EXCLUSIF
ENTRETIEN A CŒUR OUVERT AVEC LE CHEF DE L’ÉTAT ÉGYPTIEN
HOSNI MOUBARAK
A MELHEM KARAM :
«LA PROPOSITION ISRAÉLIENNE «LIBAN, D’ABORD» ENGENDRERA DE TRÈS GRANDS PROBLÈMES»
Cette année, j’ai râté mon rendez-vous traditionnel avec le président Hosni Moubarak, qu’il me fixait traditionnellement durant le mois de Ramadan. La conférence de Davos en est la cause et la rencontre a été reportée au lendemain de la fête du Fitr. Le souci du Raïs de ne pas négliger ses amis, l’a porté à m’informer du nouveau rendez-vous jeudi dernier après minuit, soit vendredi matin. Il m’a été dit à Beyrouth que je devais être vendredi soir en Egypte, parce que le président devait me recevoir samedi matin, sinon l’interview serait ajournée jusqu’après la visite du roi Juan Carlos au Caire. Ainsi, j’ai engagé une course contre l’impossible et le temps, car mon arrivée au Caire vendredi pour pouvoir être à mon rendez-vous samedi matin, paraissait de prime abord impossible. J’ai pensé à mon ami, Robert Mouawad, qui m’aurait prêté son avion. Puis, j’ai envisagé de quitter Beyrouth à bord d’un avion séoudite, lequel aurait atterri à Djeddah vers 10 heures, un autre avion devant partir pour Le Caire une heure plus tard. L’aventure était dangereuse et ses résultats non garantis. Enfin, la Providence m’a permis de prendre un avion de la MEA en partance pour Larnaca vers 13h30. De là, j’ai emprunté un appareil égyptien devant quitter Chypre à 19 heures; ainsi, j’aurais passé quatre heures à l’aéroport chypriote. Ceci m’a permis d’enregistrer cette interview qui, si elle avait tardé à paraître, aurait été privée de sa saveur et sans intérêt. Car s’il n’est pas frais, le sujet journalistique doit être éliminé, toute minute qui passe le classant dans le passé. Puis, la matière médiatique ne peut être mise en conserve, ni congelée; elle doit être récente et tendre. C’est ce qui a eu lieu et m’a permis d’être au rendez-vous. L’entretien avec le président Moubarak est d’autant agréable qu’il vous met à l’aise dès le premier instant de la rencontre. Puis, il excelle dans la façon d’exposer ses idées et va droit au cœur du sujet. Je l’ai connu dès sa prise en charge du commandement égyptien et arabe et il ne m’a pas été possible de savoir si la valeur née grande ou si elle se développe à l’instar de l’homme. Il a rompu avec les plaisirs de la vie, pour mener l’existence des ermites qui se consacrent à une cause ou à un livre. Je ne sais ce qui me rapproche davantage de la piété, quand je parle des leaders probes et honnêtes qui me plongent dans la simplicité des mosquées, des monastères et dans les grottes transformées en lieux de culte, comme si le leadership équivaut à la sainteté. C’est un étrange mélange d’un leadership profond et d’un esprit lucide. Il est partagé entre les revendications et les charges qu’il assume avec compétence, se préoccupant avant tout de servir les gens et d’être utile aux citoyens, joignant à cet effet le jour à la nuit, les vingt-quatre heures étant insuffisantes. C’est l’un des dirigeants ayant le mieux dessiné le visage de l’Egypte. Le président Moubarak est la preuve flagrante de ce que le potentiel national est un don polyvalent: c’est un visionnaire, donnant la preuve de sa longueur de vue et un esprit ouvert, se préoccupant en permanence des problèmes qui intéressent l’Egypte et la patrie arabe. Il n’a proclamé, aucun jour, qu’il accomplit des miracles et n’a jamais voulu s’attribuer le mérite d’actes ou d’initiatives qu’il n’a ni pris ni accomplis. Pour Hosni Moubarak, le leadership idéal est double: un commandement de courage et un commandement fait de science et de moralité. La rencontre a eu lieu au palais de la présidence dans la nouvelle Egypte. Elle s’est poursuivie pendant une heure et demie, en présence de Safouat el-Charif, ministre de l’Information; Nabil Osman, chef de l’organisme général de renseignements; Saër Melhem Karam, Najil Moubarak et Georges Saad. (L’interview paraît en même temps dans «La Revue du Liban», «Al-Hawadess» et «Monday Morning», publications éditées par «Dar Alf Leila Wa Leila»). Le Raïs m’a chargé de messages verbaux destinés aux présidents Elias Hraoui, Nabih Berri et Rafic Hariri et a invité les Libanais à régler leurs problèmes par le dialogue.
LE COMMANDEMENT, UN CONSENSUS ENTRE LE GOUVERNANT ET LE PEUPLE
Le président Moubarak, a entamé son entretien en ces termes:
«Le commandement ne peut être qu’un consensus entre le gouvernant et le peuple, pour atteindre le cœur des gens et la profondeur de leurs besoins. Il ne se réalise pas par la coercition et l’oppression, car nul ne peut œuvrer contre l’opinion publique dans son pays, le chef de l’Etat devant être au service de son peuple en permanence».
Melhem Karam: - Monsieur le président, comment voyez-vous le Liban et son avenir? Quelle serait l’attitude à adopter si Israël décidait de se retirer, subitement, du Liban-Sud?
