FRUCTUEUSE VISITE D’INFORMATION À BEYROUTH DU
MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DU LUXEMBOURG


Les délégations libanaise et luxembourgeoise au cours d’une séance de travail.

La détermination de l’Europe à jouer un rôle actif dans les pourparlers israélo-arabes conduit régulièrement dans la région et chez nous des responsables des pays de l’Union Européenne. Ainsi, dans le cadre d’une tournée d’information au Proche-Orient, le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg (pays qui va présider le conseil de l’Union Européenne durant le 2ème semestre de 1997), M. Jacques Poos vient de passer 24 heures à Beyrouth, après avoir visité successive-ment la Jordanie, l’Egypte, Israël, la Syrie et Gaza. Durant sa brève visite au Liban, M. Poos s’est entretenu avec le président de la République, M. Elias Hraoui, le Premier ministre M. Rafic Hariri et avec son homologue libanais Me Farès Bouez. Avec chacun de ses interlocuteurs, il a discuté de l’évolution du processus de paix au Proche-Orient et du dialogue entre l’Union Européenne et les pays du Sud de la Méditerranée, et cela dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen instauré lors de la conférence de Barcelone. M. Poos s’est, également, réuni avec les chefs des missions diplomatiques européennes accrédités à Beyrouth. DEUX FAITS MARQUANTS Outre la quête d’informations sur l’évolution du processus de paix dans la région, deux faits ont marqué la visite de M. Poos: sa coïncidence avec la signature de l’accord israélo-palestinien sur Hébron et le renforcement de l’amitié entre le Luxembourg et le Liban, à la faveur de «similitudes» et de «points communs» entre les deux pays, (liés par la franco-phonie), évoqués en ces termes par le ministre luxembourgeois: «L’un de ces principaux points communs réside dans la nature des problèmes auxquels les petits pays sont confrontés avec leurs voisins. Ces petits pays sont souvent contraints d’affirmer leur identité et de défendre leurs intérêts face à leurs voisins avec lesquels ils sont parfois en conflit».

Le Premier ministre Rafic Hariri en saluant M. Poos. A gauche, le ministre Bouez.

UN RÔLE ACTIF POUR L’EUROPE

Au terme de ses entretiens au minis-tère des Affaires étrangères, M. Poos a tenu une conférence de presse conjointe avec le chef de la diplomatie libanaise Me Farès Bouez, au cours de laquelle il s’est déclaré «frappé par le fait que dans tous les pays arabes visités ces derniers jours, ainsi qu’en Israël, on demande un rôle plus actif de l’Europe» dans le processus de paix. «Partout, a-t-il enchaîné, on compte beaucoup sur l’appui européen qui est nécessaire (...) et voilà pourquoi tous les pays européens vont contribuer à s’intéresser très activement au processus de paix et offrir leurs bons offices à toutes les parties qui en ont besoin». Il a, également, estimé que les pourparlers entre Israël d’une part, la Syrie et le Liban de l’autre, devraient être menés de pair. Et il a affirmé à ce sujet: «D’un point de vue logique et politique, on ne peut traiter le Liban et la Syrie séparément. Ils doivent être traités sur un pied d’égalité avec un certain parallélisme, bien que les modalités puissent varier en tenant compte des intérêts et des situations particulières.» «Tout le processus de paix au Proche-Orient - nous l’avons compris lors de notre tournée - est un processus global», a-t-il ajouté, avant de rappeler la position de l’U.E. en ces termes: «La solution définitive doit tenir compte du droit international tel qu’il a été fixé par les résolutions de l’ONU et du principe de la terre contre la paix». Si nos amis israéliens acceptent ce principe, une négociation est possible sur les modali-tés, les garanties de sécurité et les délais». Parlant ensuite de l’accord sur Hébron, le ministre Poos l’a considéré comme «un pas en avant dans le processus de paix qui sera encore très long et devra résoudre des problèmes bien plus difficiles que le désengagement d’une seule ville en Cisjordanie». «Les pays européens, le Luxembourg en particulier, espèrent que les deux parties l’appliqueront de bonne foi et respecteront les délais fixés, en reprenant immédiatement les négociations sur les autres points en suspens».

Au dîner offert au Relais Sofil par le ministre des Affaires étrangères en l’honneur de son homologue luxembourgeois, MM. Bouez et Poos (au centre) sont entourés, de gauche à droite, de l’ambassadeur de Grèce, du député Nabil Boustani et des ambassadeurs d’Espagne et d’Italie.

LES APPRÉHENSIONS DU MINISTRE BOUEZ

Pour sa part, le ministre Bouez estime que l’accord sur Hébron ne constituait pas la fin du conflit et ne permettait pas aux Palestiniens de recouvrer leurs droits et leur souveraineté. «Nous espérons que cet accord n’éclipsera pas les droits des Palestiniens notamment celui de l’autodétermination et le droit à un Etat palestinien», a-t-il déclaré. Après avoir souligné que cet accord ne portait pas sur toute la région d’Hébron et que l’autorité palestinienne n’y exercera pas l’intégralité de son rôle puisque Israël maintient une présence par des patrouilles conjointes et le partage du secteur avec les Palestiniens. Le chef de notre diplomatie a, ensuite, mis en garde sur le fait que cet accord ne peut être considéré comme étant la fin du dossier palestinien et ne représente pas tous les droits des Palestiniens. Enfin, le ministre Bouez a tenu à réaffirmer que «les droits des Palestiniens et des Arabes sont indivisibles et sont étroitement liés à travers la question de Jérusalem et le problème des réfugiés». Et de préciser: «Nous ne voulons pas faire de surenchères et nous ne voulons pas donner des leçons à quiconque, mais nous exprimons nos appréhensions», a-t-il conclu. Le soir-même de l’arrivée du ministre luxembourgeois, son homologue libanais offrait un dîner en son honneur au Relais Sofil où les invités - dont plusieurs diplomates européens, des parlemen-taires, de hauts fonctionnaires du Palais Bustros et des représentants de la presse - ont pu découvrir la personnalité de M. Poos à travers sa bonhomie naturelle et son exquise simplicité. Ils ont pu, ainsi, mettre à l’épreuve, au moins l’un des «points communs» entre le Luxembourg et le Liban, l’appartenance et la pratique de la francophonie. Une visite-éclair, mais qui s’affirme chargée de promesses!

JEAN DIAB.