LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

  

Après une visite à Damas, le chef du gouvernement est parvenu à amener les chefs de l’Etat et du Législatif à mettre fin à leur polémique. Mais si la trêve a été rétablie entre Baabda et Ain el-Tiné, les divergences entre les deux pôles du pouvoir persistent... Cependant, un nouvel élément se pose: des membres de l’Assemblée réclament la formation d’une commission parlementaire pour enquêter sur les accusations échangées par les présidents de la République et de la Chambre...

TRêVE ENTRE BAABDA ET AïN EL-TINé MAIS LES DIVERGENCES PERSISTENT...

C’était prévu: Damas est entré en ligne pour dissiper la tension ayant caractérisé, au cours de la dernière quinzaine, les rapports entre les chefs de l’Etat et du Législatif, à la suite de la dénonciation par le second de la “troïka” dont il fait lui-même partie. Ainsi, à son retour des bords du Barada, le chef du gouvernement, qui avait adopté jusque-là une attitude de neutralité dans le conflit ayant opposé ses “associés” au pouvoir, a fait la navette pendant deux jours entre le palais de Baabda et Aïn el-Tiné, tout en niant être chargé d’entreprendre une médiation. Cependant, à sa sortie dimanche en fin d’après-midi d’une entrevue avec le président de la République, M. Hariri annonçait que “la page avait été tournée” et que le président Nabih Berri avait renoncé à sa conférence de presse prévue pour lundi, à l’effet de répondre au chef de l’Etat... Toutefois, les milieux proches du président de la Chambre, s’empressaient de préciser que “tout en acceptant d’observer une trêve sur le plan de la polémique, M. Berri n’avait pas modifié sa position envers la troïka”. Et, surtout, qu’il insistait toujours “sur la nécessité de s’en tenir au principe de la séparation des pouvoirs, sans exclure la coopération entre ces derniers”. C’est net, clair et précis. En fait, c’est ce qui doit se produire, si on s’en tient aux termes de la Constitution... La “troïka” a fini, tout le monde le reconnaît, par perturber la vie politico-parlementaire au Liban; autrement dit, à la paralyser. “La troïka, a dit dimanche le vice-président de l’Assemblée - qu’on ne peut classer parmi les opposants - est devenue un lourd fardeau pour le système politique. De plus, c’est une formule anti-constitutionnelle et anti-démocratique”. On ne peut être plus explicite... Aussi, est-il d’avis que les trois présidents assument leurs responsabilités et exercent leurs prérogatives dans le cadre défini par la Constitution. Et d’ajouter: “Le chef de l’Etat doit jouer le rôle d’arbitre et non de partie et faire respecter les textes constitutionnels. Nous souhaitons donc que la troïka tombe sans espoir de retour”. Dans son homélie dominicale, S.Em. le cardinal Nasrallah Sfeir a émis ces judicieuses réflexions “Quiconque a en charge des responsabilités est tenu de se conformer à la Constitution et de veiller à la stricte application des lois. A ce moment, les différends ne porteront plus sur les mouvements administratifs, les promotions d’officiers, les réformes constitutionnelles, les élections municipales, le partage des parts, etc... L’Etat retrouvera sa crédibilité et son prestige”. Notre souhait le plus cher, celui de tout Libanais bien pensant, est de voir la République s’engager, enfin, sur la voie susceptible de la conduire vers une pratique saine de la démocratie.

En plus des questions d’ordre économique et en marge de la réunion du comité de suivi et de coordination interministériel libano-syrien (notre photo), les chefs de gouvernement des deux pays ont échangé les vues sur la coordination en matière d’affaires étrangères, spécialement au plan des pourparlers de paix avec Israël, que Netanyahu espère pouvoir reprendre “dans quelques semaines”....

