LA CHRONIQUE
DES ENJEUX RÉVOLTANTS
Le siècle finissant vient de confirmer une fois de plus que, ni l’effondrement du totalitarisme, ni la fin du bipolarisme n’ont pu en-diguer les conflits et les tensions qui ravagent d’un bout à l’autre notre planète. Au contraire, ils ont engendré un désordre mon-dial sans précédent, des rebon-dissements idéologiques d’un âge lointain; un ère de bellicisme à outrance, du Mexique aux Caraïbes, à l’Europe de l’Est; du Maghreb au Moyen-Orient, du Caucase au nord de la Chine; le continent africain, n’étant pas épargné comme si une cohérence secrète avivait impunément, une convulsion planétaire qui n’a pas l’air de s’éteindre de sitôt, et ce, sous le regard impassible d’une communauté internationale im-puissante, abandonnant les peu-ples à leur destin. Signe des temps? Ce déséquilibre mondial risque de durer à la faveur de l’intransi-geance de la première superpuis-sance mondiale qui gouverne la planète, maniant à la fois, la carotte du multilatéralisme et le bâton de l’hégémonie, rôle qu’elle exerce à la perfection. Les génocides perpétrés dans l’Afrique des «Grands Lacs», en Bosnie, en Algérie, au Sud-Liban et leurs retombées, annoncent déjà le long chemin à parcourir pour aboutir à un nouvel ordre mondial et la difficulté à relever tous ces défis.
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En ce qui nous touche, nous Libanais, aussi conscients que nous soyons de ces dérives, aussi concernés que nous nous sentions face à ces enjeux planétaires, - nous sommes tenaillés par d’inquiétantes interpellations quant à notre avenir, comme nation libre et souveraine libérée de toute hégémonie - aussi bienveillante soit-elle; acculés à supporter davantage le poids harrassant d’un conflit régional qui ne nous concerne que bien peu et de bien loin et en la morosité nous affecte dont chair et en os et qui, pour notre mal-heur, n’exclut pas le pressen-timent de durer longtemps, ralliés comme nous le sommes à une politicardie de plus en plus déroutante et inefficace! Voilà qui incite tout un chacun à une réflexion sérieuse, à une action courageuse face à toutes ces logiques guerrières coalisées autour de leurs victimes, comme si de rien n’était! La paix des braves longtemps attendue est loin d’être conclue. Certes, il aura fallu un demi-siècle d’inimitié et de terreur pour enfanter dans la douleur, un aussi malingre accord où Arabes et Juifs confondus se voient disputer une paix manquée dont on ignore encore sur quelle base, elle sera édifiée.
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Toutefois à qui s’en prendre, à l’histoire et à ses revers, à la politique et à ses errances? Dans la conjoncture actuelle, le Liban est-il devenu, sans le vouloir peut-être, un sujet politique non identifié, menacé de toutes parts? Il n’y a pas de fatalité histori-que: car rien ne se fait sans engagement. C’est aux Libanais d’être sur leur garde, dans le choix d’une politique de recours qui leur servirait de point d’appui face aux multiples enjeux de l’horizon 2000, aussi révoltants soient-ils. Les échéances cruciales, voire historiques qui frappent à la porte, imposent le maintien d’une conjoncture politique et sécuri-taire sans faille au Liban. L’Etat est, incontestablement, la clef de voûte de l’ensemble politique depuis des lustres épousant toutes les règles, tous les principes de la démocratie et de la volonté collective d’un peuple qui se doit d’être ambi-tieux et solidaire. Un Etat de droit impartial, refusant de reconnaître le moin-dre particularisme, tendant la main à tous sans distinction, ni discrimination, jugulant toutes les différences, évitant tous les soubresauts de quelque nature fussent-ils. Nous avons maintes fois souligné certaines caractéristi-ques de la démocratie libérale. Aujourd’hui plus que jamais, il faut se souvenir de ses impéra-tifs: le pluralisme qui requiert le libre choix des gouvernants; la séparation des pouvoirs; le respect des lois, des droits et des obligations inhérents à nos mœurs politiques, pour ne citer que ses principes fondamentaux. C’est en ce sens que notre société et les libertés qui lui servent de fondement pourrait avoir une quelconque signification, hors de tout soupçon. Retrouver toutes ses valeurs passe autant par le questionnement individuel que par la responsabilité collective. C’est une gageure. Si les Liba-nais perdent ce combat, ils rejoindront la cohorte des peu-ples démissionnaires, quéman-deurs et retardataires. Puissent les enjeux de l’horizon 2000, aussi redoutables soient-ils, susciter en eux l’irréversible volonté de croire en leur pouvoir décideur, - ce vainqueur de toujours!
Daniel Mayer fut président de la Ligue des Droits de l’homme et du Conseil constitutionnel en France.
“En disséquant les sillons du passé et du présent, le philosophe indique aussi la voie d’un avenir plus supportable parce que plus conscient.”
(Daniel Mayer(1)
José M. LABAKI.