DEUXIÈME INVESTITURE DE BILL CLINTON
«LE FUTUR EST À NOUS», ANNONCE LE 43e PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS
Sur la colline du Capitole, le président salue la foule, encadré de Newt Gingrich, “speaker” de la Chambre des représentants et du sénateur démocrate du Kentucky, Wendell Ford.
Par Evelyne Massoud.
Au faîte de sa popularité - 60% des Américains trouvent qu’il fait du bon travail -, Bill Clinton a entamé le lundi 20 janvier la version bis de son entrée à la Maison-Blanche, à l’instar de Franklin Roosevelt, son prédécesseur démocrate élu pour deux mandats successifs. Cérémonial immuable depuis 200 ans consacrant par un serment de 35 mots sa seconde investiture. Certes, du déjà vu et entendu dans une sorte de réédition où l’enthousiasme de janvier 1993 a baissé d’un cran sans diminuer pour autant la splendeur et la somptuosité des festivités qui auront coûté quelque 31 millions de dollars. C’est que les Américains savent faire la fête autant pour regénérer leur ego que pour accueillir leur ancien-nouveau président. La fête a déroulé sur trois jours successifs pas moins de quinze bals, des dizaines de concerts, des spectacles, des défilés, à l’instar d’un kaléidoscope: Couleurs d’un temps où le folklore accompagne l’histoire.
|
|
|
«INDOORS-OUTDOORS» CÉLÉBRATIONS
En dépit d’une température glaciale oscillant entre -15° et -10°C, les Américains se sont retrouvés sur le Mall au cours du week-end pour chanter: «Vous et moi construisons un pont vers le XXIe siècle». Cette phrase à l’effet magique ayant constitué le thème central de Bill Clinton lors de sa campagne électorale, a traversé toute la fête qui s’est concentrée sur le Mall lequel s’étend, au centre de Washington, sur d’immenses pelouses vertes du Capitole à la Maison-Blanche. Sept immenses tentes chauffées avaient été dressées sur ce Mall, de même qu’un petit pont multicolore. Des tentes à thèmes où l’on retrouvait les «cuisines multi-ethniques», la «tente de la technologie» avec un courrier électronique permettant d’adresser ses vœux au président, la «tente du millénaire» réservée aux enfants, la «tente des penseurs» où l’on réfléchissait aux côtés d’Elie Wicsel, prix Nobel de la paix 1986 et Betty Friedman, entre autres, sur les défis du XXIe siècle. Spectacles de danses, chorales, concerts, gospels, rythm and blues, musiques indiennes. Le tout offert gratuitement au peuple américain qui eut droit à dix feux d’artifice tirés dans la nuit de Washington. Si la journée du dimanche avait débuté par deux messes pour le couple Clinton qui ne cache pas ses convictions religieuses, elle s’est achevée par le gala présidentiel honoré par plusieurs grandes stars dont Stevie Wonder, Gloria Estéphan, Candice Bergen, Michael Douglas lesquels ont apprécié le panorama de la musique américaine contemporaine allant du rock’n roll au rythm’n blues, de même la chanson d’Aretha Franklin dédiée à Martin Luther King dont on commémorait lundi le souvenir et auquel Clinton rendra un vibrant hommage dans son discours d’investiture.
UN DISCOURS DE 22 MINUTES POUR ENTRER DANS LE XXIe SIÈCLE
Bill Clinton a peaufiné longtemps son discours pour le rendre historique. En fait, contrairement à ceux de ses prédécesseurs, il a porté essentiellement sur des questions domestiques, confirmant le peu d’intérêt que les Américains portent à la politique étrangère de leur pays. La main sur la Bible tenue par Hillary, le 43e président des Etats-Unis a prêté serment: «Moi William Jefferson Clinton, jure solennellement de maintenir, protéger et défendre la Constitution américaine». «So help me God», a-t-il achevé tandis qu’il était salué par 21 coups de canon. Revenant sur le thème qui lui est cher: établir un pont vers le XXIe siècle, le président Clinton a estimé que les Américains avaient aujourd’hui «une chance réelle pour construire une vie meilleure dans un futur qui dépend de nous». Que notre pont «soit assez large, assez fort pour permettre à chaque Américain de le traverser avec le rêve américain vivace pour tous nos enfants». Justement, ces enfants que nous voulons protéger afin que dans des rues devenues sûres «personne ne puisse tirer sur eux ou leur vendre de la drogue» ou les menacer par des armes chimiques ou nucléaires. «Nous avons besoin d’un nouveau sens des responsabilités pour un siècle nouveau. (...) Le challenge de notre passé reste le challenge de notre futur». Certes, «la prospérité et la puissance sont importantes, maintenons-les mais n’oublions pas que le plus grand progrès s’effectue dans notre tête et dans l’esprit humain.