Président Moubarak: «Le Liban est promis à une période de vitalité et de bien-être. Cependant, le fait pour les Israéliens de proposer «Liban, d’abord» pourrait susciter bien des problèmes. En Egypte, nous voulons que le Liban soit libre, indépendant et souverain. Si Israël se retirait d’une manière subite du Liban-Sud et de la Békaa ouest sans préparer son retrait, des événements graves pourraient se produire. Des forces agiraient en vue de compromettre la stabilité et, aussi, de provoquer des prises de position chaudes contre le Liban et la Syrie. Israël serait contraint de riposter à toute opération militaire ayant le Liban comme point de départ, ce qui rendrait la situation encore plus complexe.»
Melhem Karam: - Comment évaluez-vous votre dernier tête-à-tête avec le président Hafez Assad?
Président Moubarak: «La rencontre a été excellente. Je lui ai fait part de la proposition suggérée par Benjamin Netanyahu «Liban, d’abord» et le président Assad a dit: «Disons, Liban et Syrie, d’abord» pour éviter les complications».
NON A LA GUERRE
Melhem Karam: - Israël serait-il prêt à déclencher une guerre?
Président Moubarak: «Personnellement, je suis contre toute guerre. Lorsque j’ai rencontré Netanyahu à Davos, dernièrement, je lui ai dit: C’est un sujet éculé et le moment est venu pour nous d’oublier les guerres. Nous devons régler nos problèmes dans un climat éloigné des conflits armés».
Melhem Karam: - Netanyahu a-t-il partagé votre opinion?
Président Moubarak: «Il est d’accord. Je lui ai dit encore que la guerre ne peut résoudre aucun problème, l’Histoire en étant témoin. Au contraire, elle engendre de nouvelles rancunes et la violence. Les guerres, contrairement à ce qu’il en était dans le passé, apportent les malheurs et les drames à tous les peuples sans exception. Netanyahu a été convaincu dans une large mesure de ce que je lui ai dit et je ne crois pas que l’Etat hébreu a l’intention d’engager une guerre».
ISRAËL A BESOIN DE PAIX
Melhem Karam: - Israël est-il sérieux au sujet de la paix ou bien continue-t-il à manœuvrer et à tergiverser?
Président Moubarak: «Je crois qu’Israël a besoin de paix».
Melhem Karam: - Même Netanyahu?
Président Moubarak: «Netanyahu paraît intransigeant, mais est parvenu à un accord sur Hébron, au terme de six mois de tractations et nous sommes intervenus, en fin de compte pour favoriser la signature d’un protocole bilatéral... Ce qui m’importe, c’est la paix et j’ai dit à Yasser Arafat, en présence de Dennis Ross (coordonnateur américain): «La paix a besoin de certaine souplesse».
Melhem Karam: - Abou Ammar est-il souple?
Président Moubarak: «Sans sa souplesse, nous ne serions pas arrivés à un accord à Hébron. Le roi Hussein m’a dit: Nous avons tenu compte de vos suggestions».
LE ROI FAHD, FAVORABLE À UNE PAIX JUSTE ET GLOBALE
Melhem Karam: - S.M. le roi Fahd a-t-il eu un rôle dans l’accord sur Hébron?
Président Moubarak: «Nous maintenons le contact avec le roi Fahd qui œuvre en faveur de l’instauration d’une paix juste et globale dans la région tout entière».
Melhem Karam: - Netanyahu signera-t-il la paix avec les Arabes?
Président Moubarak: «Netanyahu s’adresse à l’opinion publique israélienne, mais quand nous nous entretenons avec lui, il exprime une bonne intention et se dit favorable au processus de paix. Cependant, ses déclarations partisanes lui créent un problème, au sein même de son gouvernement».
Melhem Karam: - Qu’en est-il des positions du président Hafez Assad?
Président Moubarak: «Le président Assad assure à tous sa disposition à favoriser la paix, mais il lui importe de reprendre les négociations au point où elles ont abouti».
NETANYAHU PRÊT A RESTITUER LE GOLAN
Melhem Karam: - Netanyahu est-il prêt à restituer le Golan à la Syrie?
Président Moubarak: “Oui, il me l’a dit, mais il attend du président Assad son accord en vue de la normalisation des relations syriennes avec Tel-Aviv. “Le président Assad n’a pas rejeté l’idée, mais n’a pas confirmé son accord et il est disposé à reprendre les négociations au point où elles ont abouti”.
Melhem Karam: - Si le Liban et la Syrie parvenaient à la paix avec Israël, qu’adviendrait-il du rôle iranien?
Président Moubarak: La Syrie peut parler du rôle iranien et je ne voudrais pas, à l’heure actuelle émettre mon avis à ce sujet. L’Iran nous a critiqué récemment, disant que l’Egypte est “l’Etat de camp David”. Nous devrions tous comprendre le cadre et l’esprit de camp David d’une manière saine. Si nous l’avions fait, Israël se serait retiré de Gaza et de Cisjordanie à une zone qui aurait fait l’objet d’un accord lors des négociations. Nous aurions mis un terme à la prolifération des colonies de peuplement qui constituent, en ce moment, la grande difficulté à aplanir. Les Arabes auraient obtenu plus d’acquis qu’aujourd’hui”.
Melhem Karam: - Si Israël acceptait de relancer les négociations avec le Liban et la Syrie à partir du point où elles ont abouti en février 96, en posant comme condition que Damas cesse de soutenir le “Hezbollah”; ne croyez-vous pas que ce parti ferait acheminer les armes dont il a besoin par voie de mer s’il ne pourrait plus emprunter le territoire syrien?
Président Moubarak: “La voie terrestre n’est ni sûre, ni garantie. Mais si la paix était réalisée sur les volets libanais et syrien, tous les problèmes trouveraient leur solution”.
LES ARABES VEULENT LA PAIX
Melhem Karam: - Vous écartiez la tenue d’un sommet arabe élargi: pensez-vous que le moment est venu pour rassembler tous les Etats arabes?
