EDITORIAL

Par Melhem KARAM
Le règlement de la crise de Hébron est la clé de la solution. Vrai? Depuis quel-ques jours, “Maariv”, jour-nal proche du gouvernement Netanyahu, écrivait: “La solution à Hébron, ne signifie pas le règle-ment au Sud libanais. Naturelle-ment... Il est connu que le Sud libanais est la dernière page du livre de la paix. De même, il est de notoriété publique que le Liban sera le dernier pays à signer cette page. La crise de Hébron en dépit de ses difficultés et de son importance, n’est pas la crise. Ni la Cisjordanie. Ni le Golan. La véritable crise est la paix: Israël la veut-il ou pas? Les “non” n’édifient pas la paix. Et de plus, les “non” ne sont pas une politique. Les gens de la pensée en Israël, rassurés par la venue de Madeleine Albright au département d’Etat, s’arrêtent à une vérité, à savoir que Madeleine Albright est encline à favoriser les intérêts d’Israël... Cependant, elle est le ministre des Affaires étrangères de l’Amérique, non de l’Etat hébreu. Les propos à ce sujet sont clairs et la différence est grande. La politique du refus est un prélude à l’acceptation. Ce n’est pas non plus une politique. Et le principe selon lequel quiconque est apte à refuser est plus capable qu’un autre d’accepter, est faux. Car le plus souvent, celui qui refuse devient, s’il finit par accepter, la victime et la proie de ceux qui refusent. Les généraux français ont refusé en Algérie et sont devenus prisonniers de leur refus. Aussi, n’ont-ils plus été capables de se rétracter, le jour où il leur est apparu que le retour du chemin de l’erreur est le vrai chemin. Le général de Gaulle a hésité au début et franchi bien des étapes lors de la crise algérienne. Des tractations avec les généraux... à “l’Algérie aux Algériens”... en passant par une situation intermédiaire avant de trancher, en définitive: “l’Algérie aux Algériens”. Il en fut de même auparavant pour Tito. Il avait décidé d’adopter une position envers Staline et s’est exécuté, c’est sûr. Un autre que Tito n’aurait pu le faire, car les positions combatives et résistantes de Tito à l’intérieur et en Occident, lui ont permis d’agir dans le sens de son choix. Le jour où Netanyahu a commencé à tenir des propos de refus dénotant un raidissement, les connaisseurs ne l’ont pas cru. D’aucuns lui ont demandé des délais. Puis, ont préparé la voie à une évolution naturelle. Ensuite, des rumeurs ont circulé selon lesquelles Netanyahu recherche une solution lui permettant de sauver la face. Et parce que nul n’a pu croire que le leader du Likoud est un intrus dans la grande politique... surtout par rapport à la crise du Proche-Orient... ces rumeurs paraissent, aujourd’hui, comme si elles avaient atteint l’heure de leur émergence en public. Ceux qui lui ont demandé des délais, cherchent à présent à lui trouver des excuses. Les excuses de la prolongation, non du refus. Les excuses de la tactique et non celles de la stratégie. Israël n’est pas une île; il vit dans un monde qui semble devoir devenir sans frontières, politique-ment, diplomatiquement et au plan du sabotage. «Médecins sans frontières» et toute organisation traitant de «l’homme» sont à l’image de cet univers. Le monde veut la paix. Israël la veut-il? L’Etat hébreu a répondu par la négative à cette question, en élisant Netanyahu. Celui-ci peut-il affronter le monde avec le «non»? Peut-il transformer le «non» en «oui» auprès des électeurs israé-liens? Tous les Israéliens ayant parlé de la paix n’ont pas été bien vus en Israël: Shimon Pérès et, avant lui, Nahoum Goldman, pour avoir dit qu’il est impossible pour un Etat de vivre tout le temps sur pied de guerre. Yitzhak Rabin est une image présente dans l’esprit de Benjamin Netanyahu et les débats à la Knesset sont les mêmes... avec lui et, avant lui, avec Rabin. Israël... et la paix, telle est l’équation de 1997, comme c’est le cas en tout temps. En pleine guerre, les connaisseurs cherchent le moyen de rétablir la paix. Et les gagnants cherchent leur part de la guerre pour signer la paix. Les perdants, eux, cherchent le moyen de payer, avec le moindre tarif, le tribut de la guerre, comme prix de la paix. Israël... et la paix, comme chez nous. Le Liban et les grands principes. Le Liban... et la liberté. Le Liban... et la démocratie, le reste étant secondaire. Combien a-t-il été parlé des événements du 26 décembre 1997! C’est l’un des aspects de l’inquiétude sur les principes, en définitive. Nous ne voulons pas protéger les agresseurs, mais nous ne voulons pas, non plus, agresser au nom de la sécurité, les citoyens paisibles. L’Etat hébreu nous a fait payer bien des tributs et le Liban a subi le plus de préjudice de la part d’Israël. Comme s’il est tenu de payer le tribut de l’entité israé-lienne... de sa sécurité, de sa stabilité, de sa souveraineté, de sa liberté et de sa démocratie... Si la liberté et la démo-cratie s’étaient libanisées comme tant d’autres concepts, le Liban aurait payé, en définitive, de son économie et de sa livre. Ses amis se sont tournés vers lui et Israël a essayé de les neutraliser, en tentant de maintenir l’histoire des «amis du Liban» en tant que prière dans le cœur de ceux qui ont appelé à la rencontre de Washington et de ceux qui y ont été invités. Israël... et la paix, telle est l’équation. Tout autre que cela est l’œuvre des partisans de la tergiversation et de ceux qui croient qu’un homme peut faire peur à tous les gens... De l’Océan au Golfe. Et de Moscou à Washington, en passant par l’Europe, la Chine et le Japon.