LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Les prêches et les homélies prononcés à l’occasion des fêtes du Fitr et de Saint-Maron, ne donnent pas raison à ceux qui se formalisent du fait pour les chefs spirituels des communautés nationales, de se mêler de politique. Les réflexions émises par le cardinal Sfeir, le mufti Kabbani, l’imam Chamseddine et l’archevêque maronite de Beyrouth, prouvent que ces hauts dignitaires sont soucieux des intérêts de la patrie et de son avenir. A notre modeste avis, ils devraient tenir des sommets (spirituels) périodiques, pour se pencher sur les problèmes intéressant les citoyens dans leur vie quotidienne et contribuer à leur trouver des solutions radicales.

EN MARGE DES PRECHES DU FITR ET DES HOMELIES DE LA St-MARON

Contrairement à ceux qui demandent aux chefs spirituels des communautés nationales de ne pas s’immiscer dans la vie politique, nous invitons les hommes de religion à se préoccuper, aussi, des questions vitales engageant l’avenir de la patrie, comme des problèmes intéressant les citoyens dans leur vie quotidienne. Nous ne cessons ici d’appeler les chefs religieux à tenir, périodiquement, des sommets spirituels. Surtout lorsque leur intervention s’avère utile, voire nécessaire, pour atténuer le froid ou la tension qui caractérise les rapports entre les responsables, comme c’est le cas aujourd’hui entre les pôles du pouvoir, dont la brouille se répercute, négativement, sur la nation tout entière. Cela serait préférable que de faire appel, à tout bout de champ, aux “frères” syriens, car il vaut mieux laver notre linge sale en famille. Nous écrivons cela en nous remémorant les prêches et les homélies prononcés à l’occasion des fêtes du Fitr et de Saint Maron. Ainsi, le cardinal Sfeir, patriarche maronite et Mgr Boulos Matar, archevêque de Beyrouth, se sont retrouvés dans leurs allocutions avec l’imam Mohamed Mahdi Chamseddine et cheikh Abdel-Amir Kabalan, respectivement président et vice-président du Conseil supérieur chiite. “Nous adorons tous, chrétiens et musulmans, le même Dieu, a dit le patriarche Sfeir. Aussi, est-il étrange que nous ne puissions édifier une société que nous organiserions sur base de la solidarité, de la justice, de l’égalité des chances, de la liberté et du respect des droits de l’homme”. Puis, Sa Béatitude a mis l’accent sur “la nécessité d’unifier les rangs, afin de protéger la patrie contre les dangers qui la menacent”. De son côté, Mgr Matar s’est prononcé en faveur de l’amendement de la Constitution, “chaque fois que nous le jugeons nécessaire”, en vue d’assurer son évolution... “Mais la révision ne peut intervenir en dehors de l’entente nationale, pour pouvoir relever les défis auxquels nous sommes confrontés”. Quant à l’imam Chamseddine, il a tenu des paroles similaires à quelques variantes près. Engageant tous les Libanais “à s’associer au projet de l’Etat”, il a dit: “Le Liban n’a pas de sens sans ses fils chrétiens et musulmans... “Nous sommes tous appelés à édifier la patrie sur la base du pacte de la vie commune et des impératifs de l’unité nationale, en respectant les constantes qui sont les piliers de l’Etat et de la Constitution”. Et d’ajouter: “L’unité et la solidarité sont indispensables à la résistance et à la confrontation dans tous les domaines et à tous les niveaux”. Les gouvernants sont donc tenus d’œuvrer aux fins d’instaurer une vie politique saine et équilibrée, celle-ci étant le cadre véritable de la paix civile, laquelle suppose la non-exclusion d’aucune fraction de notre monde politique et la réactivation des institutions étatiques. Cela serait-il possible après la mort de la troïka?

Après l’émission de Bons du Trésor pour un million de dollars, le gouvernement se propose de procéder à une autre (pour 100 millions), cette somme devant financer la réhabilitation de l’Office d’électricité du Liban. Mais le Sérail a besoin du feu vert de la Chambre qui doit entériner le projet relatif à l’émission. N’est-il pas possible que l’Assemblée se rebiffe, comme elle l’a fait lors du récent débat budgétaire?