Président Moubarak: “Un an ne s’est pas encore écoulé depuis le sommet de l’an dernier qui a regroupé tous les pays membres de la Ligue. Ceci est normal, les Etats frères étant tous favorables à l’instauration d’une paix juste et globale”.
Melhem Karam: - Vous attendez-vous à des résultats positifs de votre visite à Washington le mois prochain?
Président Moubarak: “La paix est inévitable; elle
est au centre de mon action et mon principal objectif. L’Histoire ne revient
jamais en arrière et ce qui se passait il y a dix ans, ne peut se
reproduire maintenant, la guerre étant devenue une “ancienne mode”.
Quand nous avons combattu Israël, notre cause n’a pas été
résolue, mais nous avons réactivé l’opération
de paix et ouvert la voie aux peuples de la région. La Jordanie
a signé un traité de paix et les Palestiniens s’y sont engagés.
Au Liban et en Syrie on parle de paix qui est un fait réel dont
la réalisation requiert du temps. Quitter le Golan ou ne pas le
quitter? Il s’agit, en fait, d’une question tactique. Des voix s’élèvent,
à présent, en Israël pour soutenir qu’il n’est pas possible
de réaliser la paix avec la Syrie sans la restitution du Golan.
Je me rappelle peu de temps avant l’assassinat de Rabin et du temps de
Pérès, le retrait du Golan ne représentait plus un
problème; c’était une chose acquise. Lorsque Rabin m’en a
informé, je n’ai pas voulu divulguer la question pour ne pas lui
causer des ennuis. Toute action dans le sens de la paix me rend optimiste”.
COMMENT COMBATTRE LA VIOLENCE EN HAUTE ÉGYPTE?
Melhem Karam: - Le massacre perpétré dans la ville de Abou-Korkas ayant fait dix victimes coptes, fait appréhender le retour de la violence confessionnelle en Haute Egypte. Pourquoi les forces de l’ordre n’ont-elles pas établi une garde autour des lieux de culte et des points névralgiques?
Président Moubarak: “La violence remonte au temps de la monarchie chez nous, surtout dans les régions montagneuses où les éléments séditieux cherchent refuge. “En ce qui concerne l’attaque contre l’église, je tiens à préciser que le responsable religieux avait demandé la levée de la garde depuis un mois. De toute manière, les criminels n’échapperont pas à la Justice et recevront leur châtiment”.
Melhem Karam: - Les forces de l’ordre sont parvenues à freiner la vague de terrorisme. Cependant, certaines opérations indiquent qu’il existe encore en Egypte des “poches de résistance” disposant d’infrastructures. Quel est votre plan pour éradiquer ce fléau d’une façon radicale?
Président Moubarak: “J’ai déjà dit que le terrorisme est un phénomène mondial ayant atteint l’Amérique, la France, l’Espagne, l’Italie, le Japon et Israël. La sécurité ne peut être assurée d’une façon absolue dans le monde et j’ai déjà préconisé la tenue d’une conférence internationale sous les auspices des Nations Unies, ayant pour tâche d’élaborer un plan de lutte contre le terrorisme. “Puis, des pays continuent à accorder un refuge aux terroristes qui sont des éléments stipendiés, leur objectif étant de déstabiliser tout pays paisible. Sans la liberté et la démocratie en Egypte, tous les terroristes seraient en prison et nul n’aurait entendu parler de leurs “exploits”. Pour combattre le terrorisme, une coopération parfaite est réclamée sur le plan international et il est sérieusement question de tenir une conférence mondiale à cette fin”.
Melhem Karam: - Le général Hassan Al-Alfi, ministre de l’Intérieur, a accusé carrément les “Frères musulmans” assurant qu’ils entretiennent des rapports avec des mouvements terroristes à l’étranger: seriez-vous de son avis ou bien estimez-vous que les “Frères musulmans” est un mouvement modéré comptant des éléments extrémistes?
Président Moubarak: “Il n’y a pas de place en Egypte à une formation des “Frères musulmans”. Nous sommes tous des musulmans et l’Islam est la religion de la modération, comme c’est le cas de toutes les religions célestes. Puis, quiconque ne fait pas partie des “Frères musulmans” n’est-il pas mahométan?”.
NON A DES PARTIS SUR UNE BASE RELIGIEUSE
Melhem Karam: - Les “Frères musulmans” pourraient-ils disposer un jour d’un statut politique, comme c’est le cas en Jordanie où le “front du Travail” est la façade politique de ce mouvement et de leurs députés à la Chambre?
Président Moubarak: “La loi chez nous ne permet pas la fondation de partis sur une base religieuse. La religion est à Dieu et la création de partis religieux expose la stabilité des sociétés au danger; surtout lorsque les partis se multiplient et se divisent en formations opérant sur base de la religion”.
Melhem Karam: - Jusqu’à quel degré les Etats arabes et européens ont-ils réagi favorablement à votre requête par laquelle vous leur avez demandé d’expulser les Egyptiens et les Afghans qui y ont cherché refuge et sont impliqués dans des opérations anti-égyptiennes? Quelle a été la réaction de pays comme le Pakistan, le Yémen et le Soudan?
Président Moubarak: “Nous traitons avec tous les pays selon les accords conclus”.
QUI HEBERGE LES TERRORISTES?
Melhem Karam: - Comment expliquez-vous le fait pour des Etats européens tel la Grande-Bretagne, d’héberger des mouvements religieux extrémistes ayant des rapports avec le terrorisme dans le monde arabe et islamique?
Président Moubarak: “Nous avons évoqué cette question avec les Britanniques qui accueillent un groupe de terroristes de différentes nationalités... La France a pâti du terrorisme et a eu des contacts avec la Grande-Bretagne à ce sujet. Les terroristes sont un danger pour le pays qui les héberge; ils se retournent généralement contre lui, à plus ou moins brève échéance”.
