SATURNALES
CHARENTON, ABBASSIEH ET TAËF
Qui aurait eu l’idée d’aller à Charenton pour signer des accords de paix? Qui aurait eu l’idée d’aller à Abbassieh au Caire pour la même raison? Et pourtant ils ont été à Taëf. Rien d’étonnant à ce que cela foire. Charenton? Tout le monde connaît. Le nom de Charenton revient souvent sous la plume des écrivains et dans la conversation, et l’on dit: «Un pensionnaire de Charenton, un homme digne d’aller à Charenton», pour un «homme fou, qui a perdu la raison». Idem pour Abbassieh où se trouve le fameux «Palais Jaune» (Saray el Safra) associé dans l’esprit des Egyptiens, à l’asile pour aliénés mentaux. Charenton, Abbassieh, Asfourieh (le bon vieux asile psychiatrique pour Libanais) sur l’ancienne route de Damas! Quant à Taëf, bien avant que les Libanais ne s’y rendent pour signer leur célèbre «accord de Taëf» en date du 22 octobre 1989, Taëf était déjà connu pour avoir le plus grand hôpital psychiatrique de l’Arabie séoudite et peut-être de tous les pays du Golfe. Car la ville de Taëf, située à une altitude de 1630 mètres, a un climat doux, souvent froid, réputé pour calmer les passions. Et dire de quelqu’un «qu’il va à Taëf» ou «qu’il revient de Taëf» équivaut à dire qu’il va à Charenton ou qu’il revient de Charenton. Alors, les Libanais auraient dû avant de se rendre à Taëf, savoir à quoi s’en tenir. Ah! s’ils avaient été à Bayreuth, Salzbourg, Vienne, Edimbourg, Mulhouse, Strasbourg ou Nice, villes connues pour leurs festivals musicaux - Bach, Wagner, Beethoven, Mozart, etc... on peut supposer que le résultat aurait été meilleur. Tout le monde sait que la musique adoucit les mœurs! Mais voilà les Libanais ont été à Taëf et cela ne s’oublie pas!
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UNE TROÏKA? JE CONNAIS
Les «je» et «moi» sont haïssables. Mais il est des occasions où l’on est obligé de les employer, car cela donne plus de crédit au témoignage. Tout le monde parle de «Troïka» au Liban, s’imaginant qu’il s’agit de «Trois Egaux». Rares sont les Libanais qui ont vu une troïka ou sont montés en troïka. Je suis montée trois ou quatre fois en troïka, lorsque mon époux était ambassadeur du Liban en URSS. Chaque année, le ministère des Affaires étrangères soviétique invitait les chefs de mission et leurs épouses à se rendre à Zavidovo, station de sports d’hiver, réputée à environ 70 kilomètres de Moscou. Là, ils étaient conviés à faire une promenade en «troïka»... Expérience fascinante! La troïka est un mot russe qui signifie un traîneau ou un landau attelé à trois chevaux qui ne jouent pas le même rôle. Le cheval du centre regarde droit devant lui et doit aller la tête haute au trop. Les deux chevaux de côté doivent avoir la tête tournée en dehors et aller au galop. De ce fait, le rythme des trois chevaux est différent. Ils se dirigent vers le même but, ne regardent pas dans la même direction et ont un rythme de déplacement différent. Alors qu’on en parle de troïka à la Libanaise, il faut savoir ce que cela signifie. Comme le disait De Gaulle à Malraux: «Il faut savoir donner leur sens véritable aux mots. C’est là le véritable problème de notre époque». Combien vrai, surtout au Liban!
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UN DES TROIS TÉNORS LÉGENDAIRES AU LIBAN: PAS DE PRIX POUR ÉTUDIANTS
Les Trois ténors légendaires de notre époque sont Luciano Pavarotti, italien, né en 1935, José Carreras, espagnol, né en 1946 et son compatriote aussi espagnol, Placido Domingo, né en 1941. C’est le plus jeune d’entre eux, José Carreras qui sera bientôt au Liban. Réunis une première fois en Italie à l’occasion de la Coupe d’Europe 1990, cela a été un tel succès, qu’ils ont récidivé en célébrant la finale de la Coupe du Monde en 1994. Ils se sont retrouvés au Dodger Stadium de Los Angeles le 16 juillet 1994 sous la direction du chef d’orchestre Zubin Mehta, aux côtés de la Philharmonie de Los Angeles et du «Los Angeles Music Center Opera Chorus», afin d’interpréter une sélection d’airs d’opéras ainsi que des grands succès internationaux. Ces trois ténors légendaires partagent une même passion pour l’Opéra et le Football. José Carreras est attendu avec impatience au Liban. Mais il chantera seul, accompagné d’un pianiste. Il est à souhaiter que le public qui sera certes nombreux, saura se comporter davantage en amateurs d’opéras que de football... Ce qui est écrit veut dire que l’on souhaite, que le public saura éviter ce qui s’est passé lors d’un récent concert de musique au Forum de Beyrouth où les bouteilles d’eau minérale, quelquefois vides, quelquefois à moitié pleines voltigeaient d’une rangée à l’autre. Il est vrai que le public libanais - exceptée une élite - n’est pas particulièrement amateur des grands spectacles lyriques, classiques, non orientaux. Ballets, opéras, symphonies ne l’emballent pas en général. La jeune génération apprécie mieux ces spectacles grâce aux CDV, à la TV et à leur curiosité naturelle. Il est de notoriété publique que lorsqu’on entend ronfler, bavarder, rire, applaudir à contretemps au cours des spectacles dans les pays européens, occidentaux en général, il s’agit le plus souvent de personnes moyen-orientales pour ne pas préciser davantage la nationalité. D’ailleurs dès qu’il s’agit d’une délégation officielle venant du Moyen-Orient et visitant un pays occidental, les responsables du pays hôte, organisent au choix des soirées dans des cabarets ou boîtes de nuit et d’autres, de musique classique, ballet et opéra. Il est à déplorer que l’on n’ait pas prévu des billets à prix réduits pour jeunes et étudiants, car ce sont ceux-là, qui sont les plus à même d’apprécier José Carreras.
| GOÛTONS VOIR, SI LE VIN EST BON!
Bon certai-nement, et en-core plus beau à voir avec sa belle étiquette, qui est une re-production d’un de nos meilleurs et célèbres pein-tres libanais (notre illustra-tion). Mariage très réussi de deux arts: vin et peinture. Ces étiquettes font la joie des éthylabélophiles (collectionneurs d’étiquettes des bouteilles de vin) signées Martha Hraoui. On connaît bien Martha Hraoui, lauréate de nombreux prix et une de nos artistes les plus appréciées au Liban et à l’étranger. Martha qui s’est fait elle-même un prénom (elle possédait déjà un nom) a voulu de ce fait rendre accessible l’art à tout le monde, au grand public. Aussi, n’a-t-elle pas hésité à accepter l’idée d’illustrer les étiquettes des bouteilles du terroir par un de ses tableaux. Ingénieux et à multiplier dans tous les domaines. Ceci fera connaître le Liban à l’étranger d’une manière très peu traditionnelle, fort originale! N’est-ce pas Picasso qui a dit: «En peinture, on peut tout essayer. On a le droit même de le faire»? Et Léonard de Vinci qui a écrit: «Qui n’aime pas le vin, les femmes et l’art restera un sot toute sa vie!» A la santé de Martha! |
MARY YAZBEK AZOURY.