LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Le vote par l’Assemblée nationale du projet de budget 97, au terme d’un débat-marathon (télévisé) de cinq jours, a produit une fâcheuse impression, étant donné la ratification de la loi de finances à une écrasante majorité, en dépit des attaques virulentes dont le gouvernement a été l’objet sous l’hémicycle. On a craint le retour de la troïka sous une forme “camouflée”, mais le fait pour le chef du Législatif d’avoir boycotté mardi l’iftar du palais de Baabda, prouve que le “pouvoir tricéphale” est bien mort et enterré...

DÉBAT BUDGÉTAIRE: C’EST DU CHIQUÉ OU LA GRANDE DÉSILLUSION!

Un membre de l’Assemblée a craint, en apprenant la “mort de la troïka et son enterre-ment”, que cette dernière soit troquée contre une “troïka” camouflée. Le débat parlementaire insti-tué, Place de l’Etoile, durant cinq matinées et soirées suc-cessives ayant pris fin, parfois peu après minuit, fait accré-diter cette réflexion. En effet, au terme du débat-marathon autour du projet de budget 97, on peut répéter: “La montagne en travail enfante une souris”... et le chef du Législatif peut se prévaloir du titre bien mérité de... vaude-villiste. Ou de grand metteur en scène doué pour les grands spectacles. D’ailleurs, un député pro-gouvernemental n’a pu se retenir de le critiquer, disant “qu’il a dirigé les séances parlementaires d’une manière inadéquate”... A vrai dire, le président Berri a agi de façon à sauver le Cabinet, non sans avoir mal-mené, au préalable, plusieurs de ses membres, spécialement les ministres des Ressources hydrauliques et électriques, de l’Information, le ministre d’Etat pour les affaires finan-cières et jusqu’au chef du gouvernement. Le président Berri a coincé ces derniers en les forçant à fournir de menus détails sur certains projets réalisés et l’usage fait de crédits mis à leur disposition, en particulier sur les 60 milliards alloués à Télé-Liban pour soi-disant renforcer ses équipements et lui permettre de concurrencer les télés privées... Puis, lorsque le Premier ministre a menacé de poser la question de confiance, si l’article 6 du projet de budget n’était pas approuvé sans amendement, “l’homme du perchoir” lui a lancé cavalièrement: “Qu’avez-vous donc vous à brandir la menace de la démission ou à bouder chaque fois qu’on vous contrarie?” (sic)! Tout compte fait, ce débat qui s’est terminé en queue de poisson, était cousu de fil blanc. Au terme d’un échange de diatribes et d’accusations, l’Assemblée a donné la preuve de sa docilité, en entérinant la loi de finances, après avoir apporté de légères retouches à cinq ou six de ses articles. En effet, lundi soir peu avant les douze coups de minuit, le vote donnait le résultat, combien significatif, que voici: 92 voix pour contre une et dix abstentions. Les abstentionnistes n’étant autres que les députés opposants qui se sont égosillés pour tenter, vainement, de changer quoi que ce soit à un texte gouvernemental adopté, en définitive, dans la forme voulue par le Sérail. C’est, à n’en pas douter, la grande désillusion! Après tout, pourquoi s’en étonner, cette législature, autant que la précédente, n’a-t-elle pas pour tâche de voter à main levée tout ce qu’on lui soumet, dès que lui parvient le mot de passe?

La délégation officielle américaine, en visite cette semaine à Beyrouth, où elle est venue à l’effet d’examiner les moyens à mettre en œuvre pour combattre la drogue, s’est montrée discrète par rapport à l’éventuelle levée de l’interdit empêchant les ressortissants US de venir au Liban, “pour raison de sécurité”. Tout en reconnaissant que celle-ci a réalisé quelque progrès... Notre photo: la délégation américaine conférant avec le Conseil de sécurité intérieure.

