LIBAN-DIPLO

Nouvel ambassadeur de Chine à Beyrouth

An Huihou :

“Pékin encourage les entreprises chinoises à contribuer à la reconstruction du liban”

“En juillet 97, hong kong réintègrera la mère-patrie et restera un centre économique et touristique mondial”

Nouvel ambassadeur de Chine au Liban - il a présenté ses lettres de créance le 15 novembre 96 - M. An Huihou est dans la carrière diplomatique depuis 35 ans. En effet, il a rejoint le ministère des Affaires étrangères en 1961, après avoir obtenu son diplôme en langues étrangères de l’Institut de Pékin. Depuis 1963, il a occupé divers postes, le premier au Burundi, jusqu’en 1965 date à laquelle il fut muté en Mauritanie à titre d’attaché d’ambassade. Rappelé à l’administration centrale en 1970, il devait être affecté au Cambodge cinq ans plus tard, en tant que premier secrétaire. Il a été en poste, par la suite, au Maroc (1980); puis, rappelé de nouveau aux Affaires étrangères, il y a assumé les fonctions de directeur général adjoint au département de l’Asie de l’Ouest et de l’Afrique du Nord. En 1988, il a été nommé ambassadeur à Alger et, en 1991, chef de la mission diplomatique chinoise à Tunis, tout en étant accrédité auprès de M. Yasser Arafat, chef de l’Autorité palestinienne. Enfin, après trois ans passés à l’administration centrale (1993-96) il fut nommé ambassadeur à Beyrouth.

RELATIONS REMONTANT AU TEMPS DE LA SOIE

- Comment se présentent vos relations avec le monde arabe, en général et, en particulier, avec le Liban?

“Elles sont excellentes depuis un temps très lointain. “Les peuples chinois et arabe ont tous les deux une histoire et une civilisation très vieilles. Ils ont contribué aux progrès de l’Humanité. L’ami-tié entre les deux peuples remonte au temps de la soie. “Dans la période contemporaine, la Chine et le monde arabe ont été victimes de l’agression et de la colonisation de la part des puissances occi-dentales. Dans leur lutte pour l’indépendance et le maintien de leur dignité nationale, ces deux peuples se sont liés d’amitié, de sympathie et de soutien. Maintenant, nous sommes tous affrontés à une tâche commune, celle de maintenir l’indé-pendance et la souveraineté nationale, de sauve-garder la paix et la stabilité de nos régions et du monde, de développer l’économie et d’améliorer le niveau de vie du peuple. “La Chine a établi des relations diplomatiques avec tous les pays arabes et la coopération d’amitié et d’intérêt réciproque n’a cessé de se développer entre nous. Dans les affaires internationales, nous nous accordons soutien et coopération.

POTENTIEL ECONOMIQUE ENORME

Dans le domaine des relations économiques et commerciales, il existe un potentiel énorme. La Chine remercie les pays arabes de persister à soutenir une “seule Chine” et de refuser les liens officiels avec Taïwan. La Chine qui soutient le processus de paix au Proche-Orient, préconise que ce processus soit basé sur les résolutions des Nations-Unies et sur le principe de la “terre contre la paix”. “Nous souhaitons que ce processus aboutisse à la réalisation d’une paix juste et globale dans cette région. La Chine soutient aussi la résolution 425 et exige d’Israël de se retirer du Liban-Sud. Cette année, au mois de juin, le Premier ministre Hariri a effectué avec succès, une visite à Pékin qui portera les relations d’amitié avec le Liban vers une nouvelle étape de développement. “Au mois de septembre, la Chine a conclu un accord avec les six pays du Conseil de coopé-ration du Golfe pour établir avec eux un système de concertation politique et économique. Ce qui va promouvoir encore davantage nos relations, qui sont excellentes, avec ces pays. En un mot, il n’existe aucun litige, aucune contradiction, mais une amitié profonde, un soutien, de la sympathie mutuelle, de la coopération toujours croissante, couvrant le commerce et l’économie”.

VERS UNE EXPOSITION PERMANENTE DES PRODUITS CHINOIS A BEYROUTH

- La Chine peut-elle contribuer, de quelle manière et dans quel domaine, à la reconstruc-tion des régions libanaises dévastées par la guerre?