Bill et Hillary Clinton au cœur de la fête.
EN DEMOCRATIE ET NON SOUS LA DICTATURE
Pour la première fois dans le monde, la plupart des gens vivent en démocratie plutôt que sous la dictature. Il est nécessaire que la plus grande démocratie du monde prenne la tête de tout un monde de démocraties. Aujourd’hui à “l’ère de l’information, l’Amérique est la seule nation incontournable”. “De la hauteur de cette tribune et du sommet de ce siècle, allons de l’avant. Dieu bénisse l’Amérique!” Hillary en rose saumon et Chelsea en mauve, au bord des larmes, embrassant chaleureusement l’époux et le père qui vient d’achever un discours de 22 minutes. Applaudissements nourris autour des marches du Capitole où se tient la cérémonie. Al-Gore a déjà prêté serment après une prière récitée par le révérend Billy Graham. Le chœur et l’orchestre de Little Rock qui présentent “Glory, glory allélulia” émeuvent considérablement Bill Clinton qui retrouve, également, un fils de l’Arkansas en écoutant le poème composé pour lui par l’écrivain Miller Williams. La prestation de celui-ci est suivie de celle de la cantatrice Jessye Norman interprétant un hymne composé pour la circonstance. Autre contribution, celle de Santita Jackson, fille du révérend Jesse Jackson, chantant l’hymne national américain. Par-delà le serment et le discours, c’est surtout la parade sur Pennsylvanie Avenue remontée par le couple présidentiel qui éblouira le plus les Américains. Défilé haut en couleurs de l’Amérique multi-ethnique représentée par 37 Etats s’exprimant par drapeaux, fanfares, chevaliers interposés, en présence de 8.000 personnes venues de toutes les parties de l’Amérique. Devant cet éblouissant spectacle, le général Alexandre Lebed qui brigue la succession d’Eltsine et a été invité aux cérémonies d’investiture par un groupe du Congrès américain, s’est exclamé: “Quand je serai président, je voudrais la même parade”. Le soir, le couple présidentiel a dû assister à une quinzaine de bals auxquels ont participé près de 70.000 personnes. Hillary, la First Lady la moins populaire de l’histoire récente des Etats-Unis, s’est fait remarquer au bal de la 52e investiture par une toilette signée Oscar de la Renta: une longue robe de tulle rebrodée, relevée d’une cape de satin assortie. Tipper Gore, l’épouse du vice-président, a porté une robe empire signée par un jeune talent new-yorkais Jennifer George. Dentelle grenat et or, manteau de velours grenat doublé de satin noir. Sur la doublure, brodés les noms des 50 Etats américains.
Moment de recueillement pour le couple présidentiel à l’église.
“UN TACTICIEN SANS STRATEGIE”?
Celui qu’une certaine presse française a qualifié de “tacticien sans stratégie” a dû au lendemain de son investiture se pencher sur la question du budget non sans avoir à l’esprit les multiples armes que les républicains fourbissent à l’ombre du Capitole. Ils pourraient, dans les semaines à venir, remettre sur le tapis le problème du financement, par la filière asiatique de la campagne électorale du président, remettre sur selle le FBI gate, l’affaire Whitewater et même écouter, attentivement, cette Paula Jones qui n’en finit pas d’accuser Bill Clinton de harcèlement sexuel du temps où il était gouverneur de l’Arkansas. Il est vrai que les seconds mandats présidentiels n’ont jamais réussi aux présidents américains lesquels en rééditant leur entrée à la Maison-Blanche désiraient marquer l’histoire contemporaine. Cette préoccupation n’est pas étrangère à Bill Clinton qui entame son second et dernier mandat et planche déjà sur deux grands dossiers: la Chine et l’Otan, annonçant deux sommets programmés dans le courant de cette année avec ses homologues russes et chinois. “Le futur est à nous”, a-t-il déclaré, sur le parvis du Capitole. La conquête du monde par l’Amérique se poursuit.