LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Le chef du Législatif n’a pas donné une suite favorable à la requête de six membres (opposants) de l’Assemblée, réclamant le report du débat sur le projet de budget 97 “afin de permettre aux députés de prendre connaissance de la loi de finances”. Les mêmes parlementaires réclament la constitution d’une commission ad hoc, ayant pour tâche d’enquêter sur les accusations échangées dernièrement par deux membres de la “troïka”. Il ne sera sans doute pas accédé à leur demande...

DEBAT BUDGETAIRE, QUESTIONS SOCIALES ET GABEGIE...

Les “Six” - les présidents Husseini, Hoss, Karamé, MM. Nassib Lahoud, Mohamed Y. Beydoun et Boutros Harb - réunis mardi au domicile du dernier nommé, ont réclamé “le report du débat à l’Assemblée sur le projet de budget 97, afin de permettre aux députés d’en prendre connais-sance et la promesse du gouverne-ment de ne pas promulguer, par décret, la loi de finances, passé le délai constitutionnel”. Mais le gouvernement aura passé outre à cette requête, parce qu’émanant de parlementaires op-posants que l’Exécutif soupçonne, sans doute, de chercher à entraver l’action du Législatif. Cela dit, les contribuables aussi, s’inquiètent, une fois de plus - après le relèvement des tarifs de l’eau, de l’électricité et du télé-phone - suite aux rumeurs prêtant aux gouvernants l’intention d’aug-menter les impôts et taxes ou d’instituer des surtaxes, pour faire face aux dépenses croissantes de l’Etat et tenter de combler, ne serait-ce qu’une partie de la dette publique, celle-ci suivant une courbe ascendante. Mais le chef de l’Etat a démenti de telles rumeurs alarmistes en Conseil des ministres, disant “qu’elles sont propagées dans le cadre des inventions médiatiques”. Il va sans dire que ces “inven-tions” ont l’avantage de freiner la tendance des responsables à alourdir les charges fiscales sous lesquelles ploie le citoyen. Après le relèvement (de 3.000 livres les vingt litres) du prix de l’essence il y a un peu plus d’un an, il serait question de majorer de nouveau les prix des carburants. Ne serait-ce qu’un “ballon d’essai”? Autre mesure peu réjouissante pour les abonnés de l’OEL: l’Office de l’électricité, par décision du Conseil des ministres, ne bénéficie plus de la politique de soutien et est appelé à renforcer la perception des factures, lesquelles sont acquittées dans une proportion de 40 pour cent... Et si cette perception restait en-deça de la normale, n’y aurait-il pas un risque que l’OEL relève le tarif du courant électrique pour combler son déficit? Et que dire des scolarités que beaucoup d’écoles privées semblent devoir majorer dans une forte proportion, en dépit de la mise en garde à elles adressées par le ministère de l’Education nationale? Une telle majoration risquant de provoquer un vaste mouvement protestataire dont la CGTL sera le porte-drapeau. Face à tous ces problèmes préoccupants pour le Libanais de condition modeste - nous ne disons pas de la classe moyenne, celle-ci étant en voie de disparaître - les gouvernants se signalent par leur gabégie; autrement dit par leur action désordonnée, faite d’improvisation et de courte vue, qui les empêche de rechercher des solutions radicales aux questions vitales auxquelles notre peuple est confronté. L’Assemblée, elle aussi, est en grande partie fautive, parce qu’elle ne réclame pas des comptes à l’Exécutif, alors qu’elle a la responsabilité de veiller sur les intérêts des citoyens. Peut-on espérer qu’elle le fera au cours du débat budgétaire?

Le ministre des Déplacés a gagné, lundi, le siège patriarcal maronite, à un moment où on s’y attendait le moins. Probablement, pour porter au cardinal Sfeir une bonne nouvelle, à savoir la possibilité d’assurer le retour des personnes déplacées à leurs villages, après que le gouvernement eut promis d’assurer les fonds nécessaires à cette opération. Sa Béatitude rendra certainement sa visite à Walid Joumblatt au Chouf, lorsque les déplacés auront réintégré leurs pénates; il les encouragera, alors, à s’accrocher au sol natal et à contribuer au raffermissement de la coexistence intercommunautaire.

