LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
La tension est remontée d’un cran au Liban-Sud, suite à l’acheminement de renforts militaires israéliens vers des secteurs surplombant les positions du “Hezbollah” à l’ouest de la Békaa, non loin de zones où stationnent les troupes syriennes... Le ministre de la Défense de l’Etat hébreu, prétend, lui, vouloir “réduire les frictions avec Damas”. Le Liban et la Syrie se concertent en vue de faire face à l’agression quotidienne de l’Etat hébreu. Le chef du palais Bustros s’est rendu, à cet effet, à Damas cette semaine, après avoir conféré avec le chef du gouvernement (notre photo) .
SITUATION DIFFICILE AU LIBAN-SUD: À QUAND LE COUP DE BARRE SALVATEUR?
“La situation au Liban-Sud est maintenant la plus difficile, voire la plus dangereuse depuis avril 96”. C’est l’ambassadeur de France qui l’a dit, à l’issue d’une entrevue avec le chef du palais Bustros. Sa déclaration inquiète, car c’est un diplomate représentant un pays ami du Liban, dont le membre (français) préside, actuellement et durant un semestre, le comité de surveillance de la trêve constitué en vertu, justement, de “l’accord d’avril”, mois le plus triste entre tous de l’année écoulée, car il nous rappelle drame de Cana, de triste mémoire. L’ambassadeur sait de quoi il parle, pour la simple raison qu’il a une idée précise de ce qui se passe sur le terrain à la frontière, où notre voisin du Sud achemine des renforts militaires depuis le début de l’année, suite à la rencontre Netanyahu - Lahd à Jérusalem, à l’issue de laquelle le chef du gouvernement israélien a réitéré son appui sans équivoque à l’Armée du Liban-Sud. Aussitôt, la tension est remontée d’un cran et le comité de surveillance a siégé au bruit du canon qui a recommencé à tonner dans le secteur de Sojod-Mlita. De fait, la résistance a lancé de nouvelles attaques contre les positions de “Tsahal” dont l’artillerie a riposté en pilonnant la région d’Iklim At-Touffah. Il y a lieu de préciser que les renforts israéliens, consistant en véhicules blindés: une trentaine de chars notamment, ont été déployés face au massif de l’Iklim et dans le secteur oriental de la bande frontalière, lequel surplombe l’ouest de la Békaa, où le “Hezbollah” a installé des positions en avant des troupes syriennes stationnées dans la région. Les opérations militaires israéliennes dans cette zone précise suscite des craintes quant à un embrasement d’envergure, d’autant que Netanyahu accuse la Syrie et l’Iran de soutenir les Hezbollahis. “C’est pourquoi, a dit le Premier ministre israélien, nous soutenons nos alliés (entendre l’ALS) afin de faire échec aux attaques du Hezbollah”. L’Etat hébreu exprime son inquiétude au sujet de ces attaques, mais comme l’a si bien observé l’ambassadeur de France, “il y aura toujours la résistance, tant qu’il y a occupation” (de la Békaa ouest et du Liban-Sud). Il est de notoriété publique qu’Israël, surtout depuis la prise du pouvoir par la droite nationaliste, a plongé le Proche-Orient dans un cycle infernal et conduit les négociations de paix vers l’impasse, d’où le coordonnateur américain tente vainement de la sortir... Si Netanyahu s’avisait de changer de stratégie, les “faucons” du Likoud n’hésiteraient pas à l’en dissuader et il se trouve prisonnier des promesses qu’il a prodiguées lors de la campagne électorale... Aussi, n’a-t-il d’autre alternative que de recourir à la manœuvre et à l’escalade, afin de détourner l’attention de l’opération de paix, laquelle semble devoir être gelée pendant une longue période. A moins que Washington donne le coup de barre salvateur.
Les rafles opérées en fin d’année ont connu un “happy end” avec la relaxation de la dernière personne interpelée, en l’occurrence notre confrère, Pierre Atallah (notre photo). Celui-ci a été traité “avec respect”, mais le chef de l’Etat a admis que des erreurs ont été commises lors des interpellations, en spécifiant que les “gardes à vue” en vertu des commissions rogatoires, n’auraitent pas dû se prolonger au-delà du délai fixé par la loi...