“Le gouvernement chinois encourage, active-ment, les entreprises chinoises à participer à la reconstruction du Liban. Je pense que nos deux pays peuvent explorer les possibilités de coopération dans les domaines suivants: “- Elargir les échanges commerciaux. En 1995, le volume du commerce entre nos deux pays a été de 140 millions de $. Cela représente une augmentation assez importante par rapport à l’année précédente, mais elle n’est pas du tout suffisante. Certaines entreprises chinoises comptent ouvrir au Liban une exposition de marchandises chinoises en permanence. J’encourage les hommes d’affaires libanais à visiter la Chine pour y faire mieux connaître au marché chinois, les produits libanais. “- Nos entreprises voudraient explorer les possibilités de fonder des usines au Liban et sont disposées à réaliser, en collaboration avec les entreprises libanaises, des projets mixtes en rapport avec la reconstruction. “Au cours de la visite du Premier ministre Hariri, la Chine a accordé un prêt sans intérêt au Liban. Je veux bien fixer avec les autorités libanaises, un projet à réaliser et utiliser ce prêt le plus tôt possible. Depuis que la Chine pratique la politique d’ouverture et de réforme, son économie a connu une croissance rapide. J’ai constaté, aussi, que la reconstruction au Liban enregistre sans cesse de succès. Ces deux facteurs encouragent la coopération économique et commerciale entre nos deux pays. Bien que cette coopération ne soit pas encore importante, je pense et j’en suis sûr, qu’avec les efforts sérieux de part et d’autre la coopération économique et commerciale connaîtra un grand développe-ment”.

CHINE -RUSSIE

- Comment qualifiez-vous les rapports existant entre Pékin et Moscou, d’une part et entre Pékin et les capitales des pays ayant fait partie de l’ex-Union Soviétique?

“La Russie est le plus grand voisin de la Chine. Les deux pays entretiennent de très bonnes relations. Maintenant, les échanges de visites des dirigeants d’Etat sont fréquentes. Les relations économiques et commerciales se développent sans cesse. Les problèmes de frontières, légués par l’histoire sont réglés ou sont en train de l’être. “Dans les affaires internationales, sur bien des problèmes, nos deux pays ont des positions communes ou semblables. L’année dernière, lors de sa visite en Chine, le président russe a conclu avec son homologue chinois, un accord de partenariat dans la coopération stratégique. La Chine maintient, également, de bonnes relations avec les pays de l’ex-Union soviétique, surtout ceux de l’Asie centrale, ses plus proches voisins. Le bon voisinage et la coopération se dévelop-pent dans de bonnes conditions”.

POLITIQUE D'OUVERTURE

- Les données de base de la politique extérieure de la Chine ont-elles subi, quelques modifications vis-à-vis des pays de l’Est?

“ Depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949, Pékin pratique une politique extérieure basée sur l’indépendance et la paix. La Chine préconisait toujours d’établir de bonnes relations avec tous les pays du monde sur la base de cinq principes de coexistence pacifi-que. Le principe fondamental de notre politique extérieure n’a pas changé, mais depuis 1979, la Chine pratique une politique de réforme et d’ouverture; l’édification économique en cons-tituant le centre. Dès lors, il y a vraiment des changements dans notre appréciation de la situation internationale et dans certaines politi-ques extérieures. Par exemple, nous estimons que la guerre mondiale n’aura pas lieu, bien que les conflits régionaux existent encore. Avec les efforts conjugués de tous les pays du monde, nous pouvons préserver la paix. Nous pensons que la paix et le développement sont deux grands sujets de l’Humanité et la Chine veut établir des relations de coopération politique et économique avec tous les pays du globe, sans distinction de leur idéologie et de leur système social, sur la base de l’intérêt réciproque et de la non-ingérence dans les affaires intérieures. “La Chine, pays en développement, veut défendre avec les autres Etats leurs intérêts et promouvoir leur développement. Aussi, s’oppose-t-elle à l’hégémonie et à la “politique du plus fort”. Tous les pays du monde grands ou petits, forts ou faibles, ont des droits égaux de participer aux affaires internationales”.

QUID DE L'EXTENSION DE L'OTAN ?

- Quelle est la position du gouvernement chinois envers l’éventuelle extension de l’OTAN aux pays de l’Est?

“L’OTAN était un produit de la guerre froide. Sur son éventuelle extension, nous avons constaté qu’il existe des positions différentes parmi les pays intéressés. La Chine n’a aucun rapport avec l’OTAN; mais je pense que son action doit être en conformité avec les intérêts et les aspirations des régions désireuses d’en faire partie”.

- Quelles ont été les impressions de nos confrères chinois ayant effectué, récemment, une visite au Liban à l’invitation de l’Ordre des journalistes libanais?

“Les trois journalistes du quotidien du “Peuple” ayant effectué une visite au Liban à l’invitation de l’Ordre des journalistes, ont été l’objet d’un accueil chaleureux de leurs collègues. Ils ont rencontré des amis et visité des régions. Ils ont eu une impression très profonde sur la reconstruction du Liban et ont été émus par l’amitié du peuple libanais à l’égard du peuple chinois. «Mais ils ont, aussi, constaté que le blocage du processus de paix au Proche-Orient a des retombées négatives sur la paix et la stabilité de la région. J’estime que le renforcement des échanges, y compris celui des journalistes entre nos deux pays, sont utiles pour le raffermisse-ment de l’amitié et de la compréhension entre les peuples. Je souhaite qu’une grande délégation de journalistes libanais visite bientôt la Chine».

160 MILLIARDS DE DOLLARS EN INVESTISSEMENTS ETRANGERS

- A quels problèmes, la Chine est-elle, actuellement, confrontée: récession économique, chômage, drogue?

