Pierre Atallah remis en liberté (contre une caution de 6 millions de L.L.)

Notre confrère, accompagné du directeur du “Nahar”, rend visite au cardinal Sfeir et à Melhem Karam pour les remercier de leur solidarité

Pierre Atallah chez lui, entouré de ses parents, heureux de le retrouver en bonne forme.

Au lendemain de sa relaxation, notre confrère Pierre Atallah, de l’équipe rédactionnelle du «Nahar», a rendu visite, en compagnie de Gébrane Tuéni, directeur de ce quotidien, à Melhem Karam, président de l’Ordre des journalistes qui a offert à chacun un stylo en or. Puis, s’adressant à Gébrane Tuéni, M. Karam a dit: “Je vous offre ce stylo pour que vous l’utilisiez à écrire de façon à ce que le «Nahar» persiste dans sa ligne de conduite, qui consiste à adopter les problèmes des citoyens et à les poser en toute franchise et justice à l’opinion publique, laquelle lui reste fidèle”. A Pierre Atallah, M. Karam a tenu ce langage: «Vous méritez de porter cette plume, car vous en avez donné la preuve au cours de votre garde à vue, en payant le prix de votre liberté personnelle».

TUENI : KARAM, PARRAIN DE LA LIBERTE

Quant à Gébrane Tuéni, il a répondu au président de l’Ordre des journalistes en ces termes: «Ce que vous avez accompli, confirme que vous êtes le parrain de la liberté au Liban. Les journalistes sont rassurés d’avoir un syndicat et un président prenant leur défense, assurant leur protection et se souciant de prémunir le verbe contre toute atteinte... Vous êtes resté seul à nos côtés, le jour où tout le monde nous a abandonnés». Pierre Atallah a abondé dans le même sens: «En vous remerciant de tout ce que vous avez fait pour moi, je vous transmets les sentiments qu’éprouvent les confrères à votre égard. Vous avez prouvé que vous êtes leur protecteur, prenant la défense de leurs droits contre les abus et l’arbitraire. J’espère être digne de la confiance que vous m’avez exprimée et de la charge que vous m’avez confiée en m’offrant ce stylo».

M. Melhem Karam, président de l’Ordre des journalistes, a reçu notre confrère Atallah, après sa libération, accompagné de Gébrane Tuéni, directeur du “Nahar”, à qui il a offert des stylos en or.

KARAM : «JE N'AI FAIT QUE MON DEVOIR»

Dans sa réponse, M. Karam a dit: «L’Ordre et moi-même n’avons fait que notre devoir à l’égard d’un confrère privé, arbitrairement, de sa liberté. Nous procédons à une étude juridique de la question de la garde à vue, car Pierre Atallah a été interpelé au moment où il accomplissait son devoir professionnel. Son arrestation a transgressé la loi, plus exactement le décret (révisé) 104 qui interdit l’arrestation préventive du journaliste. “D’aucuns pourraient dire: “L’affaire est classée, tournons la page”. Je dis quant à moi: Non, il ne s’agit pas d’une affaire simple ou ordinaire. Nous ne voulons pas laisser passer ce précédent, car je considère que la privation de liberté, ne serait-ce qu’un instant, n’a pas de prix, surtout quand il s’agit d’une mesure arbitraire. “Pierre Atallah a été gardé à vue pendant deux semaines, ajoute M. Karam et nous exigeons le châtiment de ceux qui l’ont arrêté. Avec les avocats de l’Ordre, nous envisageons d’intenter un procès à ceux qui ont violé la loi, ainsi qu’à ceux qui ont donné l’ordre d’interpeler le journaliste. Notre démocratie nous confère le droit d’agir de la sorte”.

Siégeant sous la présidence de Melhem Karam, le conseil de l’Ordre des journalistes, a consacré le gros de ses efforts au cours de la dernière quinzaine à l’affaire des interpellations, parce qu’elle affecte la liberté journalistique.

TUENI ET ATALLAH A BKERKE

Nos confrères, Gébrane Tuéni et Pierre Atallah devaient être reçus, ensuite, à Bkerké par S.Em. le cardinal Nasrallah Sfeir. A l’issue de la rencontre, le directeur du «Nahar» a dit: «Je suis venu remercier Sa Béatitude, non seulement, pour sa prise de position en faveur du confrère Pierre Atallah, mais vis-à-vis de tous les Libanais, tant chrétiens que musulmans. Il est vrai que c’est le patriarche de tout le Liban; aussi, prend-il la défense de tous les Libanais qui sont concernés par la liberté, la démocratie et la justice. Nous affirmons que cette bataille et ce à quoi notre confrère s’est exposé, affectent la liberté de la Presse, qu’on ne peut charger d’aucune accusation de la nature de celle portée contre Pierre Atallah. “Les agents n’ont jamais été dans nos rangs, mais parmi ceux qui exécutaient les plans du complot durant vingt ans. Nous savons qui procédait aux enlèvements sur base des cartes d’identité; qui s’attaquait aux citoyens et les forçait à prendre le chemin de l’exode. La Presse, elle, a payé de sa liberté et de ses membres et continuera à avoir des martyrs. Je crois que l’entrée de Pierre Atallah en prison, a été au nom de cette liberté et de cette mission. «Nous nous considérons tous comme une même famille, déterminée à défendre jusqu’au dernier souffle, le Liban, sa souveraineté, son indépendance et la liberté”. De son côté, Atallah a émis ces réflexions: «Je ne me considère pas accusé, mais ayant été gardé à vue pour des accusations d’ordre professionnel. Quoi qu’il en soit, j’ai confiance dans la magistrature libanaise et nous sommes tenus tous de préserver les libertés journalistiques au Liban».

ATALLAH ELARGI CONTRE UNE CAUTION DE 6 MILLIONS DE L.L.

Pierre Atallah avait été relaxé lundi après une garde à vue de quatorze jours. Son interpellation dans le cadre des rafles ayant atteint une quarantaine de personnes, suite au mitraillage du minibus syrien à Tabarja-Bouar, avait provoqué une vive émotion, doublée d’une grande vague de solidarité dans les milieux de la Presse locale et des associations internationales des droits de l’homme. A tel point, qu’au cours de son entretien avec le président Rafic Hariri, au palais de l’Elysée, le président Jacques Chirac a évoqué cette affaire, en formulant le souhait que le Pouvoir libanais respecte la procédure légale et les droits de l’homme. Le premier juge d’instruction avait approuvé la libération du journaliste, mais le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire s’y était opposé. Moins de 48 heures plus tard, la Cour de cassation siégeant sous la présidence de M. Amine Nassar, émettait un avis favorable à l’élargissement d’Atallah, en précisant que “les charges retenues contre lui s’inscrivaient dans le cadre de sa mission professionnelle”. Me Boutros Harb qui a assumé la défense d’Atallah a eu le mot de la fin: “Cette affaire prouve qu’on peut encore mener au Liban une bataille pour les libertés. Aussi, la confiance des Libanais est-elle confortée dans l’intégrité de leur corps judiciaire”.