HEUREUX EPILOGUE DANS L'AFFAIRE DES RAFLES DE FIN D'ANNEE...
“Tout est bien qui finit bien”, est-on amené à dire après la mise en liberté de notre confrère Pierre Atallah - la dernière personne interpelée il y a plus de deux semaines, à la suite du mitraillage du minibus syrien à Tabarja. Fait à signaler: le journaliste a été élargi contre une caution de 6 millions de livres (au lieu du million précédemment fixé), sa relaxation ayant été précédée, vingt-quatre heures plus tôt, par un congrès tenu à Munich (Allemagne) par les syndicats des journalistes français, allemands et britanniques consacré, exclusivement, à la question des interpellations. Au terme de leurs délibérations, ceux-ci ont appelé à la “libération immédiate” de Atallah... “pour que le Liban préserve son renom et sa caractéristique d’oasis des libertés”. Cela dit, il nous plaît d’apprendre - le journaliste libéré l’a confirmé - que notre confrère avait été traité “avec respect” au cours de sa garde à vue et de ses interrogatoires successifs. Quelles déductions tirer de cette affaire des rafles qui a suscité tant de remous au Liban et dans le monde, plus particulièrement dans les milieux médiatiques et au sein des organisations internationales concernées par les droits de l’homme? En dépit de tout ce qui a été dit, la magistrature sort renforcée de cette “épreuve”. De fait, elle a prouvé qu’elle reste indépendante, affranchie de toute pression extérieure et réfractaire aux interventions d’où qu’elles émanent. Aussi, le président de l’Ordre des journalistes, lui a-t-il exprimé sa gratitude et réitéré la confiance de la Presse en sa probité. Tout en réaffirmant la détermination du Quatrième Pouvoir à œuvrer en faveur de la liberté et de la démocratie. De plus, il a insisté sur la non-arrestation préventive du journaliste, pour n’importe quel motif et demande de faire bénéficier les magistrats d’une véritable immunité, tel de les nommer à vie, comme c’est le cas aux Etats-Unis. De ce fait, le juge est mis à l’abri de toute “velléité de vengeance”, de la part de l’Exécutif qui serait enclin à le muter où à le rétrograder pour ne s’être pas conformé à ses instructions. Certes, la sécurité “reste au-dessus de tout”, pour reprendre les termes du ministre de la Défense qui a justifié les dernières rafles en soutenant que “la guerre au Liban aurait pu être évitée, si les services de l’ordre avaient opéré des arrestations parmi les éléments suspects, suite à l’attentat contre le bus transportant des Palestiniens qui s’était fourvoyé à Aïn Remmaneh le 13 avril 1975”. Oui, mais l’incident de Tabarja ne revêtait pas la même importance et n’était pas aussi grave que celui de Aïn Remmaneh pour nécessiter une opération policière d’une telle envergure... ...D’autant que les quarante personnes interpelées ont été élargies, après avoir établi leur innocence.
L’interdit empêchant les ressortissants américains de venir au Liban sera-t-il levé incessamment? M. Ron Schlicher, chargé d’Affaires US (notre photo), refuse d’indiquer si son gouvernement envisage de lever les restrictions imposées au voyage de ses ressortissants.
A QUAND LA LEVEE DE L'INTERDIT EMPECHANT LES AMERICAINS DE VENIR AU LIBAN ?
