LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
La tension a baissé de plusieurs crans dès lundi, suite à l’élargissement de plusieurs parmi les personnes arrêtées une semaine plus tôt, dont il ne restait plus qu’un seul en état de détention. De plus, Paris par la voix du porte-parole du Quai d’Orsay, a émis le souhait “de voir l’Autorité libanaise clarifier sa position envers les droits de l’homme”. A Beyrouth, l’ambassadeur de France (notre photo) a insisté sur “la nécessité de faire prévaloir l’union et la solidarité de tous les Libanais”.
Quid de l’entente nationale? il faut réduire la brèche, non l’élargir
“Laissons à la Justive le soin de tirer au clair ces “accidents de parcours” qui ne peuvent pas perturber la paix civile”, avons-nous écrit dans notre dernière livraison, à propos de l’arrestation de plusieurs dizaines de personnes. Les prévenus ont été soumis à des interrogatoires dans le cadre des enquêtes portant sur deux sujets: l’attentat contre le bus sy-rien à Bouar-Tabarja et la distribu-tion de tracts susceptibles de porter atteinte à la sécurité de l’Etat et des citoyens. Des voix se sont élevées pour dénoncer ce qu’elles ont appelé “les atteintes aux droits de l’homme, résultant de la mise aux arrêts de prévenus contrairement à la procédure légale”. Le chef de l’Etat et le chef du gouvernement s’étaient rendus à Bkerké pour présenter les vœux d’usage à S.Em. le cardinal Sfeir, à l’occasion de la Noël. Bien que l’éminent prélat avait décidé de ne pas recevoir pour manifester sa désapprobation de la vague d’arres-tations le soir même de la Nativité. Les présidents Hraoui et Hariri ont exposé à Sa Béatitude les conditions conformément auxquel-les avaient agi les forces de l’ordre, en vertu de commissions rogatoires émanant du Parquet. De plus, ils ont promis de faire accélérer les investigations et les interrogatoires, afin de permettre aux personnes innocentes de regagner leurs domiciles et de passer les fêtes de fin d’année en famille. De son côté, le procureur général près la Cour de Cassation a donné, lundi dernier, de nouvelles assurances en déclarant: “Nous nous préoccupons de servir la vérité et aucune accusation n’est portée contre qui que ce soit, si elle n’est étayée de preuves convaincantes... Rien n’est entrepris en dehors du cadre judiciaire”. Autre élément pouvant contribuer à calmer les esprits: le Quai d’Orsay a formulé l’espoir, par la voix de son porte-parole, de voir l’Autorité libanaise clarifier sa position envers les droits de l’homme. Et à Beyrouth, l’ambassadeur de France a émis ces réflexions, à l’issue d’un entretien avec le cardinal Sfeir: “Si certains ont contribué à déstabiliser l’Etat, qu’ils soient traduits en justice selon la procédure légale... Telle est la position du patriarche”. “Il ne faut pas, a ajouté le diplomate français, jeter la suspicion sur des catégories déterminées de citoyens, ceci pouvant compromettre l’esprit de concorde, lequel doit continuer à prévaloir dans ce pays qui a besoin de la solidarité et de l’union de tous ses fils”. Tel est le mot de la fin: il faut, d’urgence, œuvrer aux fins de réduire et même de combler la brèche qui sépare l’Etat des administrés et non de l’élargir. Il est donc impérieux que la situation s’éclaircisse le plus rapidement possible - le procureur général a parlé, lundi, d’un délai de 48 heures - pour que tout rentre dans l’ordre et que le Liban retrouve sa sérénité et, partant, s’attelle à son redressement.
En visite au Caire, le président Nabih Berri a accusé l’Etat hébreu de chercher à déstabiliser l’Etat libanais, en tentant d’y provoquer des perturbations sur le plan sécuritaire. Le chef du Législatif a soutenu, d’autre part, que “si certains Etats arabes sont les adversaires d’Israël en temps de guerre, le Liban est son plus grand rival en temps de paix”.
Berri au Caire ou la rivalité Liban-Israël en temps de paix
Au cours de sa visite durant le dernier week-end au Caire, le prési-dent Nabih Berri a trouvé une for-mule judicieuse pour expliquer à nos confrères égyptiens qui le pressaient de questions sur la situation intérieure dans nos murs à la suite des derniers attentats, les raisons de la rivalité existant entre l’Etat hébreu et ses voisins. “Si, a dit le chef du Législatif, l’Egypte et d’autres Etats arabes sont considérés par Israël comme ses adversaires en temps de guerre, le Liban est, à n’en pas douter, son rival le plus acharné en temps de paix, car il constitue pour lui un danger aux plans économique, financier, ban-caire, touristique et des affaires”. Après avoir été reçu par le prési-dent Hosni Moubarak, le président de la Chambre qui était accompagné de son homologue égyptien, Ahmed Fathi Srour, a accusé Israël “de s’employer à compromettre la sécu-rité au Liban... parce que notre pays peut le concurrencer dans bien des domaines. C’est pourquoi, notre voi-sin du Sud n’épargne aucun effort pour perturber notre sécurité, chaque fois que le pays des Cèdres progresse sur la voie de la stabilité”. Aussi, considère-t-il les proposi-tions suscessives de Tel-Aviv: le “Liban, d’abord; puis, le déploiement de forces égypto-jordaniennes à la frontière libanaise pour permettre le retrait des troupes israéliennes, comme autant de tentatives visant à saper la solidarité libano-syrienne, alors qu’Israël est tenu de retirer, inconditionnellement, ses troupes du Sud et de la Békaa ouest, en applica-tion de la résolution 425 du Conseil de Sécurité”. En fait, ce qui se passe dans la partie méridionale du pays traduit clairement le bellicisme de l’Etat hébreu, dont le comportement à l’égard des populations civiles sudis-tes, non seulement viole l’accord de cessez-le-feu du mois d’avril, mais prouve, s’il en est encore besoin, qu’Israël sous le pouvoir de la droite nationaliste, ne veut pas la paix, Benjamin Netanyahu soutenu par les extrémistes religieux, ne pouvant renoncer à “Eretz Israël”, l’Etat sioniste aux frontières bibliques...
