LA CHRONIQUE

“UNE PAIX DANS LE GUÊPIER ISRAÉLIEN?!”

Et d’ajouter: “que ce même peuple, après avoir subi ce qu’il a subi, pût en dominer un autre, est aussi inconcevable qu’absurde. Nous refusons, quant à nous, l’idée même que les victoires d’Israël, aussi importantes qu’elles eussent été et la résurgence du mythe hébraïque, du grand Israël, puissent inspirer une légitimité biblique fortement discutée, pour justifier une conquête territoriale, au prix de tant de pertes humaines, alors qu’il aurait dû se faire accepter et se faire comprendre des Arabes.” Néanmoins, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, ne veut pas prêter l’oreille à cet aveu, aussi pertinent soit-il. Cédant comme à l’accoutumée à la tentation judéo-américaine de l’hégémonie, il ne voit la paix qu’à travers ce cristal. Par conséquent, ils n’est pas trop concerné dans un processus de paix irrespec-tueux de la tradition biblique et des intérêts d’Israël. Puisse-t-il entendre cet autre aveu non moins boulever-sant, d’un autre juif chevronné, l’écrivain Yeshayahou Leibovitz: “Le peuple juif n’est pas le peuple élu, il a reçu le commandement qu’il le soit, ce qui n’est pas le même. Il n’a pas de particularité dans son essence, sa particularité ne se trouve que dans l’exigence qu’on lui a proposée, qu’il est libre d’accepter ou de refuser, celle d’être un peuple de prêtres et de témoins et non pas un Etat comme les autres.” A partir de ces données, qu’on n’aille pas nous faire croire que les revendications territoriales et leur légitimité dont Israël se targue sont justifiées et que la paix qu’il ne cesse de scander à cor et à cri, ne peut être façonnée qu’à sa propre mesure. Toutefois, de quelle paix s’agit-il aujourd’hui? De la “Pax americana”, hégémonique et partisane, ou bien de celle préconisée et soutenue par la France et la Communauté européenne, “la paix contre les territoires”, agréée par les Arabes, ou la paix israélienne à “géométrie limitée”, marchandée aux enchères? Dans lequel de ces contextes, est-elle inscrite?

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Pendant longtemps, la stratégie géo-politique et militaire des Etats-Unis au Proche-Orient, était axée sur le soutien inconditionnel de l’Etat hébreu et des pays pétroliers du Golfe, alors que la politique de la France entamée par le général De Gaulle, renouée et adaptée à l’air du temps par le président Jacques Chirac, ne fait pas cause commune avec les Etats-Unis et son partenaire israélien. A noter en l’occurrence, que toute tentative de compétition avec les Etats-Unis à l’échelle planétaire, est vouée à l’échec, si elle n’est pas conforme à la realpolitik, dont le diktat, en l’absence d’un consensus international, est presque irréversible. Entre le racisme colonial d’antan, et l’anti-occidentalisme dont l’inté-grisme est le principal catalyseur, il devrait exister une troisième voie, capable d’assurer une paix juste et durable dans cette partie du monde, assurant non seulement la sécurité à tous les pays de la région, mais aussi et surtout, un accès au progrès culturel dont elle a expressément besoin. La France est le pays le mieux indiqué pour jouer ce rôle prééminent et conciliateur. N’en déplaise à l’éditorialiste du “New York Times” qui vient de cracher tout son venin à l’encontre de la France, conflit de civilisation, feignant d’oublier ce que la France a apporté et apportera encore en faveur de la paix et de la civilisa-tion à l’échelle planétaire. Le temps de “l’harpagonnerie stratégique” à l’amé-ricaine, est révolu. L’ère de plaider loyalement en faveur du droit des peuples à l’autodétermination et à la différence a commencé. L’expérience nous enseigne, que les peuples du Proche-Orient se résignent difficile-ment au relâchement et à la démission. Ce n’est pas en encourageant les égarements dans l’erreur que les Etats-Unis pourront ériger un ordre régional ou mondial fût-il sécurisé et viable, qu’ils pourront imposer aux Arabes une paix préfabriquée à leur encontre. Cependant, faut-il avouer, que nous sommes bien loin des situations qui ont prévalu jadis au Proche-Orient. A l’époque de la guerre froide entre les deux superpuissances qui régis-saient le monde, l’Europe, la France en particulier, s’opposait à l’hégémo-nie judéo-israélo-américaine au Proche-Orient. Aujourd’hui, le pano-rama a changé. La distance entre les Arabes et Israël est raccourcie. Le Sinaï et Taba ont été rendus à l’Egypte; quelques territoires aussi à la Jordanie et sept grandes villes aux Palestiniens; les relations diplomati-ques, aussi froides et nébuleuses soient-elles, entre Israël et l’Egypte, la Jordanie, Qatar, ainsi qu’avec le Maroc et la Tunisie vont bon train. A part les deux plus récalcitrants des pays arabes, la Syrie et le Liban, qui détiennent, à bon droit la clef de la paix au Proche-Orient, l’Etat hébreu, ne manque pas d’interlocuteurs arabes. Le monde est en train de changer à une allure vertigineuse. Nous sommes plus que jamais persuadés, que les réalités sont têtues et qu’en fin de compte, elles auront raison de l’obstination de Benyamin Netanya-hu, car il n’y aura d’autre solution valable que la paix, pour Israël comme pour les Palestiniens et le reste des pays arabes. Aussi, il est facile, mais il est surtout absurde, de juger à la lumière d’une logique de paix des attitudes prises dans une logique de guerre. Entre un Likoud qui revit ses anciens réflexes d’inimitié à l’égard des Arabes et un parti travailliste sous le coup d’une défaite électorale tous azimuts, l’avenir de la paix au Proche-Orient se joue à la roulette israélienne. La communauté européenne qui assume à elle seule 75% de l’aide in-ternationale aux Palestiniens, devrait faire acte de présence dans ce proces-sus de paix moribond. En dépit de l’acharnement américain pour sa marginalisation dans les règlements internationaux, et dans celui du Proche-Orient, le plus pressé d’entre eux, en particulier, elle doit intervenir en faveur des pays arabes désemparés face au soutien inconditionnel des Etats-Unis à Israël, - comme pour faire comprendre à l’opinion interna-tionale, que l’Amérique, n’est pas l’interlocuteur exclusif. L’Europe a toujours fait preuve de sa capacité à affirmer son rôle inéluc-table voire irréversible, dans un mon-de en quête de repères.

“Le refus qu’un peuple n’acceptât pour les autres ce qu’il réclamait pour lui, une patrie, relève de l’arbitraire.”

Jean Daniel (Réponse à Elie Wiesel (1))

(1) Elie Wiesel écrivain juif, prix Nobel de la paix 1986.

José M. LABAKI.