D'UNE SEMAINE A L'AUTRE

INSINUATION PRESIDENTIELLE...

Les milieux proches du palais de Baabda insinuent que le chef de l’Etat ne vise, nullement, par les réformes constitutionnelles à restreindre les prérogatives du président de la Chambre ou à réduire le mandat du chef du Législatif de quatre à deux ans, encore moins à rendre plus facile l’éventuelle dissolution de l’Assemblée. Cependant, ces mêmes milieux s’attendent que le président Hraoui ne renonce pas à “ses” réformes, ne serait-ce que pour enregistrer une prise de position contre des clauses de la Constitution qu’il juge inadéquates.

BERRI SATISFAIT...

L’entourage du président Nabih Berri fait état de la vive satisfaction que ressent le chef du Législatif, suite à sa dénonciation de la troïka et de sa décision de réactiver les institutions étatiques. Dans le même temps, on présume que M. Berri s’opposera, fermement, au projet des réformes constitutionnelles du chef de l’Etat, après avoir pris ses distances tant du palais de Baabda que de Koraytem, ainsi qu’il est clairement apparu lors du débat budgétaire.

SOUAID SE PLAINT....

Mme Nouhad Souaid, député de Jbeil, insiste sur la nécessité d’opter pour le “développement équilibré” dont profiteraient toutes les régions du pays. Aussi, demande-t-elle au gouverne-ment d’assurer les services sociaux essentiels à la vie des citoyens, à l’ombre de la situation économique difficile. “Le budget de l’Etat, observe-t-elle, est vidé de son contenu, les crédits dans une large mesure étant destinés à assurer les traitements des fonction-naires et à couvrir la dette publique; une infime partie étant consacrée aux besoins du développement. “Quant aux crédits réservés aux députés (soit 160 millions de livres pour chacun d’eux), ils suffisent à peine à procéder à la réfection d’une route, à la construction d’un mur de soutènement ou au remplacement d’une canalisa-tion...”

UN DIALOGUE EST-IL ENGAGÉ ENTRE BKERKÉ ET DAMAS?

Selon certains renseignements, il serait question de relancer le dialogue précédemment engagé et suspendu entre Bkerké et Damas. A ce propos, on dit que M. Wadih el-Khazen, vice-président du Conseil central maronite, s’y emploie et, à cet effet, s’est rendu plus d’une fois dernièrement sur les bords du Barada où il a rencontré M. Abdel-Halim Khaddam, vice-président de la Répu-blique syrienne. Cependant, S.Em. le cardinal Sfeir a déclaré à ceux qui lui ont demandé des nouvelles sur cette “médiation”, qu’il n’avait chargé personne d’une telle mission. M. el-Khazen a lui même précisé qu’il n’avait pas contacté les Syriens au nom du patriarche maronite, ses entre-tiens avec M. Khaddam et d’autres dirigeants baasistes ayant porté sur les relations entre ces derniers et la fraction chrétienne de notre peuple.

POURQUOI LE RETARD DANS LA NOMINATION DES DOYENS À L’U.L.?

En marge du débat institué au parlement sur le projet de budget 97, certains députés ont soulevé la question du retard dans la nomination des nouveaux doyens des Facultés de l’Université libanaise, ce qui se répercute, négativement, sur cette institution. Selon certains milieux renseignés, ce retard est dû aux divergences opposant les pôles du pouvoir sur le choix des doyens. Il semble que le président Nabih Berri insiste sur la nomination, à égalité, de ces derniers à choisir parmi les trois grandes communautés (maronite, sunnite et chiite).

QUID DU DÉVELOPPEMENT ÉQUILIBRÉ?

M. Talal Méraabi, député du Akkar, considère que le débat institué à la Chambre autour du projet de budget 97 - qui a été approuvé, en définitive, avec de légers amendements - sert l’intérêt de la patrie et du citoyen. “Le gouvernement, a ajouté le parlementaire nordiste, est tenu de se conformer aux souhaits émis par la Chambre. Et ce, en hâtant l’exécution des projets d’équipement de développe-ment dans toutes les régions libanaises, en application du principe du “dévelop-pement équilibré”. “Car seule cette politique, soutient-il, engage le pouvoir sur le chemin de la justice sociale, de l’égalité et, en ce qui concerne le Sud, du soutien à la résistance face à l’ennemi israélien. Ceci devrait se traduire par l’allège-ment des charges fiscales dans la mesure du possible et, surtout, l’amélioration des conditions de vie des citoyens”.