L’accord sur Hébron avait été annoncé, le 22 décembre pour la “veille Noël”. Il n’en fut rien. Lundi, les Israéliens laissaient prévoir sa signature “avant le Nouvel An”, après une renconrre entre Arafat et Mordekhai, ministre israélien de la Défense, qui devait être suivie d’un tête-à-tête Arafat-Netanyahu. M. Dennis Ross, le coordonnateur US, qui est retourné dans la région au début de la semaine, espère cueillir, cette fois, le fruit de ses efforts de conciliation. Puisse-t-il ne pas être déçu...
Hébron: les pourparlers palestino-israéliens une cuisson de cailloux?
“Les juifs ne quitteront jamais Hébron... Ceux qui disent le contraire, men-tent”, s’est écrité Benja-min Netanyahu devant une foule de colons réunis dimanche pour manifester leur opposition à leur retrait de la ville. Comment après cela accorder du crédit à ce que ressassent les minis-tres et conseillers du chef du gouvernement israé-lien, Yitzhak Mordekhai en tête, selon lesquels il serait procédé à un rédé-ploiement de “Tsahal”, dans une proportion de 80 pour cent dans un premier temps... C’est, d’ailleurs, ce qu’a insinué Ezer Weiz-man en débarquant same-di dernier à l’aéroport de New Delhi, étant ainsi le premier responsable israé-lien de ce rang à visiter l’Inde. Mordekhai, ministre israélien de la Défense, a téléphoné dimanche au président Hosni Moubarak - au moment où le Raïs recevait Yasser Arafat - pour lui demander instamment d’user de son influence auprès de l’Autorité palestinienne et de son chef aux fins d’aplanir les obstacles entravant l’aboutissement des pourparlers autour de Hébron... Comme on le constate, les manifestations d’intentions des responsables de l’Etat hébreu vont à l’encontre de leurs prises de position foncièrement hostiles à la paix. Ainsi, Netanyahu pousse l’outrecuidance jusqu’à proposer la relance des négociations avec la Syrie, tout en réaffirmant son refus d’évacuer les hauteurs du Golan, qu’il considère comme une “zone stratégique nécessaire à la sécurité d’Israël. Au Caire, le chef de la diplomatie syrienne a, une fois de plus, réitéré la disposition de Damas à relancer les négociations avec Tel-Aviv, “à condition qu’elles reprennent au point où elles ont abouti, sur base du principe de la terre contre la paix”. Ce à quoi s’oppose Netanyahu... Ainsi, les attitudes restent les mêmes de part et d’autre, la reprise de ses efforts par Dennis Ross étant accueillie et pour cause, avec scepticisme. Car comme à chacune de ses visites, les Israéliens assouplissent leur position et promettent de favoriser le processus de paix. Puis, ils changent de ton et de tactique dès qu’il tourne le dos... Warren Christopher doit être heureux de troquer le dossier du Proche-Orient contre une occupation moins déprimante et complexe. Depuis longtemps, l’ancien secrétaire d’Etat US savait qu’il s’agissait d’une cuisson de cailloux, surtout depuis l’accession au pouvoir de la droite nationaliste israélienne, dont la conception de la paix diffère de celle que s’en fait Washington... ... Et ce qui complique le dossier proche-oriental, c’est que la capitale fédérale paraît être sous la coupe de la juiverie américaine et, pire encore, du lobby sioniste. Est-il possible qu’après sa réélection, le président Clinton ne puisse pas s’en affranchir?
ECHOS ET REFLEXIONS
NOUVEL AN MOROSE
“Dans quel état tu reviens ô fête”, est-on amené à répé-ter avec le poète. De fait, à l’exception de la classe “privilégiée”, de lar-ges fractions de notre peuple ont passé un Nouvel An mo-rose. Beaucoup de nos con-citoyens, pour les raisons que l’on sait, n’ont pu passer le cap de la nouvelle année dans la liesse, parce que non débarrassés de la peur du lendemain, les perspectives de 1977 n’étant pas plus pro-metteuses d’une vie meil-leure que celles de 1996. Peut-on ne pas penser, à cette occasion, aux dizaines de milliers de personnes sinistrées, attendant depuis longtemps leur retour à leurs maisons et à leurs terres? “Je ne suis pas venu pré-senter les vœux d’usage à Sa Béatitude?”, a déclaré un député choufiote en quittant Bkerké dimanche. “Pouvons-nous festoyer, alors qu’au-cune lueur d’espoir ne pointe à l’horizon quant à la réin-tégration par les déplacés de leurs villages?”, a ajouté ce parlementaire très proche de Walid Joumblatt . De plus, il a observé que la Caisse des déplacés était vide depuis huit mois et n’a pas de directeur général depuis que Antoine Andraos est devenu député d’Aley... Non. vraiment, tout cela ne porte nullement à l’opti-misme, ni à espérer en des jours meilleurs, à l’ombre d’une situation socio-économique qui a tendance à rétrograder. Et comment pourrait-elle progresser, les gouvernants ne paraissant pas disposés à tenir leur engagement de se pencher sur les problèmes qui intéressent les citoyens dans leur vie quotidienne, pour leur trouver les solu-tions adéquates? Parce qu’ils ont d’autres chats à fouetter!
Edouard BASSIL.