RELATIONS TOUJOURS PERTURBÉES ENTRE BEYROUTH ET WASHINGTON

Moins d’un mois après la publica-tion du rapport du département qualifié de l’Administration améri-caine sur les droits de l’homme et la lutte contre les stupéfiants, une délégation officielle est venue, cette semaine, de Washington ayant à sa tête le secrétaire général du bureau de lutte contre les narcotiques. But de la visite: examiner avec les responsables libanais les moyens à mettre en œuvre en vue de combattre avec plus d’efficacité la drogue au triple plan de la culture, de l’indus-trialisation et de l’exportation ou plus exactement de la contrebande. La délégation a échangé les vues, dans le même temps, sur l’état de la sécurité intérieure, aux fins d’exa-miner la possibilité de lever l’interdit frappant les ressortissants américains désireux de venir au Liban. Ceux-ci, rappelons-le, ne peuvent même pas jusqu’ici transiter par l’aéroport international de Beyrouth et ne le pourront pas, tant que la mesure leur interdisant de débarquer chez nous n’est pas rapportée... Rappelons qu’en dépit de la tenue à Washington, il y a quelques se-maines, du “forum des amis du Liban”, le gouvernement des Etats Unis n’a pas jugé le moment venu de lever l’interdit... Dans ce cas, com-ment les entreprises américaines contribueront-elles à la reconstruction des régions libanaises dévastées par la guerre, si elles ne peuvent envoyer des délégués, à l’effet d’étudier sur place la possibilité de financer certains projets d’équipement ou de développement? Le chef de la délégation US arrivée à Beyrouth ces derniers jours, ne s’est pas prononcé d’une manière formelle à propos de l’état de la sécurité. Quand on lui a demandé si cette dernière pouvait favoriser la levée de l’interdit, il s’est limité à dire: “La sécurité au Liban est meilleure qu’il y a dix ans”. Cependant, le ministre de l’Inté-rieur qui a conféré avec les émissaires américains, a cru comprendre que “le prochain rapport sur notre pays sera différent.” Dans le même temps, il a émis deux observations: Primo, le gouver-nement attend toujours l’aide (de 20 millions de dollars) promise par Washington en vue de permettre aux agriculteurs de la Békaa et d’ailleurs ayant renoncé à la culture du haschisch, de la remplacer par des cultures de rechange... Secundo, en dépit de l’action menée par le gouvernement pour consolider la sécurité intérieure, mettre fin à la culture et à la contrebande des stupéfiants, notre pays est encore présenté (dans les rapports américains et interna-tionaux) comme un centre pour la production et le transit de la drogue... Le ministre de l’Intérieur révèle, enfin, qu’il a prouvé “la fausseté de tels renseignements, destinés à son avis, à porter atteinte à notre pays et à ternir sa réputation au plan international”. En fait, il ne suffit pas de le dire, mais de convaincre les Américains (et les autres) de la justesse de nos assertions et de notre crédibilité...

Ces dernières semaines, une intense activité politico-diplomatique est signalée, en rapport avec le conflit israélo-arabe et le processus de paix. Ainsi, l’émissaire européen a entamé un nouveau périple proche-oriental, alors que MM. Khaddam et el-Chareh ont porté des messages aux dirigeants des pays du Golfe et du Maghreb. Netanyahu s’est rendu en Europe et a été reçu, lundi par le Souverain Pontife (notre photo), après avoir conféré avec le président italien et son ministre des Affaires étrangères.