COOPÉRATION ÉCONOMIQUE ET COHÉSION LIBANO-SYRIENNES FACE À ISRAËL

“Comment est-il possible d’équilibrer la balance commerciale, largement déficitaire pour le Liban?” Cette question, nous l’avons posée la semaine dernière, au terme de la réunion libano-syrienne de Damas. Avant de regagner Beyrouth, le président Rafic Hariri avait écarté la possibilité d’instaurer l’unité économique entre les deux pays, pour la raison que les systèmes adoptés - économie dirigée pour la Syrie et économie libérale pour le Liban - rendent difficile une telle éventualité. Le comité de suivi et de coordination interministériel libano-syrien a siégé de nouveau lundi sur les bords du Barada, aux fins de parafer les accords, protocoles et mémorandums conclus les 11 et 12 janvier et prendre acte des accords signés depuis 1994 dans les domaines de l’énergie, de l’eau, des transports, agricole, des rapports économiques, de la circulation des personnes et des biens, industriel, sanitaire et pétrolier. M. Hariri a, une fois de plus, attiré l’attention sur la différence des systèmes appliqués dans les deux pays et ailleurs dans le monde arabe, en observant que “des blocs économiques sont en train de se former partout, alors que nous agissons en rangs dispersés, indépendamment les uns des autres”. Pour pouvoir équilibrer notre balance commerciale, il faut donc éliminer les obstacles entravant le libre échange des marchandises. “Si nous n’y parvenons pas dans les prochains mois, ajoute M. Hariri, chacun devra affronter séparément les difficultés provenant des blocs économiques en voie de formation.” Cela dit, peut-on ne pas évoquer les sujets débattus en plus des questions économiques, à savoir: la coordination en matière d’affaires étrangères, spécialement au plan des pourparlers de paix, sous l’angle de “l’indissociabilité de la position libano-syrienne” face aux convoitises de l’Etat hébreu? Mais ces pourparlers ont-ils quelque chance de reprendre et à quelle date? Démentant les déclarations qui lui ont été attribuées sur le Golan, Netanyahu prévoit la relance des négociations avec la Syrie “dans quelques semaines, avec l’aide de Washington”. Cependant, le porte-parole du département d’Etat, Nicholas Burns, doute que le dialogue puisse être engagé prochainement entre Damas et Tel-Aviv... A ce propos, il sied de signaler la conférence que tiendront ce samedi 25 janvier à Amman, les ambassadeurs russes accrédités dans les pays du Proche-Orient, aux fins d’examiner les moyens de réactiver le processus de paix, la Russie, rappelons-le, en étant le second “parrain”. D’autre part, le président Clinton vient d’entamer son second quadriennat; aussi, est-on curieux de connaître la stratégie sur base de laquelle il se propose de pacifier cette région du globe.

Les développements survenus au double plan local et régional au cours des dernières semaines, en particulier la signature du protocole d’Hébron, font craindre de plus grandes pressions de la part d’Israël sur le Liban et la Syrie. Aussi, la consolidation du front intérieur s’impose-t-elle plus que jamais, pour déjouer les complots de notre voisin du Sud. Le président Hariri en a discuté à Damas avec M. Khaddam (notre photo).

