EDITORIAL

Par Melhem KARAM

LE CRI... DE L’OPPRESSEUR AYANT MAL!

Certaines choses sont plus grandes que le gouverne-ment, lequel a tendance à se rapetisser face à elles... s’il le désire et s’il en a peur. Le rapetissement et la petitesse sont des jumeaux que la volonté sépare. Nous écrivons cela parce que les gouvernants se trompent parfois et c’est humain. Parfois, ils dénoncent l’erreur des autres. A ce moment, on leur laisse toute latitude de procéder à la qualification et à la classification. Une fois est tolérée, celui qui se trompe étant excusable. Sont également pardonnés, les péchés de celui qui les commet. La seconde fois, le doute surgit et il n’y a jamais deux sans trois. Quiconque commet la faute est, alors, classé dans la case de ceux qui induisent en erreur. Devons-nous citer des noms? Tout le monde sait qui est visé et celui-ci sait et feint d’ignorer, parce qu’il se veut au-dessus de toutes ces considérations, regardant une fois en haut et vingt fois en bas. Parce qu’en bas ce sont la terre, les travaux, les intérêts, l’argent, lesquels sont, avant sa propre personne, au-dessus de toutes les considérations. Le président de la République a tenu des propos que disent ceux voulant affranchir le pouvoir de l’erreur. Car l’instance du pouvoir, plus large que l’instance judiciaire, s’est trompée dans certains domaines et a commis des abus. Elle se fait peur pour dégager de la peur un courage par lequel elle terrorise les citoyens. Le président Hraoui a dégagé de ces paroles, des propos ayant effacé tout cela en le couvrant de la cendre de l’oubli. Nous avons vu plus que cela dans les paroles présidentielles. Nous y avons vu un point à la ligne... dont on se rappelle sans les redire. D’autres que le président ont dit des paroles différentes des siennes, pour couvrir ceux ayant commis des abus ou pour se couvrir eux-mêmes. Est-ce parce qu’ils ont ordonné aux auteurs de ces abus de les commettre? Peu importe, du moment que le résultat est le même... dans l’accomplissement de l’abus et de sa couverture. Notre souci est de préserver la liberté et la démocratie. A cause d’elles et pour elles, nous avons payé un lourd tribut depuis plus de vingt ans. Nous avons beaucoup sacrifié, nous Libanais et c’est ce qui nous incite à tenir ces propos. Nous avons payé de notre terre le prix de crises fomentées par les autres, sans que notre terre soit le théâtre de leurs guerres. Non, la guerre était nôtre et le reste... car nous avons agi pour les autres dont nous nous réclamons, en définitive. Parce que dans notre optique, le fait de nous entre-tuer, est un événement déterminé par le destin. Et parce que nos précédentes guerres compor-taient un peu des autres; elles n’ont pas été terminées sainement, avant que la blessure se cicatrise. Aussi, celle-ci continuait-elle à saigner... et la guerre, notre guerre, reprenait de plus belle. Et la guerre des autres, leur guerre contre nous et par notre intermédiaire, parce qu’en définitive, nous en faisons partie. Les autres ont transposé leurs guerres à d’autres scènes et à d’autres bras, car les “non” du gouvernement du Likoud ne pouvaient se traduire que par des explosions, le raidissement con-duisant naturellement, à l’explo-sion. Le fait de fermer la porte au nez des autres constitue en lui-même une invitation à la riposte chaude et explosive, laquelle provoque une riposte encore plus chaude et plus explosive. Le coup entraîne le coup et le terrorisme engendre le terrorisme... la paix étant une légende relatée durant la pause entre deux feux... le feu des coups et celui du terrorisme. Cela est-il logique? Peut-on permettre à quelqu’un de faire vivre le monde dans cette situation survoltée, parce qu’il s’est engagé avec les siens à contrer le droit et la décision internationale... la décision de Madrid à la naissance à laquelle Israël était présent? Benjamin Netanyahu, comme Yitzhak Rabin, Shimon Pérès... et plus que Pérès, est impuissant face au nœud du leadership et du commandement. Ces gens ont méconnu le leadership et n’ont pas eu accès au commandement. Ben Gourion était un leader, un chef et un homme qui prenait des décisions. Ceux-là leur décision est prise par la base qui la dicte et la leur impose; sinon la base les abandonne pour s’allier à d’autres. Nous avons chez nous des gens pareils, prisonniers comme eux de leurs paroles. S’ils s’en écartent parce qu’ils ont détecté, avec le temps, la vérité, leur coterie leur tourne le dos. Benjamin Netanyahu a peur pour son gouvernement et de son gouvernement, parce qu’il ne se maintiendrait pas s’il s’engageait dans la bonne voie, celle de la raison, de la logique, du droit et de la décision internationale. Jusqu’à ce jour, l’Etat hébreu s’est habitué à frapper les résolutions internationales avec le veto américain. Comme si la justice ne s’appliquait pas à lui. Ou comme s’il était immunisé contre ces résolutions. C’est la règle dans les organisations mondiales: elles appellent à l’engagement, sans s’engager elles-mêmes; prennent et ne donnent pas. Et l’explosion a commencé, celle dont les sages ont mis en garde, si Israël continue à rejeter tout le monde et toute chose. L’explosion est réciproque... mais il n’y a pas lieu de craindre qu’elle s’amplifie au point de se métamorphoser en guerre... ou en explosion généralisée. Car la situation doit rester sous contrôle, l’explosion devant déboucher sur l’exclamation “Aïe”, émanant de celui qui a mal. Ah! si l’oppresseur lui-même la prononçait!