JOUMBLATT À BKERKÉ. À QUAND LA VISITE DE Mgr SFEIR AU CHOUF?

Après une période relativement longue, entrecoupée d’invectives et, parfois, de propos désobligeants à l’égard de Bkerké, Walid Joumblatt est revenu lundi au siège patriarcal maronite, pour un échange de vue sur les questions d’actualité, en tête desquelles celle du retour des personnes déplacées à leurs villages de la montagne et d’ailleurs. Pourquoi cette visite et à ce moment précis? Son timing serait-il en rapport avec quelque événement déterminé ou est-ce une simple coïncidence? Ni l’une, ni l’autre. Selon toute vraisemblance, le ministre des Déplacés, après une longue brouille avec le chef du gouvernement, à cause justement du problème relevant de sa compétence, aurait renoué avec le Premier ministre et obtenu la promesse formelle de disposer de crédits nécessaires suffisants pour mener à bien sa tâche. Ainsi, croyant être en mesure de ramener les déplacés à leurs maisons et à leurs terres, M. Joumblatt a repris le chemin de Bkerké à l’effet de porter la bonne nouvelle au cardinal Sfeir. Il a qualifié son entretien avec Sa Béatitude de «reposant» et «d’utile» et sa relation avec M. Rafic Hariri de «normale», avant d’ajouter: «Si quelque sujet litigieux venait à surgir entre nous, nous le traiterions désormais au moyen de la diplomatie tranquille» (sic). Cela dit, nous avons toujours soutenu que la réintégration par les déplacés de leurs patelins dépend des fonds disponibles; en d’autres termes, il s’agit d’une question d’argent. Or, le ministre des Déplacés a lié, une fois de plus, le retour de ces derniers à la possibilité pour l’Etat d’assurer les montants nécessaires, afin de pouvoir les dédommager, en leur accordant des sommes leur permettant de restaurer leurs demeures et, pour beaucoup, de les reconstruire. Mais cela ne suffira pas, si les ministères qualifiés - ceux des Travaux publics, des Ressources hydrauliques et électriques, de l’Education, des Postes et Télécommunications - ne remettent pas en état les infrastructures; en procédant à la réfection des routes, en assurant l’eau, l’électricité et le téléphone aux villageois et, aussi, en rouvrant les écoles publiques pour que les enfants en âge scolaire puissent s’y rendre. Des promesses, à ce propos, ont été faites et il faut souhaiter qu’elles soient tenues. Ainsi, les déplacés vivent d’espoir et attendent, impatiemment, d’être sauvés d’une situation si peu enviable dans laquelle ils vivent depuis des décennies. Par ailleurs, au cours de leur rencontre, le cardinal Sfeir et M. Joumblatt ont échangé des cadeaux ayant consisté en ouvrages de valeur: une «Histoire du patriarcat maronite», contre deux livres, l’un de feu Kamal Joumblatt; l’autre d’un historien, feu Youssef I. Yazbeck. Il nous revient, enfin que Son Eminence a promis de se rendre au Chouf, à une date qui sera fixée ultérieurement. L’éminent prélat effectuera, sans doute sa visite pastorale, après le retour d’une grande partie des déplacés qu’il encouragera, par sa présence, à s’accrocher à leur terre et, surtout, à poursuivre la vie en commun avec leurs concitoyens des autres communautés.

Pour une initiative louable, c’en est une, mais il nous paraît difficile de la concrétiser et, surtout, de garantir son succès. Le “festival de février” annoncé à cor et cri par Yassine Jaber, ministre de l’Economie et du Commerce (notre photo), est sérieusement handicapé par l’esprit mercantile dont sont affligés nos concitoyens, en particulier les commeçants, lesquels sont mus pas par la fringale du gain rapide et facile.

LE “FESTIVAL DE FÉVRIER” HANDICAPÉ PAR L’ESPRIT MERCANTILE...

