MESSAGES DE ASSAD AUX DIRIGEANTS DU GOLFE,
DU YEMEN ET DU MAGHREB ARABE

LA SYRIE REACTIVE SES
DEMARCHES EN PREVISION DE LA
RELANCE DU PROCESSUS DE PAIX

Abdel-Halim Khaddam.

Farouk el-Chareh.

Les prémices d’une nouvelle “confrontation” - politique et non militaire, cette fois - entre la Syrie et Israël, en vue d’obtenir le plus de soutien possible au plan international, en prévision de la bataille des négociations, se profilent à l’horizon. Si l’Etat hébreu garantit la position américaine qui lui est acquise, la Syrie œuvre de son côté aux fins de gagner l’appui de l’Europe et de la Russie, en plus naturellement, de la partie arabe. Les derniers développements survenus au Proche-Orient, ont nécessité une action politique intensive de la part de Damas, à l’effet de faire face aux échéances de la prochaine étape qui est particulièrement délicate et importante. Ces développements ont englobé la signature de l’accord sur Hébron entre l’Autorité palestinienne et Israël, ce qui a placé le volet syro-israélien sur un feu ardent, tout en laissant pointer une nouvelle position américaine concrétisée par Mme Madeleine Albright, nouveau chef du département d’Etat US, venant au début du second mandat du président Bill Clinton, lequel pourrait être quelque peu différent du premier.

EMISSAIRES SYRIENS DANS LE GOLFE ET AU MAGHREB

D’où la décision prise par le président Hafez Assad de dépêcher son vice-président, Abdel-Halim Khaddam et son ministre des Affaires étrangères, Farouk el-Chareh, auprès des dirigeants des six Etats membres du Conseil de coopération du Golfe, du Yémen et, ensuite, des pays du Maghreb arabe. Et ce, aux fins de renforcer la position de la Syrie, en cas de reprise des négociations avec la partie israélienne. MM. Khaddam et el-Chareh ont transmis des messages du président Assad à ses homologues arabes. Il ressort des premiers résultats de la tournée des deux responsables syriens effectuée en trois étapes, que Damas a pu marquer un point très important dans sa bataille diplomatique. La Syrie a senti après l’accord sur Hébron, qu’Israël avec l’appui des Etats-Unis et, peut-être, sous sa pression, pourrait œuvrer en vue d’exploiter cet accord et demander aux Etats arabes qui avaient gelé l’opération de normalisation de leurs rapports avec Tel-Aviv, à cause de son refus d’appliquer l’accord d’Oslo, de reprendre leur dialogue avec Israël, partant du fait que la raison ayant nécessité son gel s’est maintenant dissipée.

APPUI ARABE

Le sentiment de la Syrie a de quoi le justifier, d’autant que certains Etats du Golfe ont laissé entendre qu’ils pourraient normaliser leurs relations avec Israël. Aussi, le président Assad s’est-il empressé d’envoyer ses deux émissaires dans le Golfe, au Yémen et dans le Maghreb arabe, pour attirer leur attention sur le fait que la signature du protocole d’Hébron n’a pas éliminé la cause du gel de la normalisation des relations. En conséquence, les Etats arabes sont invités à s’en tenir aux résolutions du sommet du Caire, appelant à la suspension de toute sorte de relation avec l’Etat hébreu, jusqu’à ce que ce dernier se conforme aux principes sur base desquels sera instaurée une paix juste et globale au Proche-Orient, selon que le stipulent les résolutions 242, 338 et 425 du Conseil de Sécurité et au principe de la terre contre la paix. MM. Khaddam et el-Chareh sont parvenus à obtenir un appui arabe à la position syrienne, appui qui s’est manifesté spécialement à Ryad, à Koweit et à Mascate et, d’une manière générale, dans les autres capitales des pays du Golfe. C’est ce qui a amené le président Assad à exprimer sa satisfaction quant aux résultats de la mission dont ses émissaires se sont acquittés.

UN DOUBLE OBJECTIF

Si le premier objectif de la tournée des deux émissaires syriens dans les pays du Golfe et, au préalable, en Egypte était de préserver la fermeté de la position arabe par rapport au gel de la normalisation des relations avec Israël, le second objectif n’est pas moins important: il consiste à s’assurer de l’appui arabe à la position syrienne lors des négociations avec l’Etat hébreu, ce dernier insinuant qu’elles seront reprises selon ses propres conditions. De fait, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu et son ministre des Affaires étrangères, David Lévy, ont fait des déclarations laissant prévoir une reprise prochaine des négociations avec la Syrie selon “une formule déterminée”, sans entrer dans les détails. Et sans renoncer à la position israélienne connue, selon laquelle les négociations devraient reprendre sans conditions préalables et d’après les principes définis à Madrid; autrement dit, à revenir au point de départ, ce que la Syrie rejette. Damas a trouvé étranges ces allégations israéliennes et les a tournées en ridicule, d’autant que Netanyahu a déjà formé la délégation devant négocier avec la Syrie et qui comprend David Lévy et Yitzhak Mordekhai, ministres respectivement des Affaires étrangères et de la Défense, en charge des questions politiques et militaires.