PAS DE NOUVELLE ÉMISSION DE BONS DU TRÉSOR SANS LE FEU VERT DE L’ASSEMBLÉE

L’Assemblée nationale devait examiner hier jeudi - si le quorum était atteint - un projet de loi habi-litant le gouvernement à procéder à une nouvelle émission de Bons du Trésor (pour un montant de 100 millions de dollars), cette somme étant destinée à réhabiliter les instal-lations de l’Office de l’électricité du Liban. Après la récente décision du Conseil des ministres “de ne plus faire bénéficier, l’OEL de la politique de soutien”, que signifie cette initia-tive? Sans l’aide de l’Etat, comment cet office peut-il financer la remise en état de ses équipements, du mo-ment que selon une source officielle, 40 pour cent seulement de ses factures sont acquittées? Le gouverneur de la Banque Centrale a précisé, à ce propos, que la Chambre des députés a son mot à dire; mieux encore, qu’elle est la “maîtresse de la décision”. Ceci étant, doit-on s’attendre à un nouveau “sursaut” du Législatif, face à cette demande de fonds, étant entendu que le gouvernement a déjà émis des Bons du Trésor pour un million de dollars, dont une partie viendra à échéance cette année et l’autre partie en l’an 2.000? Le gouverneur de la BDL a tenu à rassurer le contribuable libanais en affirmant que “le gouvernement était en mesure de payer ses dettes, car il dispose de l’argent nécessaire, à cette fin”. Mais il a enchaîné: “Cependant, comme il conserve ses réserves en livres libanaises, le gouvernement est tenu d’acheter des dollars pour couvrir son compte débiteur. La Banque du Liban a pu accroître ses réserves en devises américaines pour répondre aux besoins de l’Etat”. Cela dit, n’est-il pas possible que l’Assemblée se rebiffe, une fois de plus, comme elle l’a fait lors du débat budgétaire? Elle pourrait exiger un “garde-fou” pour prévenir tout dépassement du montant fixé pour la nouvelle émission de Bons du Trésor (en dollars) et la fixation d’un “plafond” aux fins d’éviter les dépenses abusives... La discussion enfiévrée instituée sous l’hémicycle autour de l’article 6 de la loi de finances, est encore présente dans toutes les mémoires: les parlementaires sont parvenus, en fin de compte, à modifier l’article mentionné, de manière à établir une limite à l’engagement des dépenses publiques. De toute façon, une nouvelle occasion est donnée au Législatif de prouver sa détermination et, surtout, sa capacité de contrôler l’Exécutif et de réclamer des comptes sur sa gestion de la chose publique, se conformant ainsi au principe de la séparation des Pouvoirs... Ainsi, on aura la certitude que la “troïka” est morte, sans espoir de retour.

L’action diplomatique se poursuit à propos du conflit régional, les visiteurs de haut rang se succédant à Paris, Damas, Beyrouth et Tel-Aviv. Après avoir conféré à l’Elysée avec le président Hariri - pendant que M. de Charette s’entretenait avec son homologue libanais - le président Chirac a réitéré le refus de la France “de toute solution unilatérale au Liban-Sud” et réaffirmé son attachement à un accord global au P.O., sur base du principe de “la terre contre la paix. M. Moratinos, émissaire européen, s’acquitte de sa mission conciliatoire, pendant que Netanyahu se trouve à Washington.