LE P.O. OBJET D’UNE ACTION DIPLOMATIQUE (ARABE ET ISRAÉLIENNE) INTENSIVE

Le Proche-Orient bouge: est-ce le prélude à une reprise des négociations de paix sur les volets libanais et syrien, après le protocole sur Hébron? Rien n’est moins sûr et il ne faut pas s’attendre à une telle éventualité, du moins dans l’immédiat. Certes, une action intensive est menée, actuellement, au plan politico-diplomatique tant par Damas que par Tel-Aviv, en prévision d’une relance toujours possible du dialogue arabo-israélien, du côté du Liban et de la Syrie. MM. Abdel-Halim Khaddam et Farouk el-Chareh, respectivement vice-président et ministre des Affaires étrangères syriens, viennent d’effectuer une tournée qui les a conduits, après le Golfe et le Yémen, dans les pays du Maghreb arabe (au moment où nous rédigeons ces lignes ils sont arrivés à Rabat venant d’Alger), à l’effet d’obtenir le soutien des Etats membres de la Ligue en cas de reprise des pourparlers avec Israël. Et, aussi, le gel des contacts visant à normaliser les relations entre certains pays arabes et Tel-Aviv, tant qu’une paix juste et globale ne sera pas instaurée dans la région proche-orientale. De son côté, Benjamin Netanyahu qui doit se rendre, incessamment, à Washington, était cette semaine en Europe et a été reçu lundi au Vatican par S.S. le pape Jean-Paul II pendant vingt minutes. Il avait eu, au préalable, des entretiens avec le président Scalfaro et le chef de la diplomatie italienne. La ville sainte et son statut final ont été, naturellement, au centre de la conversation entre le Saint-Père et le Premier ministre israélien qui, tout en invitant le Souverain Pontife “à se rendre en pélerinage, le plus tôt possible à Jérusalem”, a insisté sur la souve-raineté d’Israël sur la cité. On sait, pourtant, que le Saint-Siège préconise l’internationalisation de Jéru-salem, pour assurer l’accès aux lieux saints qui s’y trouvent, aux chrétiens, aux juifs et aux musulmans de toutes les nationalités. En ce qui concerne le Liban, le climat n’est nullement encourageant ni propice au dialogue avec notre voisin du Sud, lequel a repris ses attaques quasi-quotidiennes, faisant des victimes et des blessés graves parmi la popu-lation civile. Il va de soi que le calme ne peut être rétabli à la frontière, tant que “Tsahal” ne retirera pas ses effectifs du Sud et de la Békaa ouest. Justement, une vive polémique est instituée en Israël sur le “retrait unilatéral” de la région fron-talière, auquel le ministre israélien de la Sécurité intérieure est favorable. Ce à quoi s’oppose son collègue de la Défense. Pendant ce temps, l’émissaire euro-péen a entamé une nouvelle tournée dans la région, pour essayer, sans succès semble-t-il, de déblayer le terrain des obstacles entravant le processus de paix. On peut donc dire “qu’on entend le moulin fonctionner, sans jamais voir de la farine”...

ECHOS ET REFLEXIONS

SUGGESTIONS SIMPLISTES...

Le colonel Moammar Kazzafi surprend souvent par ses idées et suggestions, pour le moins simplistes, qu’il propose en vue de régler des problèmes quelque peu complexes, requérant des solutions plus étudiées et rationnelles. Ainsi, au cours des doulou-reux événements dont notre pays était le théâtre, il surprit des confrères (libanais), en préconi-sant un règlement de notre crise reposant sur une solution pour le moins saugrenue. En quoi consistait cette solution? Le chef de l’Etat libyen invitait, tout simplement, les chrétiens du Liban à se convertir à l’Islam, croyant de cette manière mettre un terme à un conflit interne dont il ramenait la cause à des con-sidérations purement confes-sionnelles. Dimanche dernier, le prési-dent Kazzafi a proposé une solution non moins étrange à l’affaire palestinienne. Interrogé sur le point de savoir pourquoi il avait “expulsé” les Palestiniens établis en territoire libyen, dès l’annonce d’un accord entre l’Etat hébreu et l’OLP, il a répondu: “C’est l’unique moyen d’assurer leur retour dans la mère-patrie”. Et d’ajouter: “Le Liban, la Syrie, la Jordanie et l’Egypte devraient encourager et même forcer les Palestiniens vivant dans les camps, à prendre en masse le chemin de Gaza et de Cisjordanie... Ils devraient s’y rendre en bloc, comme une marée humaine et d’une ma-nière pacifique, car c’est le moyen unique auquel ils peuvent recourir pour assurer leur retour”. En même temps, il reconnaît que Gaza et la Cisjordanie for-ment “des ilôts cernés de toutes parts par l’armée israélienne”. Ceci étant, comment les Pales-tiniens pourraient y parvenir, “sans guerre et sans lutte armée”, comme il le leur recommande? Les Israéliens resteraient-ils impassibles face à cette “offen-sive”, même pacifique et permettraient-ils le retour des “réfugiés” sans réagir?

Edouard BASSIL.