Pour une bonne idée, c’en est une à n’en pas douter. Est-elle réalisable? Ce n’est pas très sûr. De quoi s’agit-il? Tout simplement du “festival du marketing” que le ministre de l’Economie et du Commerce annonce à cor et à cri, persuadé que ce festival devant dérou-ler ses fastes durant tout le mois de février, aura pour avantage d’attirer les touristes dans nos murs! C’est trop beau pour être vrai! Notre intention n’est nullement de décourager le brave Yassine Jaber, qui se démène comme un diable, se déplaçant d’une ville à l’autre pour inciter les commerçants, en tout premier lieu, à consentir des escomptes allant jus-qu’à 50 pour cent au bénéfice de leur clientèle. Mais ceux-ci se con-formeront-ils à la consi-gne, étant donné leur fringale du gain et leur mercantilisme invétéré? Même le président de l’Association des com-merçants n’a pas été catégorique, laissant entendre que ceux-ci pourraient, dans le meilleur de cas, consentir une réduction variant entre 10 et 30 pour cent... Puis, à supposer que les touristes soient séduits par la réduction des tarifs réduits au plan du transport aérien, des facilités leur seraient-elles accordées en ce qui concerne l’octroi du visa? Et ce document indispensable pour leur admission sur le territoire libanais, pourrait-il leur être délivré à leur descente d’avion à l’AIB? Pour en revenir aux prix, les commerçants présentés par leur président comme “des hommes aimant la concurrence loyale” sont-ils disposés à instituer un auto-contrôle? On peut en douter. Le ministre de l’Economie et du Commerce promet un contrôle rigoureux de la part du service pour la protection du consommateur (SPC). Or, le nombre de contrôleurs dont dispose cet organisme est restreint; aussi, n’a-t-il pas été en mesure jusqu’ici de combattre, efficacement, les accapareurs et les mercantis. Ceci étant, le touriste risque d’être plumé et de partir bredouille, sans devenir un “propagandiste” prônant les splendeurs de notre pays. L’attention de M. Jaber a été attirée, aussi, sur le fait que la plupart des responsables s’habillent à l’étranger, ce qui prouve leur manque de confiance dans la production nationale. Comment, dans ce cas, peut-on, encourager le citoyen à “acheter libanais”? Réponse du ministre: “Nous nous employons à améliorer la qualité de notre production pour la rendre compétitive...” Bien que les ministères qualifiés conjuguent leurs efforts pour assurer le succès du “festival de février”, il y a lieu de craindre que ce dernier ne donne pas les résultats qu’on en attend. N’empêche que c’est un essai à tenter et une initiative pouvant devenir une tradition, si les principaux concernés se mettent sérieusement de la partie.

ECHOS ET REFLEXIONS

FREDAINES MINISTÉRIELLES...

Nous avons évoqué, il y a une quinzaine de jours, le proverbe qui s’énonce de la sorte: «Il faut tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler», pour mettre en garde les responsables contre les écarts de langage, ces derniers pouvant leur causer du tort. Nous prêchions dans le désert. Deux membres du gouverne-ment ont encore fait des siennes durant le week-end. Ainsi, après avoir dénoncé la troïka, un ministre s’en est pris au leader respectable d’un parti, disant «qu’il devait être interné dans un asile psychiatrique», parce qu’il avait tenu des propos désobligeants à son égard... Beaucoup de téléspectateurs n’ont pas apprécié cette fre-daine. Un autre membre du gou-vernement pérorait au cours d’une séance oratoire, devant une foule venue d’un peu partout, dont plusieurs minis-tres et députés. Son discours avait tout l’air d’un programme pareil à ceux qu’on présente au cours de la campagne précédant les présidentielles. Qu’a dit ce ministre. Ceci tout simplement: «Nous vivons dans un simili-Etat. L’arran-gement de Taëf n’a pas élaboré le système d’un Etat digne de ce nom, ni fourni les éléments valables d’une Constitution en bonne et due forme, preuve en est la crise qui oppose de temps en temps les gens du pouvoir...» Et ceci encore: «Il nous faut une Constitution véritable et un Etat moderne... Tout en recon-naissant l’importance de la reconstruction en cours, il nous faut admettre la négligence et le sous-développement dont pâtit le citoyen, comme si celui-ci est condamné à vivre dans la misère et la peur du lendemain...» Il a terminé sa harangue en s’écriant: «Qu’on le sache bien: je ne suis ni un exécutant, ni un entrepreneur, mais un politi-cien». Qu’en pense M. le Premier ministre?

Edouard BASSIL.