SATURNALES
MOLIÈRE ET LE POULAILLER
Quand Molière voulait juger de la qualité du spectacle de l’une de ses pièces, il regardait toujours vers le «paradis» ou «poulailler». (Galerie la plus élevée dans un théâtre, où les places sont les moins chères). Selon qu’il entendait des applaudissements ou des sifflets venant de cette galerie, il déduisait du succès ou de l’échec de la représentation. Peu lui importaient les réactions des occupants des baignoires, loges et fauteuils d’orchestre. Il savait bien que ceux-là venaient pour voir ou être vus. Il en est de même actuellement pour les autres spectacles. Que l’on regarde à la TV Pavarotti, Domingo ou Carreras, que ce soit à la Scala, au Metropolitan ou à l’Opéra de Paris, leurs premiers regards montent vers le «paradis». Au Liban où l’on a fait un effort sérieux ce mois pour organiser des spectacles musicaux de qualité: José Carreras et Richard Clayderman entre autres, il aurait fallu prévoir des places «populaires» accessibles aux jeunes, aux étudiants, aux mélomanes, pas très argentés. Sur les milliers de places du «Forum», il aurait fallu réserver au moins mille places à des prix n’excédant pas les 30.000 L.L., quitte à majorer les places les plus chères. Qui peut payer 300.000 L.L. pour entendre Carreras, paiera volontiers les 400.000 L.L.! Idem pour les spectacles de Clayderman. Ici, il est vrai qu’une matinée meilleur marché a été prévue. En tout cas, il faut applaudir ces deux initiatives.
***
SATURNALES MUSICALES
En l’honneur de la «Saint-Valentin», ces Saturnales sont d’un autre registre que les Saturnales classiques. C’est pourquoi, il a été réservé une grande place à la musique, grande mais nécessaire, cet Art étant souvent négligé au Liban, mises à part la musique orientale et les danses du ventre. La musique est un art universel, ne connaissant pas de patrie. Toutes les politiques du monde, tous les régimes de droite ou de gauche ont toujours applaudi la belle musique. Puisque cette semaine est la semaine de la musique, citons quelques records: - L’assistance la plus nombreuse: 500.000 personnes et un peu plus, ont applaudi Luciano Pavarotti le 26 juin 1992 à New York. - 400.000 spectateurs pour l’orchestre Pops de Boston dirigé par Arthur Fiedler, au Hatch Memorial Stell à Boston aux USA. - Le plus grand nombre de rappels - bis -: Luciano Pavarotti 165 rappels (1h7min. d’applaudissements) à Berlin le 24 février 1988. Placido Domingo: 101 rappels (1h20min. d’applaudissements) le 30 juillet 1991 à Vienne. José Carreras battra-t-il le record d’ap-plaudissements et de «bis» à Beyrouth?
***
LE DROIT ANGLO-SAXON À L’UNIVERSITÉ
«LA SAGESSE» Sait-on qu’au programme de l’Université «La Sagesse», figurent des cours de Droit anglo-saxon? Cette excellente initiative prise par le président de l’Université le R.P. Paul Akl marque une première au Moyen-Orient. Les professeurs qui y enseignent se sont spécialisés dans les plus grandes universités américaines et anglaises. Auparavant pour étudier les variations et les subtilités du Droit anglo-saxon, indispensables souvent, aux émigrés libanais et aux hommes d’affaires - sans compter les autres - il fallait aller étudier à l’étranger dans un pays où l’on applique ce Droit, car au Liban, c’est surtout le Code Napoléon qui est la référence en sus du droit libanais et celui concernant le Statut personnel, relatif à chaque communauté. Désormais, la culture au Liban sera plus complète et ouverte au nouveau monde. A ne pas oublier que tout francophone et francophile qu’on puisse être, il est réaliste de constater la suprématie de la seule super-puissance actuelle: celle de l’Oncle Sam!
***
LE MASSACRE DU «DOUX-PARLER» DE FRANCE!
«Le type qui fait de la skinautique»... Non, il ne s’agit pas de coquilles journalistiques! Ainsi, commence la question posée aux étudiants à l’examen de la 2ème année de génie à l’Université Libanaise. C’est avec «génie» qu’on massacre la langue de Molière. Il est vrai que la connaissance parfaite des langues n’est pas indispensable aux futurs ingénieurs qui auront plus de mathématiques à faire que de belles phrases. Il est vrai, aussi, que ces futurs savants, n’ont que faire du «doux parler de France», puisqu’ils auront souvent sous leurs ordres des ouvriers libanais ou autres... (le plus souvent autres) arabes! Mais si l’on pardonne d’ores et déjà aux étudiants la méconnaissance des langues étrangères, bien que la plupart d’entre eux, maîtrisent parfaitement soit l’anglais, soit le français, il est inadmissible que messieurs les Professeurs ignorent la langue dans laquelle ils enseignent. L’à peu près, le laisser-aller, la désinvolture, quand ce n’est pas franchement la médiocrité ne doivent pas régir la vie quotidienne libanaise. Qu’on enseigne en français, qu’on enseigne en arabe, qu’on enseigne en chinois s’il le faut, mais au moins qu’on enseigne bien.
| MUSIQUE DE CHAMBRE OU MUSIQUE POUR LA CHAMBRE?
...
Des députés. On dit que la musique adoucit les mœurs! Cela est parfaitement vrai, surtout quand il s’agit de musique classique, pacifica-trice, calmante, euphorisante. Un proverbe chinois veut que «si le roi aime la musique avec prédilection, le royaume aura de loin un meilleur gouvernement». De là à déduire que si nos gouvernants sont des mélomanes, les séances de la Chambre et les Conseils de ministres seront paradisiaques. Imaginons un peu, des sessions parlementaires se déroulant sur fond de musique de la 9ème Symphonie de Beethoven, avec l’Hymne à la Joie! Ou des Conseils de ministres sur un fond très doux des Quatre saisons de Vivaldi! Ou des discussions de budget sur fond de Mozart! L’important est de ne pas faire jouer des «Requiem»! Le Libanais aime innover, pourquoi ne le ferait-il pas dans ce domaine? De la musique avant toute chose et il est certain que tout irait mieux au Liban! |
MARY YAZBEK AZOURY.