Dans le discours prononcé le 6 janvier devant le corps diplomatique réuni au palais de Baabda à l’occasion de la réception traditionnelle du Nouvel An, le chef de l’Etat n’a pas manqué de remercier les Etats Unis, suite au forum des “amis du Liban” ayant tenu ses assises le 16 décembre dans la capitale fédérale. Dans le même temps, il a émis le souhait de voir l’Administration américaine lever l’interdit empêchant ses ressortissants de venir dans notre pays ou même de transiter à l’aéroport international de Beyrouth. “Ainsi, a dit le président de la République, l’Amérique confirmera son appui à notre pays... qui est le premier au Proche-Orient à exercer la démocratie à laquelle il est fortement attaché”. Au préalable, il avait proclamé “la détermination des Pouvoirs publics à œuvrer à l’effet d’édifier l’Etat de droit, de respecter les droits de l’homme et la liberté; de sauvegarder l’économie libérale, le secret bancaire et de combattre le blanchiment de l’argent provenant du trafic de la drogue”. La réponse de Washington n’a pas tardé à venir; elle a été donnée par l’intermédiaire du chargé d’Affaires US - l’ambassadeur américain passant les fêtes de fin d’année auprès de sa famille, empêchée justement de venir chez nous par le même interdit. “La décision à prendre à ce sujet, a précisé Ron Schlicher, est encore à l’étude et pourrait être adoptée en vertu d’une recommandation que M. Warren Christopher, secrétaire d’Etat sortant, soumettrait à la Maison-Blanche, avant de passer la main à son successeur, en l’occurrence Mme Madeleine Albright”. “La sécurité constitue l’élément de base dans ce sujet”, a ajouté le diplomate américain, en émettant le souhait que le comité de surveillance de la trêve au Liban-Sud parvienne à freiner la dégradation de la situation, en favorisant la désescalade sur le terrain. Reste à savoir si ledit comité est en mesure d’éviter le pire, son rôle se limitant à procéder à un constat d’usage, chaque fois qu’une plainte lui est présentée à propos d’une violation du cessez-le-feu dans la zone frontalière. Cette semaine, cet organisme a siégé une fois de plus, pour statuer sur deux plaintes présentées par le Liban et deux autres émanant d’Israël. Comme à son habitude, il se contentera de prendre note des observations relevées par ses délégués dans les zones où des violations ont été commises, sans plus. La mission du comité de surveillance de la trêve se réduit donc à celle dont s’acquitte la FINUL, parce que les deux organismes, tout en étant rattachés à l’ONU, ne diposent pas d’une force répressive, les habilitant à contraindre les violeurs de la trêve à la respecter sous peine de sanctions.
ECHOS ET REFLEXIONS
HISTOIRE DE LANGUE…
En recevant, à l’occasion des fêtes de fin d’année, ses partisans, un membre du gouvernement a eu l’outrecuidance de répondre à ceux qui lui demandaient son avis à propos des critiques décochées, ces derniers temps contre le Pouvoir, (par des hommes politiques et de religion): «Les chiens aboient et la caravane passe» (sic)… A ce ministre dont la forfanterie n’a dégale que la vulgarité, nous répondrons par un autre proverbe, en lui conseillant de bien le retenir et, surtout, de l’appliquer à sa personne: «Il faut tourner la langue sept fois dans sa bouche avant de parler»… Pour ne l’avoir pas fait, le président de la Chambre a commis une grosse bourde samedi au salon d’honneur de l’AIB. A son retour du Caire, il s’est permis de blâmer le cardinal Sfeir en disant: «C’est le patriarche de tout le Liban et non des maronites; il devrait donc se comporter sur cette base». M. Berri a tenu ces propos, pour le moins étranges, parce que l’éminent prélat s’est excusé de ne pouvoir recevoir les vœux d’usage à l’occasion de la Noël… Ce qui n’a pas empêché les chefs de l’Etat et du gouvernement de se rendre à Bkerké la veille et le jour de la fête… … Sans doute parce qu’ils tenaient à justifier l’arrestation de quarante jeunes chrétiens, à la suite de l’attentat perpétré contre un mini-bus syrien à Tabarja. En refusant de recevoir les vœux, Mgr Sfeir a voulu exprimer sa désapprobation de la manière dont les prévenus avaient été emmenés de leurs domiciles la veille de la Nativité. Pouvait-il se réjouir et festoyer? Pour en revenir à M. Berri, moins d’une heure après sa déclaration de l’AIB, le chef du Législatif s’est rétracté, en rendant visite au mufti Kabbani à Dar el-Fatwa. «Je n’ai pas critiqué le patriarche Sfeir à qui je voue de l’estime et du respect»… Tournons donc la langue sept fois avant de jacasser; ceci nous évitera de dire des bêtises!
Edouard BASSIL.