«Depuis 1979, la Chine a pratiqué la politique d’ouverture et son économie a connu un accroissement rapide au cours des cinq dernières années; sa croissance moyenne étant de 1290 et celle de l’exportation annuelle de 1990. «Nous avons introduit plus de 160 milliards de dollars d’investissements étrangers. Cette année, le volume global du commerce extérieur sera de 300 milliards de dollars, tandis que la réserve en devises dépasse déjà 100 milliards. Mais nous avons, aussi, des problèmes. Voici les plus importants:

- Les entreprises d’Etat doivent transformer des mécanismes de gestion et améliorer les rentabilités; c’est un problème à la fois important et difficile à résoudre, mais nous parviendrons à le régler progressivement.

- Il faut contrôler l’inflation. En 1994, le taux d’inflation était de 21%; après des efforts, nous l’avons réduite à 15%. L’année dernière et cette année, elle serait de 7%; on va continuer de contrôler ce taux d’inflation pour relever le niveau de vie du peuple.

- «Il faut renforcer le secteur agricole. La Chine compte 1 milliard 250 millions d’habi-tants, ce qui représente 22% de la population mondiale, mais la superficie de nos terres cultivables ne représente que 7% de la superficie des terres cultivables du monde. «Nous pratiquons très strictement la politique du planing de naissance, mais chaque année, il y a une croissance de plus de 10 millions de per-sonnes. La Chine ne peut que compter sur elle-même pour résoudre le problème de l’alimen-tation de son peuple et nous sommes capables de le résoudre».

HONG KONG: UN ETAT ET DEUX SYSTEMES

- Comment se présente l’avenir de Hong Kong et quel sera son statut après sa récupération par la Chine?

«Après le 1er juillet 1997, Hong Kong retour-nera à la mère-patrie. Après son retour, nous pratiquerons la politique d’“un Etat - deux systèmes”. Le système économique capitaliste sera maintenu; il n’y aura pas de modification du mode de vie. «Les anciennes lois, pour l’essentiel, resteront en vigueur. A Hong Kong, ce sera une haute éco-nomie. Ses affaires seront administrées par ses habitants. Je suis sûr que Hong Kong restera un centre financier, commercial, touristique mondial et sera encore plus prospère».

- La Chine coopère-t-elle avec les Etats-Unis; la Russie ou d’autres pays dans le domaine spatial?

«Oui, dans le domaine spatial, nous coopérons avec les Etats-Unis, la Russie et le Brésil».

- Tout en étant membre permanent du Conseil de sécurité, votre pays ne contribue pas à éteindre les foyers de tension dans le monde, comme c’est le cas maintenant au Zaïre. Pourquoi?

“En tant que membre permanent du Conseil de sécurité, la Chine n’a cessé de contribuer au maintien de la paix et de la stabilité dans le monde. Elle coopère avec la communauté internationale pour faire disparaître de tels foyers là où ils existent. “Ainsi, la Chine a apporté une contribution très importante à la solution pacifique du problème du Cambodge; a joué et continue à jouer un rôle constructif dans le maintien de la stabilité dans la péninsule coréenne. De plus elle soutient le processus de paix au Proche-Orient, elle n’a cessé de déployer des efforts pour que les problèmes légués par la guerre du Golfe soient réglés définitivement. A l’égard des réfugiés qui souffrent le long de la frontière du Zaïre et du Rwanda, nous estimons que les contradictions ethniques en Afrique sont dues souvent, à la domination colonialiste. La Chine appelle sans cesse les pays intéressés à rechercher par la concertation politique, des solutions pour normaliser leurs relations et régler les probèmes des réfugiés. Nous soutenons aussi l’OUA et la communauté internationale dans leur action humanitaire.”

TAIWAN, INSEPARABLE DE LA CHINE

- Quel est l’état de vos relations avec Taïwan?

“Taïwan est inséparable de la Chine et l’une de ses provinces. Le gouvernement de Pékin est le seul légal qui représente toute la Chine. Nous nous opposons, énergiquement, aux activités des autorités de Taïwan de créer “deux Chines” ou de proclamer l’indépendance de Taïwan. Nous préconisons toujours la réunification par la voie pacifique, mais s’il y a une velléité d’indépen-dance de Taïwan, ou une intervention étrangère contre la réunification pacifique de la Chine, nous serons obligés de recourir à tous les moyens nécessaires pour sauvegarder l’intégrité territo-riale et l’unité de la patrie.”

- Quel est le meilleur souvenir de votre carrière?

“Au cours de 35 années de carrière diplomatique, j’ai beaucoup de bons souvenirs. Pour n’en citer que le plus récent, je voudrais dire que j’ai participé à tous les entretiens de M. le Premier ministre Hariri avec les dirigeants chinois lors de sa visite en Chine au mois de juin dernier. “C’est le premier contact d’Etat entre les dirigeants de nos deux pays, qui aidera beaucoup à renforcer les relations d’amitié entre nos deux peuples”.

JEANNE MASSAAD.