LA CHRONIQUE

QUAND LA JACTANCE LE DISPUTE À L’EMPORTEMENT

Quand la règle du jeu n’est pas respectée, la sépara-tion des pouvoirs s’avère de plus en plus difficile à instaurer. Quand la Pre-mière Magistrature est contestée et condamnée à vivre, réfugiée dans un palais où elle règne sans gou-verner, avec un pouvoir démuni de toute attribution, mieux vaut ne pas plaider en faveur d’une démocratie, bafouée par ceux-là mêmes qui se veulent ses zélotes chevronnés. Les épreuves de force contre les trois pôles du pouvoir continuent de faire école au Liban. Dans l’état de disgrâce où elle se retrouve, vilipendée de toutes parts, la classe dirigeante ne vit pas ses plus beaux jours. La perfectibilité qu’on lui réclame n’est pas sa vocation. On comprendra bien que des tirs violents et croisés la prennent constamment pour cible. L’accord de Taëf, ce fameux “Take or Break” est un avorteur exceptionnel dans les annales libanaises. Ses hérésies ont coûté excessivement cher aux Libanais, ils en subissent encore et peut-être pour longtemps, les néfastes conséquences à tous les niveaux. Elles devraient faire rougir de honte ses promoteurs. Le Liban dont la Providence avait fait une merveille, à quoi l’ont-ils réduit ces songes-creux livrés à leurs divagations? N’est-il pas grand temps, de faire la chasse aux fauves et d’en finir avec la dualité des pouvoirs qui paralyse nos institutions au point de rendre toute réforme impossible? De rendre à chaque pouvoir l’intégralité de ses attributions, sans plus? Encore faut-il rappeler en l’occurrence que la “Première Magistrature” n’est pas le symbole de l’Exécutif, ni du Législatif, mais le représentant du Liban et l’ultime “maître horloger”. Rassurons les esprits chagrins et les inquisiteurs, aussi haut placés soient-ils: la Présidence de la République n’est pas “un scénario où le roi prend la diagonale du fou sautant seul, partout, sur l’échi-quier, quitte à être confondu dans la tourmente, tel un simple figu-rant.” Le président de la Républi-que, est la figure emblématique du pays, mais aussi et surtout, l’arbi-tre qui doit être entendu. Cessons donc d’induire les Libanais en erreur et lancer le Liban dans un avenir à reculons. Désormais, aucun esprit réfléchi digne de ce nom, ne se laisserait prendre par les appels fallacieux prodigués au quotidien par l’étran-ge cohorte dont on connaît bien le nom et l’adresse, œuvrant inlassa-blement à discréditer la Présidence de la République.

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Toutefois, au Liban, les réfor-mes toujours promises, sont toujours remises ou remises en cause. Le temps perdu demeure comme celui de l’occasion perdue. Le réformisme, entendu comme tel, se perd toujours entre le Sérail et l’Hémicycle, où gisent tous les projets de loi afin que, longtemps après, ils ressurgissent amendés et cahin-caha. Parallèlement à ce phénomène routinier, chaque gou-vernement publie sa thématique de réformes herculéennes, pour annoncer quelques jours après que rien ne se fera aussitôt. La politi-que des petits pas sur un tapis qui roule à contre-sens étant l’unique carte à jouer. Mais, les faits sont têtus. Ce sont les turpitudes et les bavures à gogo qui ont toujours porté le président Hraoui à sonner l’alarme pour mettre de l’ordre dans la maison, d’aborder en toute fran-chise et en profondeur les réformes constitutionnelles, et les problè-mes brûlants qui affectent la bonne marche des institutions, dont le poids harrassant continue de peser sur la vie publique. Or, le mal qui ronge les institutions ne réside pas tant dans la persistance de séparer les pouvoirs, mais dans l’interpré-tation de la Constitution, dont l’amendement devient un impé-ratif. Notre cuirasse, la seule peut-être, face aux obstacles qui entra-vent l’Etat de droit, c’est l’entente entre les trois pôles du pouvoir dont l’esprit, le style et la valeur exigeraient une cohabitation loya-le, soutenue par une majorité populaire sans faille. C’est dans cette seule direction que tout devrait s’acheminer. Ce qui se mijote actuellement sur la scène politique, c’est le fri-cotage de la cohabitation, celui de la carpe et du lapin, où les pou-voirs s’échinent, toutes apparences sauvegardées, à consumer l’adver-saire, advienne que pourra! Faut-il rappeler ici ce libellé de Machiavel: “La clémence du prince à l’égard d’un adversaire redoutable, profite toujours à son auteur.” Lorsqu’on sait qu’un pouvoir démocratique, ne peut braver la démagogie qu’à l’arraché, on mesure dès lors, la perversité de cette batârdise. Elle accouchera soit d’une crise de régime, soit d’un Exécutif “flanelle”. L’intérêt des Libanais est évi-demment d’éviter cette décadence byzantine. Pour les tenants du pou-voir, c’est une affaire de confiance et de crédibilité. Derrière les hom-mes et leurs programmes, il y a la conscience nationale qui tranche, elle devrait s’imposer. Le Liban s’est toujours passionné pour ses “élites”, ont-elles failli à leur mis-sion d’éclaireurs? La politique est décidément ce filon inépuisable, dont on ne se lasse pas quand il est bien exploité.

“La classe politique est déboussolée, vivant à la merci de tous les emportements, à contre-sens de l’Histoire”.

(Michel Chiha, au Cénacle libanais).

José M. LABAKI.