ACTUALITÉ INTERNATIONALE

LE TRAGIQUE PASSÉ DE MADELEINE ALBRIGHT RÉVÉLÉ PAR LE «WASHINGTON POST»

Les origines juives du nouveau secrétaire d’Etat américain viennent d’être révélées par le «Washington Post». Lorsqu’en mars 1939, dix jours après l’entrée des troupes allemandes, les époux Korbel décident de s’exiler avec leur toute petite fille Maria - qui allait devenir Madeleine - ils ne fuyaient pas seulement l’occupant nazi - mais l’extermination. D’ailleurs, le reste de la famille allait être la victime de l’Holocauste! Les deux grands-pères du futur diplomate américain, ainsi que sa grand-mère maternelle et une dizaine de proches allaient périr dans les camps d’Auschwitz et de Terezin, d’après le reportage du grand quotidien américain. Et il aura fallu à Madeleine Albright plus d’un demi-siècle pour retracer l’épisode le plus poignant de son enfance praguoise. Interrogé à ce propos, le secrétaire d’Etat a jugé qu’en raison de leur nature très privée, elle souhaite engager des recherches personnelles en Tchécoslovaquie. Elle a toujours cru sa famille catholique et vient tout juste de prendre conscience de la part juive de son héritage. Elle est devenue elle-même anglicane en 1959, à l’époque de son mariage. Madeleine Albright a souvent parlé en termes émouvants du double exil avec ses parents, le premier vers Londres après l’annexion de la Bohême-Moravie, et le second en 1948 vers les Etats-Unis après le coup communiste de Prague. D’après le Washington Post, le père de Madeleine, diplomate tchécoslovaque, se serait converti au catholicisme vers la fin des années 30. Mais selon les critères raciaux du IIIème Reich, il n’aurait eu pratiquement aucune chance de survivre à la «solution finale», selon le dicton en cours alors, qui disait «qu’avec un Juif converti, il y avait peut-être un Chrétien de plus, mais pas un Juif de moins». Curieusement, la rumeur du monde arabe taxait depuis longtemps Madeleine Albright de juive. Aussi, sa nomination à son nouveau poste fut-elle reçue avec une hostilité non dissimulée. Le journal séoudien «Al Chark el Awsat» a même écrit que son arrivée au département d’Etat «a fait de Tel-Aviv la capitale virtuelle des Etats-Unis». Mais cette hostilité n’est-elle pas due au fait que du temps où elle était ambassadeur à l’ONU, le nouveau secrétaire d’Etat a presque toujours adopté une attitude pro-israélienne?

LA DIVA EGYPTIENNE OUM KALSOUM, RÉCONCILIERA-T-ELLE PALESTINIENS ET JUIFS?

Zéhava Ben: “Chanter Oum Kalsoum, c’est mon cadeau pour la paix. Je ne m’occupe pas de politique!”

21 heures. Concert à l’opéra de Tel-Aviv pour types huppés! Sanglots de violon sur fond de tambourin et... et Zehava Ben surgit ondulant avec une grâce suggestive. Elle représente l’icône du nouveau consensus israélien: Ashkénazes et Séfarades; les premiers qui se grisent de Mozart et de Mahler; les seconds, de musique arabe, turque ou grecque. Chevelure de jais, les yeux d’une tristesse infinie, les rondeurs de son enfance ont disparu cédant la place à une silhouette de chat. “Je sais d’où je viens...” De Béercheva, bidonville où a échoué sa famille immigrée de Marrakech. Il lui en reste le souvenir lumineux d’un père joueur de “oud” et chanteur du répertoire d’Abdel- Wahab et d’Oum Kalsoum. “Au début je n’aimais pas; puis, mon père m’a expliqué les paroles et depuis j’ai toujours préféré la musique orientale...” Aujourd’hui, elle roule Chevrolet et aide ses concitoyens dans la mouise, le bon peuple “séf” (1) qui n’a pas honte de ses émotions et de sa pauvreté. “Je n’en ai pas honte, c’est avec eux que j’ai grandi”. Repérée par Elie Banaï, il devient son imprésario et du coup c’est 750.000 cassettes d’une chansonnette “Un brin de chance...” Les Palestiniens l’adulent, les séfarades de France l’invitent. Elle en serait restée aux cachetons, si elle n’avait décidé de s’attaquer à l’immense Oum Kalsoum. “Chanter Oum c’est autre chose... Je ne m’arrête pas de l’écouter. C’était une femme religieuse pleine de principes. J’aime ses chansons... Toucher à une déesse, c’est pénétrer dans le saint des saints... “s’excuse-t-elle. Oser chanter Oum... on a glosé là-dessus. “Si mes chansons doivent être un pont pour la paix, tant mieux! Grâce à elles, je ressens ce que les Arabes ressentent.” Oum Kalsoum avait soixante ans quand elle chanta en 1965 “Anta Oumri”, cet hymne fétiche où l’on s’abandonne à cette ivresse particulière, le “tarab”, l’extase qui fouaille les entrailles. Les musiciens arabes ont travaillé dur avec Ben pour qu’elle s’imprègne de l’accent arabe égyptien. Oum avait son passé derrière elle quand elle chanta “Anta Oumri”. Zehava Ben est à l’aurore de ses amours. Son chef d’orchestre arabe Suheil Radwan la taquine: “Je ne t’ai jamais vue pleurer!” Elle: “Ma vie n’est que pleurs...” La voici en robe blanche, n’ébauchant qu’un geste implorant vers la salle. Les Palestiniens de Gaza s’écrient en l’écoutant: “Oum Kalsoum est sortie de son tombeau!” Elle a chanté à Ramallah, à Hébron, Bethléem, et des milliers d’Arabes l’ont acclamée. Zehava rêvait de psalmodier les fresques musicales de l’inimitable égérie du monde arabe. Mission accomplie. Mais quelque chose encore reste à faire! Bientôt, elle entreprendra les répétitons “d’Al Atlal”, chanson fleuve de deux heures, à Paris. “Je veux chanter au Caire à l’Opéra, là où Oum Kalsoum a chanté et y retrouver la partie de son public restée encore en vie...”

(1) Séfarades, les Juifs originaires de l’Orient.