LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
Depuis la collision entre deux hélicoptères israéliens, “Tsahal” procède à des agressions quotidiennes ayant atteint, dernièrement, la profondeur de la Békaa et Baalbeck. Saisi chaque fois d’une plainte, le comité international de surveillance du cessez-le-feu n’a d’autre possibilité que de consigner les faits dans un rapport destiné aux Nations Unies. En Conseil des ministres, (notre photo) le chef de l’Etat a souhaité “l’arrêt des controverses et des tractations politiques pour nous élever au niveau des défis de l’heure”.
LE GROUPE DE SURVEILLANCE INCAPABLE DE PACIFIER LE SUD
Le chef de l’Etat l’a dit, à juste raison, en Conseil des ministres, après avoir vanté l’action de la résistance à l’intérieur du territoire libanais - “ce qui est le droit du peuple libanais de lutter contre l’occupant”. “Je souhaite l’arrêt des controverses et des tractations politiques, surtout dans les circonstances actuelles, pour nous élever au niveau des défis que le Liban est appelé à confronter”, a dit le président de la République. Et d’ajouter: “Ce qui se passe au Sud, est plus important... Nous sommes tenus de resserrer les rangs, afin de libérer notre terre et de protéger notre peuple contre les agressions quotidiennes de l’ennemi israélien”. De plus, il a fait état du rôle dont s’acquitte la France (à l’occasion de la récente rencontre Chirac-Hariri à Paris) et de la visite que le chef du Quai d’Orsay doit effectuer le 6 mars à Beyrouth, dans le cadre d’une nouvelle tournée proche-orientale. “Resserrer les rangs pour libérer notre territoire et protéger notre peuple”, fort bien. Mais comment cela serait-il possible, en frappant d’exclusion une vaste fraction de ce même peuple et de ceux qui sont censés le représenter au Pouvoir et à l’Assemblée nationale? “Le malheur unit”, dit le proverbe. Ceux qui détiennent les rêves du pouvoir, lancent un appel à l’union, chaque fois qu’un drame s’abat sur le pays, sans rien faire pour favoriser les retrouvailles nationales. Il en fut ainsi lors de la déplorable tragédie de Cana. On se souvient qu’à l’époque un sentiment d’unanimi-té nationale s’était manifesté pendant un bon bout de temps, que les gouvernants n’ont pas su ni voulu exploiter, à l’effet de déblayer le terrain des obstacles qui entravent l’entente interlibanaise véritable. Maintenant, le Sud subit de nouveau les coups de notre voisin à la frontière méridionale et, une fois de plus, un appel à la concorde est lancé qui, espérons-le, ne fera pas long feu... Entre-temps, le Liban officiel ne trouve rien de mieux que de présenter une nouvelle plainte au groupe de surveillance du cessez-le-feu, lequel se contente, comme il l’a fait jusqu’ici, de consigner les faits dans un rapport destiné au secrétariat général des Nations Unies. Ce groupe renvoie toujours dos à dos l’agresseur et la victime, en les engageant à plus de retenue. On dit, cependant, qu’un débat fiévreux a caractérisé sa dernière réunion, au cours de laquelle il devait statuer sur deux plaintes libanaise et israélienne... La conclusion, c’est le caricaturiste d’une télévision locale qui l’a tirée mardi soir: son dessin montrait un âne en train de braire, à qui il fait dire: “C’est kif-kif, bourricot!” Tout compte fait, quelle décision peut prendre un groupe de surveillance ne disposant d’aucun pouvoir de décision l’habilitant à infliger des sanctions à la partie ayant violé la trêve, si ce n’est de reconnaître son constat d’impuissance, exactement comme la FINUL?
Une nouvelle épreuve de force a été évitée in extremis entre deux pôles du Pouvoir, en l’occurrence les deuxième et troisième présidences. Et ce, à la suite d’un conflit opposant les occupants d’immeubles à évacuer, dans une zone devant servir d’emplacement au “projet Elyssar”. Le Conseil supérieur de sécurité, siégeant d’urgence, lundi matin, (notre photo) a décidé de surseoir à l’ordre d’évacuation et son président, qui n’est autre que le ministre de l’Intérieur, a jugé préférable “de régler le conflit par le dialogue”. Pourquoi donc cette méthode ne serait-elle pas utilisée avec la CGTL?