Melhem Karam: - Qui profite de l’ouverture économique? En Egypte, des accusations sont lancées contre une classe déterminée qui réalise des profits aux dépens de la société égyptienne. Est-ce exact?
Président Moubarak: “C’est une allégation erronée. J’affirme que, dès le début, nous avons veillé à préserver les données sociales de la réforme économique, afin que le citoyen ne supporte pas des fardeaux dépassant sa capacité. “La réforme économique s’est avérée nécessaire, surtout si nous nous souvenons de la situation économique désastreuse au début des années 80, alors que les infrastructures étaient en état d’effondrement. “Sans les efforts monstres déployés en vue de remettre en état ces infrastructures et de les rénover, nous ne serions pas arrivés à la situation actuelle et nous ne serions pas parvenus à l’étape de l’essor économique reposant sur des bases solides et stables. Tous les indices économiques témoignent de la vitalité et du caractère sain de l’économie égyptienne.
QUI PROFITE DE LA RÉFORME ÉCONOMIQUE?
“En ce qui concerne l’ouverture économique et la privatisation, laissez-moi vous dire que bon nombre d’entreprises du secteur public étaient au bord de la faillite. Pour compenser les pertes de ce secteur, nous prélevions sur le budget de l’Etat les crédits nécessaires afin d’assurer les services et d’élever le standing de vie du citoyen, en le faisant bénéficier des prestations dans les domaines de l’enseignement et de la santé. “Nous avons entrepris la vente de certaines entreprises du secteur public, en proposant leurs actions au citoyen égyptien, dans l’intention de les gérer selon un procédé économique sain, garantissant l’emploi et rapportant des revenus à la société. Pour cela, nous avons séparé le secteur public du budget de l’Etat, le peuple étant le bénéficiaire véritable de cette opération. “Avant la réforme, une catégorie déterminée réalisait du profit; il n’en est plus de même maintenant. Nous nous sommes préoccupés, aussi, de renforcer l’industrie nationale et d’accroître la production afin de réduire le volume de nos importations. Nous encourageons le secteur privé, parce qu’il a la possibilité d’assurer un gagne-pain aux citoyens. Sans la réforme économique, la situation ne serait pas la même à présent et l’Egypte n’aurait pas joui de la prospérité.”
LE PROJET DE LA “NOUVELLE VALLÉE”
Melhem Karam: - Une controverse est instituée autour de la “nouvelle vallée” et de ses avantages. Comment évaluez-vous ce projet et qu’auriez-vous à dire à ceux qui doutent de ses bienfaits?
Président Moubarak: “Lorsqu’avait été posé le projet du haut barrage d’Assouan, une vive controverse avait été instituée. Il en est de même aujourd’hui par rapport au barrage de “Jabal Al-Awliah”. La controverse autour du barrage d’Assouan n’avait cessé que lorsque cet important ouvrage a contribué à combattre la sécheresse et à améliorer les conditions de vie des habitants dans les régions rurales. “Quant au projet de la “nouvelle vallée”, il a fait l’objet d’études préliminaires dans les années soixante, études qui ont coûté, alors, quatre millions de L.E. Le projet a été réétudié maintes fois dans les années 70, 80 et 90 et des modifications y ont été apportées. Naturellement, il a ses partisans et ses adversaires, mais son étude scientifique confirme ses avantages, d’autant qu’il a pour conséquence d’élargir la vallée... En l’an 2017, la population d’Egypte augmentera de près de 20 millions d’âmes. Comment l’ancienne vallée pourra-t-elle contenir cet accroissement démographique si nous n’assurons pas de nouveaux emplois? Ce projet est donc celui des générations futures; il représente une nouvelle naissance et ouvre les horisons de l’espoir. Il permettra la création de nouvelles sociétés agricoles, industrielles et touristiques. Sa première partie s’étendra sur 67 kilomètres et prendra fin dans quatre ans; les générations à venir réaliseront son importance et ses avantages. Les gens n’aiment pas ce qui est nouveau et certains s’opposent à tout pour le plaisir de faire de l’opposition, en dépit du fait que les hydrauliciens ont témoigné de la validité du projet. Des hommes d’affaires et des investisseurs égyptiens et arabes ont déjà émis le désir de contribuer à sa réalisation et se proposent d’exécuter des projets de caractère industriel, agricole et touristique dans cette nouvelle région du pays.”
ASSAD A MÉRITÉ L’AFFECTION DE SON PEUPLE
Melhem Karam: - Certains historiens soutiennent que le président Hafez Assad est plus important que Moawia qui a gouverné pendant vingt ans. Le président Assad est au pouvoir depuis vingt-sept ans, son pays ayant joui de la stabilité, du bien-être et de la souveraineté. Quel est votre commentaire à ce sujet?
Président Moubarak: “Il ne s’agit pas du nombre d’années, mais de la capacité à donner. Si le peuple syrien n’avait pas besoin de lui, il ne l’aurait pas réélu. “Le peuple égyptien m’a élu à trois reprises et si je n’avais pas senti son désir de me voir rester à la tête de l’Etat, j’aurais refusé de présenter ma candidature. Le président Assad a mérité l’affection de son peuple et de ses concitoyens avec ses initiatives sincères. Je fais, quant à moi, des travaux forcés, en ce sens que je ne jouis pas des joies de l’existence, alors que tout citoyen peut profiter de son temps. Je ne puis me déplacer à ma guise et j’aurais préféré être un citoyen ordinaire, libre de se rendre où il le souhaite, sans que des restrictions soient établies sur sa liberté personnelle.”
