En proclamant sa confiance dans la justice

L’ordre des journalistes s’emploie à libérer Pierre Atallah sous caution

Melhem Karam:

“Nous défendons la démocratie et la liberté”

La Presse libanaise s’est émue et, pour cause, suite au maintien en garde à vue d’un journaliste, en l’occurrence Pierre Atallah, du journal “An-Nahar”, qui a été déféré au Parquet militaire “pour distribution de tracts portant atteinte aux relations du Liban avec un Etat ami et au renom de l’Armée.” Dès l’interpellation de notre con-frère, M. Melhem Karam, président de l’Ordre des journalistes, n’a épargné aucun effort pour obtenir sa libération. Aussi, a-t-il déclaré que l’Ordre est disposé à verser la caution que le juge d’instruction exige à cette fin. Tout en garantissant que M. Atallah ne quittera pas le Liban au cas où il sera libéré et restera à la disposition de la justice pour les besoins de l’enquête. “Notre confiance dans la justice, a dit M. Karam, est inébranlable. Dans le monde, la justice peut acquitter un criminel faute de preuves, mais ne peut pas condamner un innocent. C’est pourquoi je reste optimiste”. M. Karam est entré en contact plus d’une fois avec MM. Adnan Addoum, procureur général près la Cour de Cassation et Nasri Lahoud, commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, pour s’informer de l’étape à laquelle a abouti l’enquête concernant M. Atallah.

SOUTIEN INTERNATIONAL

A cet effet, il a reçu le soutien de plusieurs associations locales et inter-nationales de défense des journalistes et des droits de l’homme. Ainsi, le syndicat des journalistes fran-çais a réclamé la libération de M. Atallah et annoncé que dix de ses membres sont disposés à participer à un sit-in au Liban, en signe de protestation, en même temps que des confrères libanais. De son côté, la Fédération inter-nationale des journalistes a réitéré sa proposition relative à l’organisation d’un congrès à Bruxelles, en vue de soutenir l’action menée pour obtenir la libération de M. Atallah. M. Karam a reçu des messages de soutien de la part des syndicats des jour-nalistes égyptiens, soudanais, yéménites, marocains, britanniques et suisses, ainsi que de l’Organisation des droits de l’homme au Maroc.

COORDINATION AVEC HARB

Il a, par ailleurs, chargé Me Antoine Houeiss, avocat de l’Ordre des journa-listes, de suivre “l’affaire Atallah” et de coordonner son action avec M. Boutros Harb, député et avocat et les autres membres du Barreau en charge de ce dossier. Dans le même temps, il a rappelé la procédure à suivre pour interpeler un journaliste, en précisant que le mandat d’amener décerné contre ce dernier, doit être notifié à son Ordre dont le président ou son délégué doit l’accompagner devant l’instance judiciaire compétente. M. Karam avait, dès l’arrestation de M. Atallah, le 23 décembre à son domicile à Achrafieh, pris contact avec les organi-sations internationales de journalistes. “Nous ne défendons pas une personne, a dit M. Karam, mais des valeurs et des principes. Nous défendons l’outil de travail de tout confrère, à savoir la démocratie et la liberté”, a-t-il ajouté, en se disant persuadé que “le journaliste arrêté n’est pas impliqué dans des actions subversives”.

ATALLAH PAYE LE PRIX DE LA LIBERTE

L’arrestation de Atallah a provoqué de virulentes réactions à l’étranger. En effet, trois syndicats de journalistes européens, ceux de France, de Grande-Bretagne et d’Allemagne, ont décidé de tenir (jeudi) à Munich une réunion consacrée à cette affaire. La Fédération des journalistes arabes, dont M. Melhem Karam est le vice-président, a mis toutes ses capacités à son service et au service du “Nahar”. L’Organisation internationale des jour-nalistes (OIJ) a proposé l’envoi à Beyrouth d’avocats spécialistes des affaires de liberté. “C’est un honneur pour Pierre Atallah, a déclaré M. Karam, de payer le prix de la liberté qui ne se gagne que par le sacrifice. Notre confrère sera acquitté tôt ou tard et nous faisons confiance à la Justice.” Et d’ajouter: “Comme nous, Pierre Atallah dénonce toute collaboration avec l’ennemi israélien, toute atteinte à la crédibilité de l’armée et aux relations avec les pays frères, la Syrie en tête et toute provocation confessionnelle. “L’Ordre des journalistes, a dit encore M. Karam, assume la responsabilité de radier tout journaliste qui sortirait des rangs, car notre Ordre bénéficie des mêmes prérogatives qu’un tribunal de premier degré. “Si les agissements de Pierre Atallah avaient transgressé nos options nationa-les, l’Ordre l’aurait radié et puni depuis longtemps. Nous sommes sûrs de son innocence et c’est ce qui nous incite à poursuivre nos démarches pour obtenir sa libération”.