P.O.: LA FRANCE REMONTE EN LIGNE AVEC L’EUROPE EN FILIGRANE

“On entend le mou-lin fonctionner, sans voir de la farine”, avons-nous écrit la semaine dernière, en commentant l’action diplomatique menée dans le cadre de l’opé-ration de paix au Proche-Orient. Jusqu’ici, cette ac-tion n’a débouché sur aucun résultat palpa-ble, sans doute à cause de la position ambiguë de Tel-Aviv, dont le chef du gouvernement persiste à vouloir obte-nir à la fois la terre et la paix. Ce qui est simple-ment illogique et, par-tant, impossible à réali-ser. Dans l’attente de la relance du processus de paix, bloqué depuis plus d’un an, dès la prise en charge de ses nouvelles fonctions par Madeleine Albright - qui place le conflit arabo-israélien au troi-sième rang dans son ordre des priorités - la France remonte en ligne. En transposant, cette fois, son initiative au cœur même de la région proche-orientale. En effet, précédant la visite de son collègue, M. de Charette, chef du Quai d’Orsay, M. Charles Millon, ministre français de la Défense, s’est rendu ces derniers jours en Israël, pour des entretiens ayant porté, principalement, sur les moyens à mettre en œuvre pour relancer les négociations israélo-arabes, plus particulièrement sur les volets libanais et syrien. Mais ni M. Millon, ni M. de Charette ne pourront rencontrer Benjamin Netanyahu, le chef du gouvernement israélien ayant gagné Washington, à l’invitation du chef de la Maison-Blanche, pour un échange de vues sur la manière de réactiver le processus de paix. Il faut espérer que le président Clinton, maintenant affranchi du poids que faisaient peser sur lui le lobby sioniste et la juiverie américaine - qu’il n’est plus contraint d’amadouer après sa réélection - exercera des pressions efficaces sur Netanyahu, pour l’amener à assouplir sa position, afin de permettre la reprise des pourparlers et, surtout, d’en favoriser l’aboutissement. Pour en revenir à la France, il y a lieu de préciser que le président Chirac a reçu mardi le président Rafic Hariri, pour la seconde fois en l’espace de quelques semaines. Et que le chef du palais Bustros se trouve depuis lundi à Paris où, après avoir conféré avec son homologue français, il donnera une conférence sur la crise du Proche-Orient, au Centre de recherches et d’études. Dans son exposé, le chef de la diplomatie libanaise, ainsi qu’il l’a indiqué dans une déclaration à l’AIB, dira que la reprise des négociations de paix n’est pas possible, tant que la partie israélienne ne changera pas de position et que Netanyahu tient à reprendre les pourparlers dès le début et non au point où ils ont abouti en février 96, sur la base du principe de la terre contre la paix. Entre-temps, le chef du gouvernement israélien se trouve aux prises à la Knesset avec une aile de son propre parti (le Likoud), favorable au retrait de “Tsahal” du Liban-Sud et de la Békaa ouest - ainsi, d’ailleurs, qu’avec le parti travailliste - après la collision de deux hélicoptères ayant fait 73 victimes parmi les soldats israéliens. Un problème se pose en cas de retrait unilatéral: serait-il possible d’obtenir le stationnement d’une force multinationale à la frontière libano-israélienne?... Paris émet des réserves, à ce sujet, et soutient que “la solution est liée au Golan”...

ECHOS ET REFLEXIONS

JOURNALISME ET DIPLOMATIE...

Il est question depuis quelque temps, d’une préten-due médiation qui serait entreprise entre Bkerké et Damas, à l’effet de rétablir le dialogue entre le siège patria-rcal maronite et la capitale syrienne. Un membre de l’Assemblée et un journaliste faisaient part, dimanche dernier, dans le cadre d’une émission télé-visée, de leurs renseigne-ments relatifs à cette affaire. Notre confrère ayant cru savoir que le patriarche Sfeir aurait chargé deux émis-saires (un autre confrère et un ex-ambassadeur) de tenter de rétablir le contact entre le patriarcat et les bords du Barada, par l’intermédiaire du parlementaire mentionné, celui-ci s’est empressé de préciser: «Sa Béatitude ne charge pas des émissaires... mais les autorise à effectuer toute démarche qu’il juge utile». Et d’enchaîner: «Cepen-dant, il n’existe rien de sérieux jusqu’à ce jour su-sceptible de prêter à des prédictions et d’en attendre les résultats...» Et le journaliste de répon-dre: «On peut assurer qu’il y a du nouveau à ce sujet, car le cardinal-patriarche a dé-menti la rumeur selon laquel-le il aurait confié à un mem-bre du Conseil central maro-nite le soin d’entreprendre une démarche auprès de Damas... mais non celle rela-tive à la mission confiée aux deux émissaires»... L’animatrice de l’émission a eu le mot de la fin: «Nos invités ont tenu: le premier, un langage diplomatique et, le second, un langage journa-listique.» Les téléspectateurs, eux, en sont restés là, jusqu’à plus ample informé.

Edouard BASSIL.