EDITORIAL

Par Melhem KARAM
Même ceux qui ont propagé le négativisme au point de s’être collé à eux et de devenir l’un de leurs éléments vi-taux, même ceux-là sont impuis-sants à faire du positivisme quand l’heure sonnera. Le néga-tivisme... l’extrémisme sont ché-ris des gens; ils les influencent et les poussent en avant. Ceux qui sortent de la case du négativisme pour accéder au pouvoir, devien-nent perplexes lorsqu’ils sont tenus de soutenir «l’argument de l’Etat». Nous écrivons cela à l’occa-sion de la signature du protocole d’Hébron, parce que cet accord a ébranlé la majorité gouvernante en Israël. Il était supposé ébranler des gouvernants arabes... mais la cohésion arabe suffit à conserver un minimum de solidarité. Même cette limite, la «cohésion» arabe ne l’avait pas atteinte. Israël paraît, aujourd’hui, plus cohérent que les Arabes, surtout le jour où la question du Proche-Orient est posée. Parce que l’Etat hébreu, non les Arabes, constitue l’entrave à la paix. Benjamin Netanyahu, a été élu le 29 mai dernier, parce que le juif... non l’Arabe, cette fois, a craint de parvenir à la paix de la capitulation. L’histoire est relative, naturellement. La paix de la capitulation était un sujet de crainte arabe et est devenue, à un moment donné, un sujet de crainte pour les juifs. Chacun selon sa vision, partant de principes sur base desquels il écrit les pactes de la paix... et de concepts émanant du temps de la division, de la défaite et des pressions. L’accord d’Hébron a été approuvé par une majorité de deux voix au Conseil des ministres israélien. Il a valu à Netanyahu des paroles pareilles à celles que lui-même et les gouvernants du Likoud, ceux d’aujourd’hui, ont dites sur Yitzhak Rabin et, après lui, sur Shimon Pérès. Ces paroles ont été passées sous silence après l’assassinat de Rabin. Le silence était motivé, alors, par la peur que la colère et le sang se déversent sur les autres. En d’autres termes, l’accord d’Hébron a coûté à l’extrémiste israélien beaucoup de sa crédibilité auprès de ceux qui l’avaient cru. Ce qui suivra sera plus difficile, car le processus de paix, semble-t-il, ne s’arrêtera pas. De toute façon, il n’a pas commencé pour qu’il s’arrête. Nul ne peut plus imaginer le Palestinien retournant à sa terre... et nous ne discutons pas, aujourd’hui, la modalité de son retour. Pour qu’il y reste sous l’autorité israélienne, comme avant «Gaza et Jéricho, d’abord», qui était un mot significatif entaché de peur, ce qui se passe étant trop beau pour être cru. Le retour, avec ses aléas, était un destin. Yasser Arafat en a porté le fardeau et a marché, parce qu’il savait que «Gaza et Jéricho, d’abord» était le début du chemin devant mener à l’Etat palestinien. Les juifs eux-mêmes ont déjà défini la forme de cet Etat: sa configuration, ses structures, ses statuts, ses armes et jusqu’à ses frontières, eux qui n’aiment pas tracer des frontières. Ils le veulent, il est vrai, un Etat faible; mais ayant un drapeau, un passeport et un siège dans les organisations régionales et internationales, le temps étant l’arbitre, en définitive. L’Etat palestinien sera, avec le temps, un «Etat» ou ne sera pas. C’est pourquoi, il n’est plus question de discuter de son existence, mais de la question des frontières. Une question d’existence... non une question de frontières, disent-ils. Tout cela a changé depuis longtemps... depuis 1973. Surtout depuis 1974, après le discours prononcé par le chef de l’OLP à la tribune de l’ONU, en tenant une branche d’olivier dans sa main droite et le fusil dans sa main gauche. Ce jour-là, Yasser Arafat lui-même ne croyait pas que le fusil serait l’option, bien que beaucoup d’explosions, de bruit et de violence aient escorté depuis lors le processus... Etant donné qu’il s’agissait d’une escorte s’orientant, à travers les tranchées et les champs de mines, vers la paix. L’accord d’Hébron n’est pas une étape... dure et les prochaines étapes le seront davantage, car le négociateur israélien est très difficile. Mais il arrivera, en fin de compte, à la vérité de la paix. Comme si la paix était devenue imminente. C’est une dynamique qui a marché sans s’arrêter. Elle trébuche, oui. Elle s’arrête? Non. Après Hébron, le Liban et la Syrie. Le Sud reviendra au Liban et le Golan à la Syrie, le raidissement dans l’attitude provoquant, parfois, la rupture des négociations, laquelle améliorera les positions et enjolivera les conditions. Ceux qui vont aux négociations de paix, doivent commencer par le début, en persuadant les leurs de la paix, car la surprise des gens par ce qu’ils n’attendent pas, engendre la réplique du refus, ce dernier étant toujours la riposte de celui qu’on surprend. Dire que Hébron est une fin engendrera dans l’état d’âme en Israël un refus, une rébellion et entravera le processus. Le gouvernant et l’administré doivent être francs envers eux-mêmes, sinon le gouvernant récoltera la colère de l’administré par son manque de franchise.