EDITORIAL

Par Melhem KARAM

... ET AVEC CELA, BONNE ANNÉE!

Nous accueillons l’année 1997 avec l’espoir. Bien qu’en définitive, elle ne sera pas meilleure que ses précéden-tes. Ni au Liban. Ni au Proche-Orient. Lorsque le chef du gouvernement dit que le Liban marche avec ou sans paix, il ne dit rien. Le Liban marchait durant les événements et ne cesse de marcher avec leurs séquelles. Nous écrivons cela, non parce que nous n’avons pas compris le pari du chef du gouvernement, à savoir: traiter avec le Liban comme si la crise de la région était ignorée. Ce pari ne consiste pas, naturellement, à séparer le Liban du Proche-Orient. Mais à maintenir le lien entre les deux crises. Cependant, il s’agit d’un lien positif et non négatif. C’est-à-dire au lieu que les négociations de la crise régionale engendrent plus de négativismes dont a pâti le Liban faible, celui-ci apparaît sur la crise de la région, contribuant à la traiter tout en étant fort et revitalisé. Etant entendu que le lien entre les deux crises persiste. Naturellement, il y a une grande différence. Le Liban a cessé d’être le parent pauvre dans les familles arabe et internationale. Le début était à Taëf, non avec les «grappes de la colère». A Taëf, il a été décidé de «libérer» le Liban. D’abord, militairement. Les bombes se sont arrêtées, ce jour-là, par miracle… après le 13 octobre 1990. Mais l’étape angoissée, militairement, est restée jusqu’à cette date. Puis, le canon s’est tu, comme s’il n’existait pas; ce fut pareil à l’extraction d’une épine. On sait, aussi que la «libération» du Liban signifiait la «libération» de la crise du Proche-Orient. Il y a eu Madrid peu après. Puis, Oslo et Wadi Araba, Le Caire et Washington. N’oublions pas Washington… le 13 septembre 1993. Et le processus s’est poursuivi sur la base du principe de la terre contre la paix. Tout cela est trop beau pour être vrai! Les sages ont marché en posant la main sur leur cœur pour éviter un faux pas. Il y a eu les négociations n’importe où… jusqu’à Merryland et Wye Plantation. Cela aussi est trop beau pour qu’on y croie. Comme si le bien avait afflué au Liban subitement, sans prélude. Même ceux qui étaient noyés jusqu’au-dessus de leurs oreilles ont été surpris. Ceci est moins que ce que le Liban mérite et plus que ce qu’il escomptait. Le chef du gouvernement lui-même a amenuisé le volume des espoirs avant le 16 décembre et deux raisons en sont la cause: ou bien il savait et voulait laisser aux gens l’agréable surprise ou bien il ne savait pas et répétait ce que disent les sages en pareilles occasions. La crise de l’argent est à ses débuts. Mais l’argent, et c’est ce qui nous fait peur, est dépensé au Liban, comme tous le savent et ceci n’inspire pas beaucoup confiance. Quand le chef du gouvernement parle de l’administration en tant que bien et bénédiction, comme de sa capacité d’exécution, il sait parfaitement que la réalité est tout autre. Et davantage aussi: que l’administration est derrière les histoires de dilapidation et de brigandage. Nous avons des fonctionnaires honnêtes, c’est vrai, comme a dit le chef du gouvernement, qui se contentent de leurs mensualités pour vivre avec leurs familles. Mais il s’agit de particuliers, le président du Conseil le sait, comme c’est le cas à la Chambre des députés, au sein du gouvernement et dans la magistrature. L’important est que les person-nes probes soient capables de former un corps sain. Nous dis-poserons, alors, d’un parlement, d’un gouvernement, d’une magis-trature et d’une administration. En termes plus clairs, le chef du gouvernement jure-t-il par l’admi-nistration? S’il le fait, publique-ment, tel de déclarer ce qu’il possè-de, selon la loi sur l’enrichissement illicite, les gens tiendront un autre langage. Sinon, les paroles restent les mêmes: Pas de confiance. L’administration, la reconstruction, la dilapidation, les vols, le crime impuni. N’y a-t-il pas à craindre sur la livre, est-ce vrai, Monsieur le président du Conseil? La livre est-elle dans une situation pouvant encore laisser craindre sur elle? A l’instar d’une belle jeune fille dont on a défiguré le visage au vitriol? Qui craint sur elle, si elle descend sur le marché? Elle peut relater aux gens son ancienne histoire et ne trouvera personne pour l’écouter. La livre est en sécurité? De quelle sécurité? Quels sont sa valeur et son pouvoir d’achat? Puis, reste-t-il de la livre ce sur quoi on doit avoir peur? La reconstruction et la dilapidation sont deux jumeaux. Comme l’édification et le vol. L’avenir et le passé. Quand il est jumelé avec le passé, l’avenir devient invisible. Les gens voudraient, ce soir, tenir d’autres propos au seuil du Nouvel An. Mais le processus grandit sur la complaissance… même le jour de fête. L’avenir, terme cher au chef du gouvernement, est pour le Liban tant qu’il est Premier ministre. L’avenir peut être éclatant, s’il plaît à Dieu, mais où sont ses limites? Quand commence-t-il? Et quand les gens pourront-ils dire qu’ils ont quitté le tunnel de l’obscurité pour s’engager dans l’oasis de la lumière? Quand cela se produira-t-il? A quand la réconciliation nationale véritable au Liban? Et à quand le gouver-nement homogène et, partant, le Pouvoir homogène? Une histoire de bouderie, dont on ignore la cause, entre le chef du gouvernement et le ministre des Déplacés, a arrêté le processus du retour, parce qu’elle a bloqué l’argent. Lorsque l’entente existait, l’argent était disponible et quand elle a disparu, l’argent s’est volatilisé! Ainsi, nous évoluons avec cette confiance apparente en nous-mêmes. Comme si les gens ne savaient pas distinguer entre l’apparence et l’essence. Ils veulent nous amener à faire confiance et à la leur accorder. Mais qu’importe, puisqu’ils jouissent de la confiance de la Chambre des députés? Et avec cela… bonne année!