SIGNATURE DE NOUVEAUX ACCORDS BILATÉRAUX ENTRE LE LIBAN ET LA SYRIE
Aparté entre les présidents Rafic Hariri et Mahmoud el-Zohby.
Une petite phrase prononcée par M. Nasri Khoury, secrétaire général du Conseil supérieur libano-syrien, porte à réflexion. La veille de la signature des accords bilatéraux, répondant à la question d’un de nos confrères de la télévision, il affirme: «L’objectif de ces accords est de hâter et de faire évoluer le processus de coopération dans les différents domaines et secteurs économiques entre les deux pays, afin de parvenir au niveau de coopération atteint dans le domaine politique». Le citoyen s’interroge: «Est-ce à dire qu’on va un jour ou l’autre passer carrément sous la tutelle de Damas pour tout ce qui concerne la vie économique du pays?» A voir tout ce qui se passe au niveau politique, il y a de quoi formuler de sérieuses appréhensions sur le sort de notre économie appelée à se «brancher» sur Damas! Pour sa part et comme à son habitude, le Premier ministre se montre optimiste, parlant de «la nécessité de faciliter les échanges économiques entre les deux pays, dans leur intérêt respectif».
DÉFICIT DE 167 MILLIONS DE DOLLARS
Mais hélas! les chiffres montrent le contraire et notre balance commerciale avec la Syrie est excessivement déficitaire. Pour l’année écoulée, par exemple, les exportations syriennes vers le Liban ont atteint 236 millions de dollars, alors que les exportations libanaises vers la Syrie n’ont pas dépassé 69 millions. Le déficit est donc de 167 millions de dollars. Pourtant, le Liban ne compte que quatre millions d’habitants, contre 14 millions en Syrie. Normallement, les exportations libanaises devraient être bien plus élevées. Mais nos produits, tant agricoles qu’industriels sont chers et peuvent être difficilement écoulés sur le marché syrien qui, lui, par contre exerce un véritable «dumping» sur la scène libanaise vu que ses prix sont compétitifs. Parler donc d’un «intérêt commun aux deux pays» est quelque peu déplacé. Il est peut-être grand temps de réfléchir sur ce qui sert, réellement, les intérêts du Liban aussi bien au niveau politique, qu’économique. Mais en a-t-on les moyens et la possibilité?
Séance de travail consacrée au dossier hydraulique et électrique.
EAUX DE L’ORONTE: LES POINTS LITIGIEUX, RÉGLÉS
Concernant les relations économiques bilatérales, de nouveaux accords viennent d’être signés à l’issue d’un long week-end de travail (les 11 et 12 janvier) sur les bords du Barada. Conduite par le Premier ministre Rafic Hariri, la délégation libanaise a groupé: MM. Elie Hobeika, Chawki Fakhoury, Omar Meskaoui, Yassine Jaber, Fouad Sanioura, Chahé Barsoumian et Nadim Salem, respectivement ministres des Ressources hydrauliques et électriques, de l’Agriculture, des Transports, du Commerce et de l’Economie, des Affaires financières, de l’Industrie et du Pétrole et des Affaires industrielles. Du côté syrien, conduite aussi par le Premier ministre, Mahmoud el-Zohbi, la délégation comprenait les ministres de l’Intérieur, de l’Agriculture, des Affaires économiques, de l’Economie et du Commerce extérieur, de l’Industrie, de l’Irrigation, des Finances, de la Planification, du Pétrole et des Transports. A l’issue de deux longues séances de travail qui se sont tenues en présence de M. Nasri Khoury, certains accords ont été signés alors que d’autres sont restés, en suspens «pour un supplément d’étude et de concertation». Il y a eu, tout d’abord, le dossier relatif aux eaux de l’Oronte. Long de 570km, ce fleuve prend sa source au Nord-Est du Liban, parcourt 30km en territoire libanais, poursuit son trajet en Syrie, pour se jeter dans la Méditerranée, en Turquie. LITIGE EN SUSPENS En septembre 1994, un accord sur le partage de ses eaux avait été signé octroyant au Liban 20% des 400 millions de mètres cubes par an. Un point litigieux était demeuré, toutefois, en suspens: celui de différents puits artésiens dans la région de Yammouné, considérés par les Syriens comme un empiètement sur la quote-part de la Syrie dans ce partage. Le gouvernement libanais, s’appuyant sur les rapports des experts en la matière a refuté fermement, ces allégations et fini par obtenir gain de cause. Par rapport aux eaux de la source de Laboué qui alimente l’Oronte, les Libanais pourront en utiliser les eaux durant la période d’irrigation allant de fin avril à la mi-octobre. Ces points litigieux ont donc finalement été réglés et ont figuré dans un procès-verbal officiel qui fut signé par le ministre libanais des Ressources hydrauliques et électriques Elie Hobeika et par le ministre syrien de l’Irrigation, Abdel-Rahman Madani.
TRANSPORTS: LES SYRIENS DEMEURENT FAVORISÉS
Concernant le dossier des Transports qui comporte plusieurs problèmes à traiter et à régler, un accord a été conclu sous forme d’un procès-verbal qui fut paraphé par les ministres libanais et syriens des Transports et des Finances. Une anomalie qui sautait aux yeux, vient d’être tranchée: il s’agit des contraintes imposées aux taxis-services libanais se rendant en Syrie. Ces derniers devaient s’astreindre à un circuit et à une durée limités, alors que les taxis-services syriens se comportaient à leur guise au Liban. Désormais, les taxis-services libanais ne sont soumis à aucune contrainte. Mais, en définitive, les taxis-services syriens demeurent plus avantagés, car ils sont bien plus nombreux à circuler au Liban que les taxis libanais en Syrie. Par contre, un autre problème important n’a pas été réglé: celui de l’entrée des véhicules libanais en Syrie qui doivent payer une taxe, alors que les véhicules syriens entrant au Liban en sont exemptés. Au cours de ce week-end de travail à Damas, trois accords bilatéraux ont été signés portant: 1 - sur l’élimination de la double imposition fiscale (29 articles); 2 - sur l’encouragement et la garantie des investissements (11 articles); 3 - et sur la création de postes douaniers (7 articles), en se conformant à la législation propre à chaque pays.
LES ÉCHANGES COMMERCIAUX RÉGIS PAR LES ACCORDS DE 1953
Concernant les échanges commerciaux entre les deux pays, il n’y a quasiment pas eu de progrès. Pourtant, ces questions ont été longuement débattues. Le désaccord est dû sans doute à la politique syrienne en matière agricole et industrielle. Mais, aussi, au fait que les systèmes économiques en vigueur au Liban et en Syrie sont différents. Pour cela, les échanges commerciaux entre les deux pays continuent d’être régis par les accords de 1953. Quant à la prochaine étape, elle consiste à préparer l’ordre du jour du haut comité libano-syrien supposé se réunir au mois de février. Chaque fois qu’un accord bilatéral est signé, le citoyen libanais ne peut s’empêcher de se poser la même question: Est-il vraiment dans l’intérêt du Liban?
NELLY HELOU