PAS D’ECLAIRCIE DANS L’IMMEDIAT

Le vice-président syrien, M. Khaddam a répondu aux déclarations israéliennes en ces termes: “Jusqu’ici, aucun indice d’éclaircie prochaine ne pointe à l’horizon, la campagne israélienne s’inscrivant dans une opération visant à induire l’opinion mondiale en erreur. “Si, a ajouté M. Khaddam, le gouvernement israélien est sérieux dans son intention de reprendre les négociations, qu’il s’engage à les poursuivre à partir du point où elles ont abouti, en s’en tenant à ce à quoi on était arrivé avec Rabin”. Le vice-président syrien a précisé, à ce propos, qu’au cours de l’étape précédente, les négociations avaient débouché sur deux faits fondamentaux: Primo, le retrait israélien jusqu’aux lignes du 4 juin 1967; c’est-à-dire de tout le territoire syrien occupé en 1967. Secundo, l’accord sur les principes relatifs aux arrangements de sécurité. M. Khaddam juge qu’il n’existe aucun changement dans la politique du gouvernement israélien. “En réalité, dit-il, ils veulent la paix et la terre et, naturellement, il est impossible d’obtenir les deux à la fois”.

PAIX JUSTE ET GLOBALE

Telle est la position que MM. Khaddam et el-Chareh ont exposée dans les pays du Golfe, au Yémen, en Egypte et dans le Maghreb arabe, tout en réaffirmant l’attachement de la Syrie à une paix juste et globale, basée sur la restitution des droits et la récupération du territoire. Et ce, sur base des résolutions des Nations-Unies et du principe de la terre contre la paix, les négociations avec Israël devant reprendre au point où elles avaient abouti il y a dix mois, non au point où elles avaient débuté à Madrid en 1991. Il est clair que Damas bénéficie d’un appui arabe certain à sa position, ce qui le renforcera lorsque l’administration américaine reprendra son action pour réactiver le processus de paix. On s’attend que Washington exerce sur la Syrie des pressions, en vue de l’amener à faire des concessions que la direction syrienne juge impossibles, tant qu’elles affectent la souveraineté et méconnaissent les droits, d’un côté; et signifient une régression, de l’autre. Israël veut reprendre les négociations avec la Syrie “sans conditions préalables” et sans tenir compte des principes définis par la conférence de Madrid. M. Farouk el-Chareh a déclaré à ce propos: “L’important n’est pas dans le fait pour les Israéliens de se dire disposés à reprendre les négociations, mais d’affirmer qu’ils les poursuivront à partir du point auquel elles ont abouti, tout en s’engageant à respecter les acquis obtenus au cours de la phase précédente”.

IMPORTANCE DU RôLE RUSSE ET EUROPEEN

Si Damas compte sur l’appui arabe qui s’est manifesté lors de l’action politique entreprise par le vice-président et le ministre des Affaires étrangères, la capitale syrienne ne minimise pas le rôle européen auquel elle attache une grande importance. Preuve en est que MM. Khaddam et el-Chareh ont interrompu leur tournée dans le Golfe, pour revenir à Damas et conférer avec M. Moratinos, émissaire de l’Union européenne, qui effectue un périple dans la région. La Syrie fonde de grands espoirs sur la position européenne, surtout après le retour du courant gaulliste au pouvoir en France. De même que sur la position russe qui rétablit l’équilibre face à la position pro-israélienne des Etats-Unis. Et ce, après la prise en charge du département d’Etat par Madeleine Albright, la “dame de fer” connue pour ses prises de position favorables à Israël. Le successeur de Warren Christopher a déclaré que le Proche-Orient ne figure pas en tête de son ordre de priorités, mais occupe la troisième place après l’Europe et le sud-est asiatique, spécialement la Chine. En bref, l’action politique syrienne qui a été réactivée, dernièrement, a obtenu de bons résultats, surtout en ce qui concerne le raffermissement de la position arabe jugé nécessaire dans l’étape actuelle à tous les Arabes et non seulement à la Syrie.

HICHAM BACHIR (Damas)