VIE COMMUNAUTAIRE

LES FÊTES RELIGIEUSES ET LEURS TRADITIONS

UN MESSAGE DE CONVIVIALITE

Le Croissant et l’Etoile, symbole de convivialité.

La période des fêtes des différentes communautés est, peut-être, celle qui symbolise le mieux le principe de la convivialité, laquelle fait la force et la spécificité du Liban, tout en le démarquant de son environnement arabe, proche-oriental et même du reste du monde. Sans être présomptueux ou catégorique, il est peu probable que ce modèle convivial soit vécu ailleurs, tel qu’il l’est au pays des Cèdres qui regroupe dix-huit communautés.

RESPECT DES TRADITIONS

Lors de la Noël et à l’occasion du Nouvel An, passant dans une des rues commerçantes et très animées de la banlieue-sud de Beyrouth, considérée comme fief des intégristes chiites, j’ai remarqué, des décorations de Noël et du Nouvel an dans la rue et des vitrines dont l’aménagement était inspiré de la Nativité. La pâtisserie du coin présentait des bûches et du chocolat truffé. Dix jours plus tard, ce fut le début du Ramadan et des calicots appelant au respect de ce mois sacré pour l’Islam sont venus s’ajouter aux décorations de Noël, la pâtisserie ayant remplacé les bûches par le “kellaj”. Ce n’est, certes là, qu’un exemple significatif quand même révélant à quel point au Liban, chrétiens et musulmans participent les uns avec les autres aux traditions de leurs communautés respectives. A Noël, à Pâques et à la St Maron, les musulmans se font un devoir d’adresser leurs vœux aux chrétiens qui en font de même lors des fêtes du Ramadan et de l’Adha. Aux innombrables iftars, la participation chrétienne est remarquable, musulmans et chrétiens se retrouvant sous ces tentes dressées pour le mois du jeûne. Mais concernant ces tentes, il est quand même important de relever qu’elles ne font pas partie des traditions libanaises. “Importées” des pays arabes, elles détonnent dans le contexte libanais et ses coutumes. Les festivités qui se déroulent dans certaines régions ne correspondent pas vraiment à l’esprit du Ramadan et on comprend, en quelque sorte, les critiques et condamnations formulées par des courants sunnites et chiites intégristes.

Dans la banlieue-sud: une décoration de Noël entourant le fanion du “Hezbollah”.

COMPRENDRE LE DROIT A LA DIFFERENCE

Cette participation conviviale, la perpétuation des coutumes et tradi-tions prouvent, après tout, que vingt années de guerre, de tentatives de con-fessionnaliser le pays, de provoquer des clivages et des cloisonnements, n’ont pas réussi à étouffer l’élan spontané du peuple libanais et son attachement à ses valeurs ancestrales. Lorsqu’on côtoie des Arabes et des Occidentaux, on réalise à quel point le Liban jouit d’une structure sociologi-que particulière et privilégiée. Je ne prétends pas pour autant, que la situation dans le pays est idyllique; que l’on a dépassé les clivages des cultures, des religions et des idées... Après une si longue épreuve, il y a des blessures pro-fondes qu’il faut soigner et panser. Toute génération a grandi dans l’ignorance de l’autre. Il y a encore du confessionnalisme dans les cœurs et les esprits; plus d’une barrière à éliminer. Un travail de longue haleine et en profondeur est à faire pour ancrer dans les esprits et les mentalités le principe primordial du “droit à la différence”, du respect d’autrui, de la valeur du dialogue et de la possibilité de s’affirmer sans chercher à s’éliminer mutuellement.

UN FERMENT POUR L’AVENIR

La participation populaire aux traditions des fêtes musulmanes et chrétiennes a survécu à l’épreuve de la guerre et pourrait être le ferment à partir duquel on devrait apprendre à mieux se connaître mutuellement; pour mieux s’accepter. Lors du Synode pour le Liban, certains prélats et laïcs ont, par exemple, proposé qu’on apprenne dans les écoles à la fois le Coran et l’Evangile. L’idée pourrait être retenue. L’essentiel est de rationaliser le courant populaire, de concrétiser le principe de la convivialité. Nos aïeux ont vécu dans le respect des traditions et coutumes propres à chaque communauté. Aujourd’hui, une fois de plus les Libanais de toutes confessions prouvent leur volonté de vivre en commun. A eux de la traduire dans les faits et les actes.

NELLY HELOU.