AUTOUR DE SA PROCHAINE VISITE AUX USA
Melhem Karam: - Quels seront les principaux sujets que vous évoquerez lors de votre rencontre en mars prochain avec le président Clinton à Washington?
Président Moubarak: “Naturellement, la question de la paix dans la région dont l’Amérique détient la clé principale et dont elle est le principal soutien. Il est difficile de réaliser le moindre progrès sans le rôle américain. La paix est nécessaire et les gens veulent vivre en paix; ils veulent bâtir, planter et s’instruire. “Quand nous avons signé un traité de paix avec Israël en 1979, nous avons beaucoup pâti des réactions des frères qui nous ont boycottés. Nous avons supporté tout cela, parce que nous sommes de fervents partisans de la paix, sans laquelle nous ne vivrions pas dans des conditions avantageuses comme aujourd’hui.”
Melhem Karam: Qu’en est-il du prétendu différend opposant Washington au Caire à propos du rôle égyptien dans l’opération du compromis, surtout sur le plan palestinien?
Président Moubarak: “Ce sont des rumeurs et des campagnes insidieuses visant à compromettre les relations égypto-américaines. Le président Clinton connaît parfaitement l’importance du rôle égyptien dans l’opération de paix et le monde se souvient bien que le président Anouar Sadate a ouvert la voie de la paix en 1977. Nous avons beaucoup enduré à cause de cela et ils nous ont qualifiés de traîtres. “Puis, le Sinaï a été évacué, y compris Taba, avant de passer aux autres volets. James Baker a aidé à assurer le succès de la conférence de Madrid et l’ex-président Bush sait comment l’Egypte a contribué à faire avancer le processus de paix. “Par la suite, nous avons engagé les négociations autour de la question palestinienne jusqu’à aboutir à l’accord d’Oslo. Sans les initiatives et le rôle de l’Egypte, tout cela ne se serait pas réalisé. Quiconque prétend que l’Egypte ne veut pas la paix ou agit en vue d’en retarder l’instauration, tient des propos oiseux. Nous sommes concernés par la paix juste et permanente. D’ailleurs, la paix ne peut être permanente si elle n’est pas juste.”
QUID DU RÔLE DE L’EUROPE AU P.O.?
Melhem Karam: - Le désir de l’Egypte de réactiver le rôle européen dans la région ne va-t-il pas à l’encontre de la volonté américaine d’accaparer la solution et de la gérer?
Président Moubarak: “L’Europe elle-même qualifie de “fondamental” le rôle américain dans l’opération de paix. Si l’Europe est appelée à aider, elle est disposée à s’exécuter et ce qui nous importe par-dessus tout, c’est d’instaurer la paix.”
Melhem Karam: Qu’auriez-vous à répondre aux accusations émanant de Washington, selon lesquelles l’Egypte entrave le règlement du conflit régional, en prenant fait et cause pour la partie palestinienne et en soutenant la position syrienne?
Président Moubarak: “Nous sommes un Etat arabe et le sol palestinien est occupé. Ceci étant, pouvons-nous être avec les Israéliens contre les Palestiniens et ne pas soutenir ces derniers dont les droits sont reconnus par la communauté internationale? Je suis en faveur d’une solution équitable et que chacun obtienne son droit... Puis, nous ne pouvons rien imposer aux Palestiniens, mais les aider dans les négociations. J’ai toujours conseillé à Abou-Ammar de persévérer dans les pourparlers et de ne jamais les suspendre, car on parvient en définitive à un résultat. Avec les Américains, nous agissons en vue de rapprocher les points de vue.” «Quiconque prétend que nous entravons l’opération de paix, voudrait probablement, nous inciter à convaincre les Palestiniens d’accepter ce qu’ils rejettent et tel n’est pas notre rôle. «En ce qui concerne l’accord sur Hébron, nous avons aidé Abou-Ammar et l’avons persuadé de ce qui est logique. Sans cela, les difficultés n’auraient pas été surmontées et le règlement du problème serait resté impossible. Nous sommes avec la paix juste qui donne satisfaction aux deux parties».
Melhem Karam: - Le nouveau chef du département d’Etat, Madeleine Albright a présenté il y a quelques jours une liste de l’aide américaine que le Congrès a approuvée. L’Egypte peut-elle se passer de l’aide des Etats-Unis dans un avenir prévisible?
Président Moubarak: «Je ne me rends pas en Amérique
pour parler de l’assistance et je n’évoquerai pas le sujet».
PAS DE PRESSIONS SUR L’ÉGYPTE
Melhem Karam: - On sait que l’Egypte dispose d’une importante réserve en devises étrangères auprès de la Banque centrale égyptienne. Jusqu’à quel point cette réserve vous permet-elle de dépasser les pressions politiques que constitue le programme de l’aide US?
Président Moubarak: «Nous avons franchi le cap difficile, Dieu merci. Le FMI nous a aidés et nous n’avons subi aucune pression. Le principe des pressions politiques est rejeté et nul ne peut exercer des pressions sur l’Egypte. Nous ne pouvons faire pression sur les Palestiniens et l’Amérique ne peut pas exercer des pressions sur Israël. Quant à nous, nous nous employons à rapprocher les points de vue».
Melhem Karam: - Benjamin Netanyahu doit effectuer, prochainement, une visite au Caire. Comment comptez-vous discuter avec lui le problème de Jérusalem et la question du retrait israélien du Liban-Sud et du Golan?
Président Moubarak: «Le règlement du problème de Jérusalem est possible en dépit de tout. Lorsque les accords seront appliqués et les territoires restitués, je crois que les nerfs redeviendront calmes par rapport à la Palestine et les négociateurs palestiniens. On pourra parvenir à un arrangement de nature à satisfaire les deux parties, abstraction faite des déclarations faites de part et d’autre».