NOUVELLE ÉPREUVE DE FORCE ÉVITÉE ENTRE LES PÔLES DU POUVOIR
Une nouvelle épreuve de force a failli opposer, cette fois, les deuxième et troisième présidences, provoquée par la décision du gou-vernement de procéder à la démo-lition d’habitations d’Ouzaï - après le délogement de leurs occupants - ces terrains devant servir d’empla-cement au “projet Elyssar” dans la banlieue-sud. Les familles ayant reçu un dernier ultimatum, les sommant de quitter leurs demeures (avant lundi dernier), une délégation les représentant s’est rendue dimanche auprès du président Nabih Berri - dont ils sont, semble-t-il, les coreligionnaires - pour se plaindre et réclamer son intervention en leur faveur. Le chef du Législatif a usé d’un ton ferme en haranguant ses visi-teurs à qui il a tenu ce langage: “Avant de demander aux gens d’évacuer leurs lieux de résidence, il faut les dédommager pour qu’ils puissent s’assurer des logements de rechange.” Et d’enchaîner: “Qu’on ne tente pas de monter les habitants d’Ouzaï contre les forces de l’ordre... Ceux qui cherchent à pêcher en eau trouble, doivent réfléchir aux conséquences de leurs actes et se rappeler du fait que le 6 février n’est plus très éloigné”. Le chef du Législatif a dit en-core à ses hôtes qui l’ont chaleu-reusement acclamé: “Si des indem-nités suffisantes ne vous sont pas versées pour débrouiller un toit, vous n’aurez pas à descendre dans la rue... Je serai à vos côtés. “Ne craignez ni l’armée, ni les forces de sécurité intérieure, encore moins les frères syriens avec lesquels nous formons une seule main, car l’Autorité ne peut menacer son peuple... Vous avez créé le Pouvoir dont vous êtes la source et non le contraire.” Dans la matinée du même jour, l’imam Mohamed Mahdi Chamsed-dine, président du Conseil supérieur chiite, avait élevé la voix pour “mettre en garde contre l’émergence d’un problème social dans la région des Sablons et d’Ouzaï”... Convoqué d’urgence, le Conseil de sécurité intérieure a résolu, in extre-mis, de surseoir à la décision de faire évacuer, manu militari si nécessaire, les “squatters” d’Ouzaï. “Pourquoi, a dit le ministre de l’Intérieur, user de la manière forte, quand on peut régler le problème par le dialogue?” Cela dit, une question se pose: Si les squatters d’Ouzaï n’étaient pas chiites, le président Berri et l’imam Chamseddine auraient-ils réagi avec autant de célérité et de virulence? Le même cas s’était présenté, il y a près de deux ans, à Wadi Abou-Jmil où des familles (également chiites) avaient été dédommagées, généreu-sement, pour accepter d’évacuer des immeubles qui devaient être démolis dans le cadre du plan de reconstruc-tion du centre-ville. Ceci nous porte à déplorer la politique des deux poids et deux mesures suivie par le Sérail, les citoyens n’étant pas traités sur le même pied d’égalité... On sait, en effet, que les dizaines de milliers de personnes déplacées de la montagne et d’ailleurs, ne peuvent pas réintégrer leurs maisons et leurs terres “faute de crédits”... Est-ce logique?
En dépit de l’action diplomatique menée à tous les niveaux et des va-et-vient à Washington de personnalités arabes et israéliennes - Netanyahu vient de rentrer de Washington où se rendront incessamment, le roi Hussein et le président Hosni Moubarak, alors que Madeleine Albright a conféré avec Chirac (notre photo), - aucune perspective de solution dans l’immédiat du conflit régional ne se profile à l’horizon.... Il faudrait, peut-être, attendre la mi-mars pour être fixé sur les intentions du président Clinton et sur sa possibilité de fléchir quelque peu la position de Tel-Aviv...
