BLOC-NOTES

C’EST LA FAUTE À MAR MAROUN

Toutes les rancœurs accumulées au cours de ces derniers mois, toute l’agressivité sous pression, toute l’hostilité à peine contenue, tout le ressentiment mal dissimulé depuis la reconduction du mandat présidentiel, ont fini, ce 9 février, par déborder pour trouver leur éxutoire en la personne de Mar Maroun. Il faut dire que ça lui pendait au nez à notre saint patron. Depuis le jour où la république de Taëf a choisi la St Maron pour faire à la fois preuve de son esprit de tolérance, étalage de ses bons sentiments et parade d’une union nationale qui n’a jamais existé qu’en discours ronflants, il était à prévoir que cette même église servirait un jour de scène aux dissensions, aux discordes et à l’antagonisme des trois pôles d’un pouvoir composé de bric et de broc, à la légitimité contestable. Il était également à prévoir que les défilés monstres de personnalités venues rendre un hommage ostentatoire à Mar Maroun, pouvaient, à la moindre anicroche, basculer dans un boycott qui, visant le président de la république, se tromperait de cible entre le premier Maronite et le premier des Maro-nites. L’année passée, à la même date, nous avions vu les trois présidents au coude-à-coude recueillis au pied de l’autel. Nous avions vu les ministres mahométans faire assaut de ferveur avec leurs collègues chrétiens. Nous avions même vu le mufti jaafarite Abdel-Amir Kabalan prononcer un discours à partir du chœur, place réservée au clergé et plus particulièrement aux archevê-ques et aux patriarches. Tout cela a disparu cette année. Le Premier ministre a jugé absolument néces-saire de se rendre à cette date précise en France pour se reposer. N’aurait-il pu le faire, à partir du 10 au lieu du 9? Passons. Le mufti Kabalan était également invisible. Passons aussi. Quant à M. Nabih Berri, il était a-t-on annoncé à la télévision - “dans son palais de Msaïleh” pour recevoir les vœux à l’occasion de la fête du Fitr. N’aurait-il pas été possible à monsieur le président Berri de s’absenter quelques heures de son palais pour assister dans une modeste église à la St Maron? Monsieur le président Berri commencerait-il à avoir des problèmes du côté du nerf optique pour voir Mar Maroun sous les traits d’Elias Hraoui? Pense-t-il qu’Elias Hraoui soit l’incarnation de Mar Maroun ou bien que c’est Mar Maroun qui lui a dicté le discours dont le chef du Législatif a pris prétexte - après coup - pour ne pas assister à l’iftar tradition-nel offert par la présidence de la république et non par Elias Hraoui? N’est-ce pas M. Berri qui réclame à cor et à cri et avec un rare acharnement, la sup-pression du confessionnalisme politique? A-t-on réfléchi au fait que boycotter une fête officielle, d’autant plus lourde de sens que les Chrétiens se plaignent - non sans raison - d’une ségrégation qui n’ose dire son nom, serait interprété comme un avant-goût de ce qui pourrait les attendre une fois le confessionnalisme supprimé des textes sans l’être des esprits? En tant que président du parlement, M. Berri ne peut pas se considérer uniquement comme un chiite. Il est avant tout, en princi-pe, le représentant de tout le Liban avec ses 19 communautés. Et, par conséquent, concerné par tout ce qui se passe dans le pays et par tous ceux qui y vivent. Et surtout qu’il n’est pas là pour vider des querelles personnelles dont, du reste, les Libanais s’en fichent. Enfin, M. Berri - qui adore évoquer les grands hommes de l’Histoire - devrait relire ses classiques, au chapitre des phrases célèbres. Notamment celle de Louis XII répondant à ses partisans qui lui deman-daient de quelle façon il comptait se venger de ses adversaires: “Il ne serait pas décent à un roi de France de venger les querelles d’un duc d’Orléans.” Toutes proportions gardées, il n’est pas décent, non plus, que le président de la Chambre des députés du Liban se fasse l’exécuteur des hautes œuvres de Nabih Berri.


Paroles par lesquelles le duc d’Orléans devenu Louis XII, après la mort de son beau-frère Charles VIII en 1498, rassura ses adversaires.

ALINE LAHOUD.