Melhem Karam: - Que pensez-vous de la résistance au Liban-Sud et quel rôle y joue l’Iran?
Président Moubarak: «J’émets des réserves sur le rôle iranien quant au soutien de l’Iran à la résistance libanaise».
POURQUOI LES CONDOLÉANCES À ISRAËL?
Melhem Karam: - Pourquoi avez-vous adressé un télégramme de condoléances au chef du gouvernement israélien à la suite de la collision entre deux hélicoptères au-dessus de Hébron, alors que les appareils se rendaient en mission la nuit vers l’intérieur du territoire libanais?
Président Moubarak: «Dès que j’ai été informé de l’accident, je me suis trouvé dans une position de caractère humain nécessitant la présentation des condoléances. Des personnes ont péri dans une collision aérienne et ont été perdues par leurs familles».
Melhem Karam: - D’après la revue militaire britannique spécialisée «Gins» et sur la foi de Netanyahu lui-même, la Jordanie pourrait signer un accord de défense avec Israël. Quels sont vos renseignements à ce sujet?
Président Moubarak: «Je n’ai aucun renseignement à ce propos et cette revue pourrait propager de telles informations en tant que ballons d’essai».
Melhem Karam: - Vous avez entretenu d’excellentes relations avec le président Mitterrand et vos rapports avec le président Chirac ne sont pas moins bons. Quelle est la différence dans la manière des deux hommes de traiter les problèmes de la région proche-orientale?
Président Moubarak: «Tous deux vibrent avec ces problèmes et chacun œuvre en faveur de la paix permanente. Le président Mitterrand avait une manière différente de celle du président Chirac qui est un homme dynamique voulant apporter son aide. Les deux hommes d’Etat français sont mus par les mêmes sentiments et visent le même objectif».
CONTRE LA PARTITION DU SOUDAN
Melhem Karam: - Jusqu’à quel point l’Egypte s’en tient à son opinion que l’opposition soudanaise ne reçoit pas d’aide des pays limitrophes du Soudan, en particulier de l’Ethiopie et de l’Erythrée?
Président Moubarak: «Je ne peux me prononcer à ce sujet. Le vice-président soudanais est venu demander mon aide et a dit que sans la tension qui caractérise les relations entre le Caire et Khartoum, tout cela ne se serait pas produit. Pour votre information, l’Ethiopie n’a pas de présence sur le territoire soudanais. Il s’agit d’opposants entièrement soudanais et nous avons notifié l’Ethiopie et tous les pays voisins de notre position: nous sommes contre la partition du Soudan et Addis-Abéba partage notre point de vue à savoir que l’unité du territoire du Soudan est l’indice le plus important par rapport à la stabilité dans cette région délicate. Le partage du Soudan engendrera plus de violence et la plus grande erreur consisterait à œuvrer aux fins de le favoriser. “Cela s’applique à ceux qui prônent le partage de l’Irak; c’est une erreur qu’aucun Etat ne doit soutenir, car lorsque l’ordre sera rétabli, nul n’acceptera de partager son territoire.”
AT-TOURABI RESPONSABLE DES MALHEURS DU SOUDAN
Melhem Karam: - Le régime soudanais court-il quelque danger après les derniers développements sur le terrain, la chute d’Al-Karmak et d’autres villes tel que Damazine?
Président Moubarak: “Je suis triste pour le sang qui est versé maintenant et At-Tourabi est responsable de tous ces problèmes et difficultés dont pâtit le Soudan. At-Tourabi a prétendu tout ignorer de la tentative d’assassinat dont j’ai été l’objet à Addis-Abéba. Or, depuis une semaine ou dix jours, il a fait des déclarations (le Raïs me les a montrées publiées dans un journal français) où il dit: Ils nous accusent d’héberger trois parmi les éléments ayant pris part à cet attentat. En fait, il est impossible de contrôler toutes les frontières du Soudan. Les accusés sont venus dans notre pays. “Il reconnaît donc qu’ils ont cherché refuge au Soudan, avant de gagner l’Afghanistan. En dépit de cela, At-Tourabi prétend que le Soudan est innocent, tout en admettant que les terroristes qu’il appelle “fedayine” ont pénétré en territoire soudanais et l’ont quitté par la suite.”
Melhem Karam: - Que pensez-vous de l’initiative prise par cheikh Zayed, chef de l’Etat des émirats arabes unis en vue de régler le conflit opposant le régime de Khartoum à ses détracteurs et quelles sont ses chances de succès?
Président Moubarak: “Je doute que l’opposition accepte de s’entendre avec le régime en place au Soudan.”
LE RÉGIME DE KHARTOUM NE SE PERPÉTUERA PAS
Melhem Karam: - Croyez-vous que le régime soudanais peut agréer la demande de l’opposition relative au multipartisme et à la garantie des libertés?
Président Moubarak: “De tout temps, le Soudan a adopté le multipartisme et les Soudanais sont tous des politiciens. Quand j’étais jeune officier, je les entendais au club égyptien de Khartoum, discuter de leurs affaires politiques. Il est donc naturel que le multipartisme soit rétabli. “Le système actuel ne se perpétuera pas: le Soudan pâtit de la famine et d’un effondrement économique, au point que le dollar vaut aujourd’hui 3.000 guinées soudanaises. Ceci est illogique.”
Melhem Karam: La situation économique en Egypte est stable et la livre égyptienne a la même parité dans les banques et auprès des maisons de change...