AUTOUR DU MEETING DE HOBEIKA

Les visiteurs de Bkerké se sont interrogés, il y a deux semaines, au cours de leur entretien avec le cardinal Sfeir, sur la portée et la signification du meeting que les partisans de M. Elias Hobeika, ministre des Ressou-rces hydrauliques et électriques, chef du parti “Al-Waad”, ont organisé à Sin el-Fil. Le patriarche Sfeir s’est abstenu d’émettre un avis sur cette manifes-tation, pour le moins insolite et, spécialement, sur ses retombées dans les milieux chrétiens, en général et maronites, en particulier.

RÈGLEMENTS DE COMPTES AU CAMP D’AÏN EL-HÉLOUÉ?

Un leader palestinien opposé à l’Autorité palestinienne dont Yas-ser Arafat est le chef de file, a assu-ré que les règlements de comptes qui ont lieu au camp d’Aïn el-Héloué, n’ont aucune implication politique. “Il s’agit, a-t-il précisé, d’un regain de tension entre des responsables palestiniens ne se réclamant d’aucune fraction représentée au sein de l’OLP, suite à la lutte qui les oppose et dont l’enjeu est d’imposer leur hégémonie dans les camps”.

QUI A PATRONNÉ LA RÉCONCILIATION BOUEZ-KHAZEN?

Les milieux kesrouanais se perdent en conjectures sur les motifs ayant rapproché deux députés de leur circonscription, en l’occurrence MM. Farès Bouez et Rouchaid el-Khazen, qui s’étaient brouillés au cours des législatives de l’été, échangeant des propos désobligeants et usant d’un “langage de charretier”. Il semble que le chef de l’Etat ait pris l’initiative de raccommoder les deux hommes, aidé par un responsable syrien entretenant de bonnes relations avec eux. D’aucuns ayant établi un rapport entre cette réconciliation et le meeting d’appui organisé par ses partisans au ministre des Ressources hydrauliques et électriques, en prévision de l’élec-tion présidentielle, une personnalité officielle a écarté une telle interpré-tation.

QUI A DISTRIBUÉ LES TRACTS CONTRE Mgr AUDEH?

M. Maurice Fadel, député du Liban-Nord, fait assumer au gouver-nement la responsabilité de la négli-gence par rapport à l’identification des éléments ayant distribué des tracts contre Mgr Elias Audeh, métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth. “Un tel fait, a-t-il dit, ne peut être passé sous silence et le chef du gouvernement ne devrait pas se contenter de le dénoncer, sans plus. D’autant que l’atteinte au prélat n’est pas dirigée contre sa personne, mais contre la communauté grecque-orthodoxe tout entière. “Si un tel fait reste impuni, conclut M. Fadel, d’autres chefs spirituels pourraient, également, faire l’objet d’une campagne de même nature, ceux-ci étant considérés comme les porte-parole de la majorité silencieuse, souvent empêchée d’exprimer publi-quement son point de vue”.

COMMENT COMBLER LE DÉFICIT DU BUDGET?

Au cours du débat budgétaire, M. Gébrane Tok, député du Liban-Nord, a critiqué la réduction des crédits alloués aux ministères vitaux, dont celui de l’Agriculture, ses prévisions représen-tant un pour cent à peine du chiffre global du budget de l’Etat. Aussi, a-t-il observé que l’épargne nationale est supposée servir au relèvement de l’économie libanaise dans le cadre des bons du Trésor, afin de combler le déficit et, partant, d’assurer les liquidités dont le secteur privé a besoin. Le parlementaire nordiste a invité le gouvernement à profiter de l’or et à suivre l’exemple de l’Europe qui, s’orientant vers la monnaie unique, utilise ses réserves en or pour faire face à cette échéance. De même, M. Tok a demandé à l’Etat de tirer profit de ses domaines maritimes et des espaces gagnés sur la mer, ce qui peut lui valoir des rentrées substan-tielles. Il a, également, suggéré de procéder à la mise en location des biens doma-niaux, en vue de réactiver les cycles économique et touristique, persuadé que la concrétisation de ces idées peut contribuer à alléger le déficit et à relancer la production pour rétablir l’équilibre.

PERSISTANCE DE LA “GUERRE FROIDE” AU NIVEAU DU POUVOIR

Les observateurs constatent que la “guerre froide” se poursuit au niveau du pouvoir. Elle avait été déclenchée par le chef du Législatif le jour où il a annoncé “la mort de la troïka et son inhumation”. En dépit de la trêve verbale observée par Baabda et Aïn el-Tiné, ils détectent des indices qui ne trompent pas de la persistance du froid, voire de la tension à peine voilée, qui carac-térise les rapports entre les trois pôles du pouvoir.

ON DIT...

- Qu’un ancien parlemen-taire fait grief à un allié devenu ministre, d’avoir ré-pondu à l’invitation d’un nouveau député qui était un adversaire acharné de ce membre du gouvernement.

