LA TRIBUNE
PAX JUDAÏCA?...
La lettre de garantie adressée à Israël par M. Christopher pour clôturer le débat sur l’accord d’Hébron, pose une bombe à retardement qui peut encore saper un processus de paix bien fragile. M. Christopher assure, en effet, M. Neta-nyahu qu’il a “informé le président Arafat du point de vue des Etats-Unis sur le processus par lequel Israël doit redéployer ses forces, désigner des sites militaires précis et transférer des res-ponsabilités supplémentaires à l’Autorité palestinienne... dans un délai de 12 mois... mais pas plus tard que la mi-1998”. Mais quel est donc ce point de vue communiqué à M. Arafat? Aussitôt la lettre publiée, deux interpré-tations contradictoires en ont été faites. L’une, que l’étendue des retraits israéliens et des pouvoirs à transférer aux Palestiniens serait l’objet d’une négociation. L’autre, que cette étendue serait fixée librement et unilatéralement par le gouvernement israélien. C’est cette dernière interprétation qui a immédiatement triomphé et permis à M. Netanyahu de faire approuver l’accord sur Hébron par la majorité de ses ministres. Les positions de M. Netanyahu étant ce qu’elles sont, cela signifie que les Palestiniens ne peuvent rien espérer de plus qu’une forme d’autonomie municipale limitée aux huit villes (il a été même question de 10% seulement de l’ensemble de Cisjordanie-Gaza) qu’ils ont déjà récupérées. D’ailleurs, le chef du gouvernement israélien vient de confirmer cette position dans ses déclarations au “Figaro”, de même qu’il refusait toute négociation sur l’avenir de Jérusalem et sur une restitution du Golan.
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Ces déclarations sont données au moment même où M. Arafat, de son côté, proclamait urbi et orbi que Jérusalem-Est serait la capitale d’un Etat palestinien. On voit déjà comment une nouvelle crise va se nouer. M. Denis Ross aura encore beaucoup de travail sur la planche. Quant au volet syrien de la négociation, M. Netanyahu le rend sans objet au moment même où il prétend que le contact avec Damas est en cours. Au sujet du Golan, la position israélienne s’était limitée à dire que ce territoire était nécessaire à sa sécurité. Les Etats-Unis (de même que l’Europe) s’étant déclarés prêts à garantir cette sécurité, M. Rabin, suivi de M. Pérès, avait finalement consenti à revenir aux frontières d’avant 1967. M. Netanyahu vient d’avancer de nouveaux arguments pour se refuser à tenir cet engagement: le Golan est nécessaire à Israël, dit-il, pour des raisons à la fois stratégiques et économiques et parce qu’il fournit à Israël les trois quarts de ses besoins en eau. On le savait du reste. Et voilà le vrai problème, en fin de compte, clairement posé, comme le sera un jour celui des eaux de Litani à la faveur de l’occupation du Liban-Sud. *** La réaction syrienne à la confirmation publique de ce raidissement ne fait pas de doute. Si une négociation est concevable, sur la base des lois et des pratiques interna-tionales, pour la répartition des eaux des rivières communes à deux pays voisins (comme l’Oronte et l’Euphrate) par contre, on ne voit pas pourquoi un Etat devrait consentir à l’abandon d’un territoire pour les besoins économiques de son voisin. Si le Golan représente une richesse économique pour Israël, il l’est, à plus forte raison, pour la Syrie, son propriétaire légitime. Et si ce territoire était cédé, une répartition des eaux ne serait même plus concevable. C’est élé-mentaire. En tout cas, voici posée une autre bom-be à retardement pour saper le processus de paix. Du point de vue palestinien, l’essentiel reste à faire et M. Netanyahu indique clairement qu’il s’y refuse par la négociation. A la Syrie, il n’est pas question de céder quoi que ce soit. Pour M. Netanyahu, il ne s’agit pas de négocier la paix sur la base des principes définis à la conférence de Madrid. Mais de dicter des conditions posées d’avance. Il joue les sapeurs comptant bien que M. Clinton tiendra toujours son rôle de pompier qui semble se limiter jusqu’ici à faire constater aux rescapés qu’ils doivent limiter leurs ambitions à ce qu’on leur laisse pour survivre et, peut-être, pour prospérer mais sous la férule israélienne. Pax judaïca.
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Tant que les Etats-Unis ne voient les pays du Proche-Orient et leurs peuples que par la lorgnette israélienne, il ne peut y avoir aucune perspective de stabilité et de paix, à moins que ces peuples se soumettent finalement à une paix juive. A l’époque de la guerre froide et de la division du monde entre Est et Ouest, cette étroitesse de vue américaine pouvait à la rigueur se justifier par l’engagement de l’URSS avec certains Etats de la région. Israël représentait, alors, pour les Etats-Unis la seule base absolument sûre. Aujourd’hui, non seulement plus rien ne justifie cette optique, mais elle devient dangereusement stupide, dès lors que tous les pays arabes s’américanisent et ne demandent pas mieux que de coopérer avec les Etats-Unis, pourvu que cette puissance veuille sérieusement devenir impartiale dans le conflit qui empoisonne la région depuis plus d’un demi-siècle. C’est bien, d’ailleurs, ce que M. Bush avait promis aux Arabes pour les coaliser contre l’Irak coupable de convoiter les richesses pétrolières du Golfe et ils avaient marché... M. Clinton n’a pas tenu les promesses de M. Bush. Mais M. Bush lui-même les aurait-il tenues?... Il est vrai que M. James Baker, secrétaire d’Etat à ses côtés, était plus crédible qu’aujourd’hui Mme Albright devenue secrétaire d’Etat auprès de M. Clinton. L’Amérique continuera-t-elle à nous décevoir?
RENE AGGIOURI.