Président Moubarak: “Quand certains ont réclamé la dévaluation de la monnaie nationale, nous avons refusé d’accéder à leur requête. Nous avons découvert qu’ils voulaient ramener sa parité par rapport au dollar, soit plus de 4 dollars, contre 3,180 dollars. Si nous avions accepté, nous serions revenus au cycle de l’inflation et du déficit.”
PLUS DE TROIS MILLIONS DE SOUDANAIS VIVENT EN ÉGYPTE
Melhem Karam: - Pourquoi n’avez-vous pas encore reçu le colonel John Garang, chef du mouvement populaire pour la libération du Soudan, d’autant que dans une déclaration faite dernièrement à la revue “Al-Hawadess” il a dit que l’Egypte ne lui avait pas accordé un visa et qu’il avait tenté vainement plusieurs fois de visiter Le Caire?
Président Moubarak: “Nous sommes soucieux de ne pas susciter les problèmes: nous prêtons l’oreille à toutes les parties et nos relations avec le Soudan sont permanentes. Nous connaissons tout le monde: As-Sadek Al-Mahdi, Al-Mirghani, ainsi que tous les courants soudanais. Pour votre information, plus de trois millions de Soudanais vivent et travaillent en Egypte, comme leurs frères égyptiens.”
Melhem Karam: - Suscitent-ils des problèmes ou ont-ils recours au sabotage?
Président Moubarak: “Au contraire, les saboteurs viennent du Soudan et se réclament du régime de Khartoum.”
Melhem Karam: Vous avez rencontré le président soudanais plus d’une fois depuis l’attentat avorté d’Addis-Abéba en juin 1995 et Ali Osman Taha, ministre soudanais des Affaires étrangères est venu au Caire dans une tentative de réconciliation. Pourquoi tous les efforts déployés en ce sens ont-ils échoué entre les deux capitales du Nil?
Président Moubarak: “Le Soudan abrite toujours des terroristes qu’il nous envoie à travers le désert oriental. Ils sont appréhendés et avouent au cours de leurs interrogatoires s’être entraînés au Soudan et reçoivent un appui financier dans des régions déterminées de ce pays. Mais les responsables nient ces faits et disent qu’ils ne peuvent s’approcher de ces régions parce qu’elles relèvent d’At-Tourabi et du Front national islamique.”.
PAS DE FORCES ÉTHIOPIENNES AU SOUDAN
Melhem Karam: - Quel était le but de la visite au Caire du vice-président soudanais et aurait-il formulé quelques demandes?
Président Moubarak: “Il nous a appris que des forces éthiopiennes étaient entrées au Soudan, alors que selon nos renseignements, il n’existe aucune présence éthiopienne dans ce pays. Je lui ai dit qu’il s’agissait de Soudanais. Et il a précisé que des forces éthiopiennes stationnaient non loin des frontières communes. Les Ethiopiens n’ont donc pas pénétré en territoire soudanais”.
Melhem Karam: - Croyez-vous, effectivement que le régime soudanais est un “cheval de Troie” iranien en Afrique occidentale?
Président Moubarak: “Pas à ce point. D’après nos renseignements, il s’acquitte de services aux Iraniens en contrepartie d’une assistance”.
Melhem Karam: - Vous attendez-vous à une dualité entre Al-Bachir et At-Tourabi et comment voyez-vous l’avenir du régime soudanais?
Président Moubarak: “La réponse à cette question je l’ai faite à Al-Bachir en personne avec qui j’ai été très franc, en lui tenant ce langage: Parfois At-Tourabi se sert de vous”.
POUR L’ENTENTE LIBANAISE A CENT POUR CENT
Melhem Karam: - Que pensez-vous de la situation au Liban et de l’entente libanaise?
Président Moubarak: “Je souhaite que les Libanais règlent leurs problèmes fraternellement. Quant à nous, nous appuyons l’entente interlibanaise à cent pour cent”.
Melhem Karam: - A votre avis, Israël peut-il nous surprendre au Liban par un retrait unilatéral et inconditionnel?
Président Moubarak: “Non. Les Israéliens craignent d’entreprendre une telle opération. Je vous relaterai l’histoire de leur retrait du Liban quand ils ont poussé leur invasion jusqu’à Beyrouth. Ce jour-là, Pérès était président du Conseil, au temps du gouvernement de la coalition et il déplorait chaque jour des victimes. “Je lui ai dépêché un émissaire pour lui recommander de rapatrier ses troupes et de s’entendre avec les Libanais et les Syriens en vue de pacifier le Liban-Sud. Il a répondu que les Syriens ont fait la sourde oreille. “Par la suite, il m’a adressé un message où il me donnait raison: Ce que vous avez dit est juste; j’ai résolu de proposer au gouvernement le retrait du Liban, à l’exception du Sud, pour prévenir les attaques de la résistance. “Il devait, ensuite, me confier lors d’une visite au Caire que leur problème en Israël réside dans la difficulté à assurer la sécurité de ses frontières nord. Il est donc tenu de protéger les kibboutzim, sinon l’opinion publique israélienne se soulèverait”.
ISRAËL DOIT COORDONNER AVEC LA SYRIE AVANT SON RETRAIT DU SUD
Melhem Karam: - Israël peut-il se retirer de la région de Jezzine près du cordon frontalier, à l’effet de susciter un problème sécuritaire?
Président Moubarak: “Leur retrait sans coordination leur vaudrait bien des problèmes dont nul ne peut prévoir les conséquences. C’est pourquoi, la coordination est nécessaire entre l’Etat hébreu et la Syrie pour que la situation ne devienne pas plus complexe”.
Melhem Karam: - Qu’en est-il du conflit opposant Qatar à Bahrein? Est-il possible de les raccommoder, étant entendu que nul ne refuse jamais rien au Raïs?
