DÉFIS LANCÉS AU LIBAN

Certes il n’est pas tou-jours opportun de soulever les lièvres, dit le dicton, surtout dans un climat aussi empoi-sonné, mais devoir oblige. Le message du patriarche Sfeir à l’occasion de Noël, en présence du chef de l’Etat, était net et clair. Il en dit long sur l’état du Liban sous la IIème République. La riposte du chef de l’Etat n’était pas moins déterminante. Puissent les revendications bien-fondées du patriarche et le plaidoyer du président en faveur de l’Etat de droit rassurer les Libanais sur leur présent et sur leur avenir. Les défis lancés à leur encontre sont fort inquié-tants. Reste à savoir, comment, dans la tempête qui secoue le Liban, l’équipe au pouvoir parviendra-t-elle à remettre les pendules à l’heure de vérité, à mettre fin à l’art d’opter pour le pire. Nous sommes certes et sans équivoque, pour l’Etat de droit, pour un gouvernement capable de finir une fois pour toutes avec les fossoyeurs et les magouilles, qui refont surface, portant atteinte à la paix civile et aux libertés publiques. Le Liban a assez enduré pour en supporter davantage. C’est à la justice qu’il revient en dernier ressort, de mettre la main sur toutes ces affaires louches d’où qu’elles viennent. Il y va de sa crédibilité et de l’honneur du Liban.

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Toutefois, qu’est-ce qui ne va pas au juste avec le gouverne-ment en place? Pourtant, il dit des choses raisonnables. Il a foi dans sa politique sous tous ses aspects, et parmi ses parte-naires, l’on distingue d’excel-lents éléments. Il annonce des jours heureux. Néanmoins, tout se passe comme s’il accumulait toutes les frustrations à son encontre. La question ne paraît plus de savoir s’il gouverne bien ou mal, mais si l’on peut gouver-ner, quand on a provoqué tant de rejets. La réponse est manifes-tement dans son camp, du moins dans sa mémoire. Les Libanais sont inquiets, ils doutent de tout. Si les choses continuent sur leur lancée, c’est même du Liban qu’ils pourraient douter. Il va falloir les rassurer! Ecœurante évidence: le Liban de cette fin de siècle, semble avoir le triste privilège de réunir tous les ingrédients nécessaires à la dérive politique, à la culture clientéliste, sans doute plus dé-veloppée qu’ailleurs, faisant lit des aventuristes de tous bords. Disons-le en toute franchise: les Libanais et leurs gouvernants, ne parlent plus le même langa-ge: ils ne comprennent plus ni ce qu’ils disent, ni pourquoi ils le disent. Quand ils crient leur mécontentement même s’il est à contre temps, il faudrait les comprendre. Ce dont on a le plus besoin dans ce pays, c’est d’un peu de pédagogie, ne serait-ce que par respect pour la sensibilité populaire, ou pour la volonté de la convaincre. Une société telle que la nôtre ayant tous les atouts de la réussite et du bonheur a besoin d’être entendue, avant d’être caressée par des illusions, aussi alléchan-tes et audacieuses soient-elles.

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Face aux maintes ambiguïtés qui compliquent la vie des Liba-nais et leurs gouvernants, com-ment ces derniers pourront-ils enrayer les déclins que nous subissons au quotidien? Com-ment moderniser nos institu-tions désuètes, sans éradiquer les virus qui les rongent? Dans un Liban épuisé après dix-sept ans de mésaventures un changement radical s’avère impératif. Un contrat social qui serait pour nos structures so-ciales démantelées par la vio-lence et l’iniquité, ce que les principes du contrat social établi au 17e siècle en Occident, cher-chaient à faire pour les struc-tures sociales de l’époque. L’histoire nous apporte quoti-diennement des témoignages irréfutables en la matière. Hier encore, aujourd’hui et demain, les revendications des déplacés, des gens au chômage, des dé-munis, des émigrés tenus à l’écart, tiennent lieu de philoso-phie et de programme. Il fau-drait une mobilisation nationale pour relever tous ces défis lancés au Liban. L’Etat, s’est-il embarqué dans une situation qui l’exclut de ce rôle historique? Dieu veuille qu’il n’en soit pas ainsi: “Il n’y a de combat perdu, que celui qu’on refuse de livrer!”

“Il n’y a de combat perdu que celui qu’on refuse de livrer”.

(Charles de Gaulle aux Français)

José M. LABAKI.