EDITORIAL

Par Melhem KARAM

PÉCHÉ DIFFICILE À EXPIER

Le débat budgétaire n’a pas été à un niveau élevé. C’étaient des séances ordinaires. Même les télé-spectateurs leur ont pré-féré d’autres programmes et il n’est pas exagéré de dire que les stations n’ayant pas retransmis les séances parlementaires ont gagné des téléspectateurs aux dépens de celles qui les ont retransmises. Les élections de l’été 1996, une fois de plus, n’ont pas amené au parlement des députés aptes à donner plus que cela. Quant à ceux qui ont bien parlé, ils ont accédé à la Chambre grâce aux électeurs... Pourtant, le sujet à débattre était le projet de budget; c’est-à-dire l’un des principaux piliers de l’Etat, la Constitution lui ayant réservé la session parlementaire d’octobre. Comme si rien ne s’était passé. Ou comme si ceux qui voulaient se venger du parlement pour être resté le grand silencieux depuis son élection et jusqu’à ce jour, semblent s’être «convaincus» du fait que le silence est préférable et l’assouplissement des attitudes souhaité. Ceux qui ont lu le préambule du projet de budget y ont vu des faits du passé, davantage que ce qui devrait être. Des paroles à tenir à propos de ce qui n’est pas permis, non de ce qui est un devoir. Je voudrais ici poser une question: Pourquoi les gens ont-ils établi un lien entre la chaleur attendue des séances parlementaires et la mort de la troïka? Cela signifie-t-il que le président de la République s’attendait à ce que le parlement s’abstînt de proférer des paroles prohibées? Est-ce exact? Les anciennes séances de l’Assemblée consacrées à la loi de finan-ces, exactement depuis un an comme aujourd’hui, étaient houleuses, bien que la troïka était encore en vie. Il s’agissait de séances de débat général, au cours desquelles les députés ont tout dit sur le gouverne-ment, l’administration et la magistrature. Si le résultat fut ce qu’on en attendait - c’est-à-dire la confiance et la ratification des prévisions budgétaires -, c’est parce que c’est l’habitude depuis longtemps. Que serait-ce dans ce temps? Ceci est regrettable, car nous avons payé en son temps, le tribut de la turbulence: nous avons eu foi dans la «légalité» et l’unité nationale, tout en rejetant les milices... L’unité du peuple, de la terre et de la volonté. Nous avons rejeté la partition, le confes-sionnalisme, les lignes de démarcation et l’assassinat sur base de la carte d’identité... Nous n’avons pas imaginé que tout serait gouver-né de cette façon et à ce niveau. Pas du tout. Cela était étranger à notre religion, la religion politique, celle de l’ouverture, de la transparence et du libéra-lisme. Tous ces spectacles ont été un choc pour nous tous. En plus des couvertures, des transac-tions et des camouflages au moyen d’organismes consti-tués, telle la magistrature... Puis, le fait de blâmer cette dernière de ne pas agir. Un choc imprévisible, car ce qui avait été dit, était en contradiction avec ce qui s’est produit... Nous disons cela tout en sachant que les décideurs ont conservé l’adresse et sous celle-ci l’adresse de l’étape de la paix, avec ses impératifs et ses obligations... dépassant, ainsi, les limites de ce qui avait été dit. Nul ne nie l’importance de ce qui se passe dans la région. Cependant, le redressement de la situation au plan intérieur nous permet de supporter davantage. Les histoires libanaises préoccupent certainement les Syriens, parce qu’ils veulent gérer la situation, sans la laisser émerger sur la scène publique à travers laquelle le Liban apparaît sur la région, même si l’apparition libanaise est accompagnée de l’apparition syrienne. Les prochaines négociations sont un grand souci, les questions à décider ne devant pas être toute chose. Le retrait d’Hébron... ou le redéploiement était une chose décidée depuis longtemps; depuis plus de dix mois; c’est-à-dire avant mars 1996. En dépit de cela, ce qui s’est produit n’est pas limité à la forme. Ni le fait de gagner du temps, ni le percement de routes pour assurer un trait d’union entre les colonies, n’étaient la marque de ce qui s’est produit, lequel va plus loin que cela, parce qu’il a fourni une nouvelle preuve de la manière dont Israël - le parti du Travail et le Likoud - traite la paix. Les prochaines négociations seront difficiles. Reprendront-elles à partir du point auquel elles ont abouti au printemps passé à Wye Plantation, ou bien commenceront-elles de là où l’Etat hébreu veut qu’elles débutent? A ce point sont les nœuds israéliens et, à ce point, l’Israélien est un négociateur difficile. Qui a oublié Taba, par exemple? Il est préférable que, dans ces négociations, le Liban soit fort pour lui et pour tout le monde, sa force n’ayant aucun jour émané de la troïka, qui, a été l’un des péchés devenu difficile à expier.