Président Moubarak: “Nous avons déployé, précédemment, des efforts dans ce sens surtout après les changements intervenus à Qatar. Je souhaite qu’ils aboutissent à un arrangement de nature à satisfaire les deux pays. L’important est qu’ils forment une même famille, ce qui doit favoriser le règlement du conflit et la fin de la crise”.
Melhem Karam: - Israël peut-il réclamer la révision de l’arrangement d’avril ou le dénoncer?
Président Moubarak: “Je souhaite qu’il ne dénonce aucun accord, car le gouvernement israélien est accusé de ne pas les appliquer, comme ce fut le cas avec les Palestiniens, quand le protocole sur Hébron a tardé à recevoir un début d’application en juin dernier. “Le redéploiement des forces israéliennes en Cisjordanie aurait dû se produire en septembre; il a été reporté à la mi-juin”.
Melhem Karam: - L’industrie de guerre a-t-elle un avenir dans le monde?
Président Moubarak: “Naturellement et il existe un accroissement dans ses ventes. Citons, à titre d’exemple, la Russie, dont les ventes ont augmenté. Si un Etat commande des équipements militaires, ceci ne doit pas signifier qu’il se prépare à la guerre, mais dans le but de protéger son territoire. Tout Etat doit disposer d’une armée forte, unique garante de la paix”.
Melhem Karam: - Y aurait-il des possibilités d’une éventuelle confrontation syro-israélienne?
Président Moubarak: “J’en doute et les Israéliens m’ont informé qu’ils n’avaient pas d’intentions guerrières. Puis, la guerre n’est pas une chose facile et qui la déclenche doit faire face à la condamnation de la communauté internationale tout entière, car le monde ne tolère plus le principe de la guerre et son langage”.
Melhem Karam: - Il n’y a pas de problème pour Votre Excellence dans ce domaine, car l’Egypte est un Etat fort militairement?
Président Moubarak: “Dieu merci”.
Melhem Karam: - Est-elle l’Etat arabe le plus fort?
Président Moubarak: “Je rends grâces à Dieu. Il existe d’autres pays arabes forts, que ce soit militairement ou économiquement”.
Melhem Karam: - Et qu’auriez-vous à dire à propos de l’arme nucléaire?
Président Moubarak: “Nous sommes contre la présence de toute arme nucléaire dans la région”.
Melhem Karam: - Y aurait-il une solution au conflit opposant le Koweit à l’Irak?
Président Moubarak: “Malheureusement, leur conflit a des données historiques. Nous nous rappelons au temps du président Abdel-Nasser, lorsque les Arabes ont dépêché des forces aux frontières du Koweit, sous le mandat d’Abdel-Karim Kassem. L’Egypte a soutenu le droit du Koweit de recouvrer sa souveraineté et sa terre”.
| ÉGYPTE: CARTOGRAPHIE DU PROJET
DE DÉVELOPPEMENT DU DÉSERT DE L’OUEST
Le président Moubarak, dans un document historique a donné le coup d’envoi à un projet de développement sans précédent dans le désert de l’ouest. «Notre objectif, est de créer dans le désert de l’ouest un nouveau Delta pour défricher un demi million de feddans en utilisant les eaux du Nil après l’achèvement de la première étape des travaux. Pour assurer l’application rapide de ce projet, j’ai demandé au gouvernement de procéder, incessamment, au creusement du Canal Toushki pour paver la voie à la mise en chantier du projet qui sera considéré comme le projet égyptien du siècle. «Le projet vise à créer de nouveaux centres agricoles et industriels où l’esprit de corps et un effort colossal seront exigés pour changer la face des choses, de fond en comble. “La conservation de l’eau, l’une de nos plus importantes étapes stratégiques, est impérative pour protéger les intérêts suprêmes de la mère-patrie”. PLAN SCIENTIFIQUEMENT DÉTAILLÉ - La création d’un nouveau Delta à l’ouest de la Vallée du Nil constitue une part du Projet majeur de Développement de la Haute-Egypte, lequel a pour objectif final la redistribution de la population à travers le pays et l’augmentation de son taux de présence sur les surfaces inhabitées, soit de 6% à 25% au cours des deux prochaines décennies. - Le projet du Nouveau Delta, comporte un plan scientifiquement détaillé, couvrant l’agriculture, l’industrie, le sous-sol, le tourisme et l’urbanisme. Le creusement d’un canal à partir du déversoir de Toushki jusqu’à la Vallée Nouvelle, fait partie intégrante du projet, dont la première phase comportera l’écoulement des eaux du Lac Nasser à l’oasis de Baris sur une longueur de 350km, en vue d’irriguer un demi-million de feddans pour en faire des terres arables. - Une station de pompage géante capable de propulser 25 millions de mètres cubes d’eau à 200 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, auquel l’écoulement de l’eau reprendra son cours normal à travers un canal bétonné jusqu’à l’oasis de Baris. RECYCLAGE DE L’EAU Les eaux de ce canal font partie des 55 milliards de mètres cubes, quota des eaux du Nil alloué à l’Egypte, en vertu de l’accord signé en 1959. Pour réglementer l’usage de l’eau de notre Nil, il est couramment procédé à un recyclage de l’eau gaspillée et on est en train de réévaluer le volume des récoltes en général. Sur certaines nouvelles terres défrichées, l’irrigation sera assujettie à des systèmes modernes nécessitant le minimum d’eau pour un maximum de production. - Parallèlement au creusement du canal, le gouvernement entreprend d’assurer les conditions et les besoins préalables à la réalisation du projet. Le plus lourd fardeau du financement, cependant, va peser sur le secteur privé. Aussi, toutes les facilités vont-elles être assurées aux investisseurs. |