P.O.: PAS DE SOLUTION EN PERSPECTIVE DANS L’IMMÉDIAT
Aux dernières nouvelles et au terme de la nouvelle visite que Benjamin Netanyahu vient d’effectuer aux Etats-Unis, M. Dennis Ross, coordonnateur américain, prévoit la reprise des négociations de paix sur les volets libanais et syrien vers la fin du mois prochain. Mais ce n’est qu’une prédiction faite à l’issue de son entrevue, lundi dernier, avec le chef du gouvernement israélien, lequel a confié à son conseiller personnel, Dore Gold, le soin de poursuivre les pourparlers dans la capitale fédérale, avant de regagner Tel-Aviv. Cependant, selon certains recoupements Netanyahu poursuit le jeu de la douche écossaise dans lequel il excelle: d’un côté, invoquant le protocole d’Hébron, il se prévaut du titre de «faiseur de paix» et, de l’autre, il maintient des conditions rhédibitoires, rendant difficile la reprise des négociations et, partant, l’aboutissement du processus de paix. En effet, il persiste à vouloir relancer le dialogue avec les Libanais et les Syriens, non à partir du point où il avait abouti fin février 96, mais de zéro, en le ramenant à la «case départ»... Puis, il n’a pas manqué de ressasser sa détermination à ne pas transiger sur le statut futur de Jérusalem, en réaffirmant que la Ville sainte restera la capitale éternelle unifiée de l’Etat hébreu. Et quant au Golan, il insinue que «cette zone revêt une importance stratégique, d’où la nécessité pour Israël d’y maintenir une force militaire». Du côté du Liban, Netanyahu exige l’arrêt des opérations de la résistance au Sud, avant toute reprise des négociations. Alors que le gouvernement libanais se cantonne dans sa position inamovible connue de tous: que l’Etat hébreu retire ses forces en application de la résolution 425 du Conseil de sécurité et l’Etat libanais assumera ses responsabilités sur le plan sécuritaire, en cas de retrait israélien. Tant Beyrouth que Damas réitèrent leur exigence: les négociations doivent reprendre sur base des principes définis par la conférence de Madrid, dont celui de «la terre contre la paix» et à partir du stade où elles avaient abouti au moment de leur suspension. Il résulte donc des tergiversations israéliennes et des volte-face de Netanyahu, que ce dernier manœuvre en vue de dissocier le volet libanais du volet syrien, pour pouvoir signer des accords de paix séparés avec le Liban et la Syrie, ainsi que les Israéliens l’ont fait avec l’Egypte; puis, l’OLP et la Jordanie. Tel est son plan. Le président Clinton réussira-t-il à infléchir sa position, en exerçant sur Tel-Aviv des pressions qu’on ne voit pas encore venir? Dans la négative, le règlement du conflit israélo-arabe n’est pas pour bientôt, à moins d’imprévu ou d’un renversement de la situation imprévisible jusqu’à ce jour... La France et l’Europe sont entrées en ligne, c’est vrai. Reste à savoir dans quelle mesure elles sont en mesure d’influer sur le cours des événements et d’engager le processus de paix sur la voie qui le mènera jusqu’à son heureux épilogue.
ECHOS ET REFLEXIONS
“FORCE D’ÉLITE”
Une dépêche d’agence datée d’Abou-Dhabi, faisait état la semaine dernière du bilan positif enregistré à Charjah, par la brigade spéciale pour la protection des mœurs, consti-tuée il y a deux ans dans cet émirat conservateur, à la suite de l’accroissement des plaintes contre les “cas de harcèlement sexuel dans les lieux publics.” Il s’agit d’une “force d’éli-te” de 250 agents en civil, dont quelques femmes, bien entraî-nés et devenus un moyen effi-cace pour protéger les descen-dantes d’Eve. Les Roméos pris en flagrant délit sont passibles d’une peine de prison et, en cas de récidive, à une amende, comme à la saisie de leur voiture ou motocyclette, s’ils sont motorisés. Nous avons pensé, aussitôt, par association d’idées, aux cas de plus en plus nombreux chez nous, non de harcèlement sexuel - qui ne sont pas rares - mais de cambriolages dont la recrudescence ne manque pas d’inquiéter les citoyens. Le Conseil de sécurité inté-rieure reconnaissait, dernière-ment, cet état de choses et s’est finalement ému du nombre croissant de plaintes de la part de citadins dont les apparte-ments sont l’objet de vols avec effraction. Les cambrioleurs semblent opérer, maintenant, en bandes organisées et selon un plan préétabli, en vertu duquel ils “ratissent” chaque fois, les appartements, d’un même immeuble où habitent des familles aisées. De même, ils s’attaquent aux voitures de marque qu’ils ne volent pas, mais s’emploient à les démonter, une pièce après l’autre... Qu’attend le Conseil de sé-curité intérieure pour mettre sur pied, sinon une “force d’élite” pareille à celle de Charjah, au moins, pour réta-blir le gardiennage nocturne, afin de rassurer les citoyens et de leur permettre de dormir sur les deux oreilles, sans être importunés par les “visiteurs du soir”?
Edouard BASSIL.