POUR DÉJOUER LES COMPLOTS CONSOLIDONS LE FRONT INTÉRIEUR

Les négociations reprendront-elles sur les volets libano-israélien et israélo-syrien, après la signature du “protocole d’Hébron”? Rien n’est moins sûr, du moins leur reprise n’est pas pour bientôt. Benjamin Netanyahu, passé maître dans le système de la douche écossaise, reprend son double jeu, faisant alterner les prises de position conciliantes et dures ce qui, en fait, s’inscrit dans sa tactique louvoyante, destinée selon son optique à avoir l’adversaire à l’usure. “Nous trouverons le moyen de relancer les pourparlers avec la Syrie, dans lesquels les Etats Unis joueront un rôle, dès que la nouvelle administration du président Clinton aura été mise en place”, a déclaré le chef du gouvernement israélien dimanche dernier. Mais en même temps, un quotidien français lui ayant attribué des propos dont il ressort que “le plateau du Golan n’est absolument pas négociable”, le porte-parole de Netanyahu a qualifié ces propos “d’inexacts”, en assurant que ces derniers avaient été “mal interprétés”. Une autre question litigieuse opposant Damas à Tel-Aviv: les Syriens tiennent à reprendre les négociations au point où elles ont abouti au moment de leur suspension en février 1996. Les milieux israéliens répliquent: on ne peut exiger d’un nouveau gouvernement d’adopter la même position que le précédent Cabinet. “Tant que les Syriens ne comprendront pas cela, il sera impossible de reprendre les négociations”. Selon un journal de Tel-Aviv, le “Yédiot Aharonot”, l’Egypte préparerait la reprise des pourparlers sur base d’un compromis, en vertu duquel Netanyahu accepterait l’échange de la terre contre la paix. De son côté, le président Hafez Assad n’exigerait plus la reprise des négociations au point où elles ont abouti... Mais cette nouvelle n’a pas été confirmée jusqu’ici par le Caire. En ce qui concerne le Liban et plus particulièrement sa partie méridionale, Uri Lubrani, coordonnateur israélien, a nié l’intention prêtée à l’Etat hébreu de vouloir déclencher une opération militaire d’envergure, tout en affirmant que “la solution au Liban-Sud sera politique avec l’accord de Damas”. Et d’ajouter: “Nous nous sommes embourbés en 1982 dans le marécage libanais; nous ne commettrons plus la même erreur” (sic). “Haaretz” rapporte sur la foi d’un responsable du bureau personnel de Netanyahu que celui-ci propose le retrait de “Tsahal” du Liban-Sud où l’Armée libanaise se déploierait pour pacifier la région frontalière et mettre un terme aux opérations de la résistance... l’Armée du Liban-Sud (du général Lahad) devant, dans ce cas, rallier nos forces régulières. Cela a tout l’air d’une relance de la formule “Liban, d’abord’ que Beyrouth et Damas ont rejetée, parce qu’à leur avis elle vise à dissocier les volets libanais et syrien et, partant, à asséner un coup à la solidarité syro-libanaise. Comme on le constate, notre voisin du Sud perpétue sa politique pernicieuse, faite de duplicité et de faux-fuyants, aux fins d’entretenir la confusion dans nos murs et pouvoir continuer à pêcher en eau trouble. C’est pourquoi le renforcement du front intérieur et sa cohésion sont plus impérieux que jamais, pour déjouer les plans séditieux d’Israël.

ECHOS ET REFLEXIONS

“DROIT AU SILENCE”...

Comme à son habitude, le ministre des Déplacés a usé d’un ton sarcastique en évoquant, dimanche dernier au cours d’une séance oratoire à Anout, les démêlés signalés au sein de la troïka “qui a été pire que le Pacte de 43”. “En l’absence d’une démocratie véritable, a dit Walid Joumblatt, avec les débordements des organismes de sécurité - allusion aux râfles de fin d’année - et dans le climat des scandales, il est possible que les députés membres du Front de lutte nationale (se réclamant de son parti socialiste progressiste) déposent sur le bureau de la Chambre, une proposition de loi préconisant le “droit au silence” ...“Parce que du train où vont les choses chez nous, il n’est pas impossible qu’une décision soit prise prohibant le... silence”. Relevant, d’autre part, “une série d’anomalies dans la vie politique”, le “maître de Moukhtara” juge impérieux de mettre un terme à ces polémiques opposant les gens du Pouvoir, parce qu’elles les éclaboussent tous, “aucun d’eux n’ayant une tente-au-dessus de sa tête”. M. Joumblatt a émis, aussi, une réflexion pour dire, en substance, que “celui dont la maison est en verre, doit s’interdire de lancer des cailloux”! Quatre députés: Mohamed Raad, Mohamed Abdel-Hamid Beydoun, Zaher el-Khatib, Moustapha Saad et Michel Samaha, ancien ministre et parlementaire, ont abondé dans le même sens. De leurs interventions autant virulentes que celle du ministre des Déplacés, on peut tirer la déduction suivante: la “troïka” est une “innovation impopulaire que peu de citoyens sont en mesure de digérer et de supporter davantage”. A bon entendeur, salut!

Edouard BASSIL.