LA CHRONIQUE
LES ÉGAREMENTS D’UNE PAIX MANQUÉE
De vertige en vertige, de sabo-tage en sabotage, ainsi va le processus de paix au Proche-Orient. L’année 96 aura été de mauvais augure. Le gou-vernement présidé par Benjamin Netanyahu, n’est pas prêt, semble-t-il, à respecter l’esprit ni la lettre des accords conclus à Oslo entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, célébrés en grande pompe à Washington. Le principe de l’échange de la paix contre les territoires et la création d’un Etat palestinien est loin d’être observé. Les Etats-Unis qui se veulent le médiateur impar-tial, s’alignent sur les intransigean-ces israéliennes, - realpolitik oblige! Six ans après la guerre du Golfe, le Proche-Orient demeure, un volcan en ébullition. L’impasse des négo-ciations palestino-israéliennes sur l’autonomie, fût-elle à géométrie limitée; les pourparlers syro-israé-liens au congélateur: les combats au Kurdistan, en Afghanistan et dans les monarchies du Golfe; les affron-tements israélo-palestiniens en Cis-jordanie, Gaza et Jérusalem; les agressions perpétrées contre le Li-ban; l’intégrisme exaspéré en Egypte, illustrent la fragilité d’un nouvel ordre régional, désespéré-ment attendu. A l’issue de la fulgurante et sui-cidaire campagne contre Saddam Hussein, les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux, annonçaient déjà l’avè-nement d’un ordre régional tous azimuts. Or, même les accords d’Os-lo sur l’autonomie palestinienne, n’ont pu endiguer la périlleuse érosion à laquelle nous assistons. Il est encore trop tôt pour faire le bilan de cette aventure militaire dont les incalculables retombées continuent de déstabiliser d’un bout à l’autre, le Proche-Orient. Toutefois, est-il nécessaire de rappeler ici que, ce n’est pas la pre-mière fois qu’une croisade militaire de cette envergure, se retourne con-tre ses propres instigateurs? En 1956, la campagne déclenchée par la Grande Bretagne et la France contre Gamal Abdel Nasser pour avoir nationalisé le Canal de Suez et qui aboutira à leur évincement du Proche-Orient, en faveur du tandem américano-soviétique; le renverse-ment par la CIA, en 1958, du gou-vernement de M. Mossadegh après la nationalisation du pétrole iranien, témoignent tout au long des turpi-tudes de la politique américaine au Proche-Orient et ailleurs.
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La géopolitique tout comme la nature -, le vide lui répugne! La dislocation de l’Irak, et le piteux embargo qui lui est infligé, n’ont fait que frayer la voie à un embrasement régional sans précédent, laissant derrière lui des milliers de femmes et d’enfants désemparés, dans la misère. Plus au Sud, les pays du Golfe, paient les frais du conflit de 1990-1991, où l’or noir demeure l’enjeu principal, celui des frontières ne l’étant pas moins. Les monarchies du Golfe dont la légitimité est remise en cause, se voient incapables d’assurer leurs frontières et leur survie, en dépit des fortunes colossales dépensées pour l’achat d’armes sophistiquées. L’on assiste actuellement à une mainmise en douceur, à une recolonisation de la région sous la houlette améri-caine, malgré les sentiments hostiles à son égard, éprouvés au quotidien, notamment en Arabie séoudite, où l’on condamne ouvertement la pré-sence de «troupes infidèles» sur un territoire sacré qui abrite les Lieux Saints de l’Islam: La Mecque et Médine. S’il est vrai que la guerre du Golfe a permis l’amorce des négo-ciations de paix au Proche-Orient, elle a, en revanche, imposé des postulats draconiens. Si l’OLP a reconnu l’Etat d’Israël, celui-ci, n’a pas reconnu le droit des Palestiniens à un Etat. Plus grave: toutes les résolutions onusiennes sur la Pales-tine, même la résolution 181 votée en 1947 sur le partage de la Palestine en deux Etats indépendants, ont été jetées aux orties. Quant à la résolu-tion 425, relative au retrait d’Israël du Sud Liban et de la Békaa Ouest, depuis longtemps aux oubliettes, mieux vaut n’en pas parler! Le bouclage systématique des territoires autonomes, la poursuite de la colonisation, ne font qu’éloi-gner davantage le processus de paix. En Cisjordanie et à Gaza, la vie est devenue insupportable à tous les niveaux. La ville d’Hébron, nœud gordien des négociations en cours, - les 400 colons qui y sont installés, retiennent en otage 130.000 Pales-tiniens.
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Discréditée, la politique occiden-tale, voire d’outre-Atlantique, sur les droits de l’homme et des peuples à l’autodétermination, la politique des «deux poids et deux mesures» im-posée à des opinions publiques in-duites en erreur, bloquent tout accès à la démocratie laissant peu d’espace aux libertés pour s’épanouir. Ainsi, le roi Hussein de Jordanie, pour imposer le traité conclu avec Israël a dû user d’un autoritarisme à l’an-cienne; le président égyptien Hosni Moubarak, pour battre en brêche, les Islamistes qui menacent son régime, a dû en faire autant. A Bahrein, le retour au parlementarisme, se heurte à un refus musclé des autorités régnantes. Tout, dans cette partie du monde, se fait, au détriment de la paix et de la démocratie. Un désor-dre inouï est en train de s’établir. Le fossé entre un Proche-Orient en crise et un Occident dominateur et hégé-monique, nous rappelle l’histoire de «Samson» qui s’est achevée, dit-on, à Gaza. «Fait prisonnier, rendu impuissant et aveugle, les Philistins le firent venir. Palpant les deux colonnes du milieu sur lesquelles reposait le Temple, il s’appuya contre elles, s’arc-bouta de toutes ses forces et le Temple s’écroula sur les tyrans et toute l’assistance. Les gens qu’il fît mourir, furent plus nombreux que ceux qu’il avait abattus sa vie durant». Morale de l’histoire: ainsi va le processus de Paix au Proche-Orient. Il fait plus de dégâts et de victimes que de gens heureux!
«Pour les nations obsédées par la mystique du territoire et la hantise sécuritaire, ce n’est pas la paix qui compte le plus, mais les frontières».
Andréas Papandréou (1)
(1) Andréas Papandréou, ancien Premier ministre grec.
José M. LABAKI.