- Que l’épouse d’un respon-sable ayant collecté des fonds au profit d’une association s’occupant des enfants malades a inscrit l’argent amassé à son compte en banque, à l’excep-tion des chèques barrés parve-nus de l’étranger au nom d’une association spécialisée....

- Que la conjointe d’un député ayant été un haut fonctionnaire, achète chaque mois un couvert en or dont le prix varie entre 7 et 10 mille dollars.

EN RACCOURCI

- Les préparatifs ont com-mencé partout au Liban en prévision de la visite que S.S. le pape Jean-Paul II compte y effectuer en mai prochain. Le programme du séjour du Souve-rain Pontife est en cours d’élabo-ration, prévoyant des rencontres du chef de la Catholicité avec les instances religieuses de toutes les communautés nationales.

- Selon des cercles parle-mentaires, les débats animés ayant retenu l’Assemblée nationale samedi dernier jusqu’après minuit et, surtout, l’intervention virulente de M. Najah Wakim, député de Beyrouth, ont amené le prési-dent Berri à renoncer à la part qui lui a échu dans le secteur de l’audiovisuel...

OPINION

LE DÉBAT BUDGÉTAIRE A DÉGAGÉ DE NOUVEAUX DONNÉES ET INDICES

Les séances parlementaires consacrées au projet de budget avaient, cette année, un goût spécial auquel nous n’étions pas habitués sous la IIème république. Leur niveau était meilleur que précédemment. Même ceux classés dans le rang de l’opposition, se sont surpassés, usant d’un ton et de termes parfois blessants. Nassib Lahoud, Zaher el-Khatib, Najah Wakim, Mohamed Abdel-Hamid Beydoun et, spécialement, Boutros Harb sont intervenus dans le débat comme si une coordination s’était établie entre eux, sous la direction des présidents Nabih Berri et Hussein Husseini, tous deux étant passés maîtres dans ce jeu que le président Berri a pu mener jusqu’au bout. Naturellement, il savait dès le début que le fait pour le gouvernement de poser la question de confiance n’était pas une chose sérieuse, car il existe un plafond pour tout en ce temps, surtout à l’ombre de la conjoncture régionale... et du climat des négociations gelées depuis près d’un an. Ces négociations, on ne peut espérer les voir reprendre, ni à travers la visite du Premier ministre israélien au Vatican, ni à travers la bénédiction du Saint-Père. Car dans la tête de Benjamin Netanyahu, il y a une idée dont il ne dévie pas: la sécurité d’Israël avant et par-dessus tout, à travers la fermeture des foyers de tension, uniquement. Et advienne que pourra aux autres! Il est l’un des fervents lecteurs de la Bible et de ceux qui disent avec opiniâtreté: “Nous sommes le peuple élu de Dieu, les autres étant des “bêtes”. Ce qui lui importe de toutes les négociations, c’est de maintenir le statu quo, en améliorant les conditions sécuritaires, parce que cela répond à ses idées bibliques et lui convient, à lui personnellement, du point de vue économique. A l’ombre de cet immobilisme dans la région et de toutes les données régionales, nul au Liban ne peut élever le plafond au-delà d’une limite déterminée. C’est pour cela qu’a été déclenchée l’offensive contre le gouvernement dont le chef a repris l’initiative, dans le cadre du jeu “bien tenu.” Cependant, on ne peut nier que bien des indices et des données ont émergé au cours de cinq jours de discussions à la Chambre, ayant dévoilé beaucoup de faits, dont le retour aux élections législatives et l’évocation des élections présidentielles futures, le plus important étant la “troïka”. La mort de cette troïka, c’est clair, était véritable, non un bobard. Elle établissait des limites entre le gouvernement et le parlement. Le chef du Législatif qui avait l’habitude de prémunir le Cabinet contre les attaques des parlementaires a encouragé, cette fois, ces derniers à s’en prendre à l’Exécutif, à tel point qu’il a laissé entière liberté au membre de son bloc, Mohamed Abdel-Hamid Beydoun sans jamais l’interrompre. Pour prouver que la troïka était bien morte et enterrée, le président Berri a persisté dans son attitude et boycotté l’iftar du président Elias Hraoui au palais de Baabda. N’est-il pas édifiant de voir les pouvoirs s’affronter en vue de redresser la situation et d’améliorer la gestion de la chose publique? Montesquieu n’a-t-il pas soutenu que “le pouvoir arrête le pouvoir”? En ce sens qu’il empêche les abus, comme c’est le cas entre la Maison-Blanche et le congrès aux USA? Le principe de la séparation des pouvoirs doit être respecté, afin de préserver la démocratie. Ah! si nous jouissions de quelque chose de pareil! Sinon, nous devrions accepter les sursauts saisonniers qui se sont produits et les accepter en tant que satisfecit pour ceux qui ont encore la possibilité de croire!

NADIM EL-HACHEM.