LA TRIBUNE
MANŒUVRES DE PAIX
S’agit-il encore d’un «processus de paix» ou se trouve-t-on en face de manœuvres diplomatiques conçues pour ne jamais aboutir? La présence simultanée, à Paris, du chef du gouvernement liba-nais et de son ministre des Affaires étran-gères et, d’un autre côté, en Israël, la visite du ministre français de la Défense, au mo-ment où l’on reparle d’un retrait israélien du Liban-Sud et d’une force française ou multinationale de contrôle des frontières, sont-elles de pures coïncidences? En même temps, M. Netanyahu était à Washington et à New York où il élargissait sa campagne psychologique pour faire appa-raître la Syrie comme le seul obstacle à la paix, sinon comme une menace par son programme présumé de surarmement. Il n’y a plus, depuis l’accord d’Hébron, d’autres sujets d’actualité que cette pression parfaitement coordonnée sur la Syrie et le Liban, dans deux directions différentes. On peut en éprouver de l’inquiétude. M. Berri, quant à lui, se montre paraît-il optimiste. Du moins, on lui prête cette opinion que nous sommes sur la voie de la paix. M. Bouez, pour sa part, s’est montré, par contre, franchement pessimiste dans ses déclarations à Paris. Tels sont, en résumé, les éléments d’information livrés à une opinion ballottée et qui risque de le rester longtemps encore.
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Le gouvernement français, sollicité, a cru mettre les choses au point en précisant qu’un contrôle de la frontière libano-israélienne ne pourrait se concevoir que dans le cadre d’une négociation globale. Il semble clair que la France ne veut pas être entraînée seule dans une telle opération. Quant aux Etats-Unis, principale puissance impliquée dans ce qu’on appelle encore le processus de paix, ils se sont contentés, pour le moment, de réserver à M. Netanyahu un accueil chaleureux comme pour le remercier d’avoir, enfin, signé l’accord sur Hébron. Ils l’ont assuré, comme ils ont coutume de le faire dès que le gouvernement israélien accuse ses voisins de s’armer à outrance, que la supériorité militaire d’Israël demeure toujours en dogme de la politique américaine en Orient. Cela acquis, la Maison-Blanche a gardé un silence prudent pendant que son hôte se répandait partout, de Washington à New York, pour développer ses thèses: maintien et accélération de la colonisation à Gaza, en Cisjordanie, à Jérusalem, refus d’un Etat palestinien, la Ville sainte «à jamais réunifiée et capitale éternelle d’Israël», suspicion à l’égard de la Syrie accusée de ne pas vouloir la paix, de s’armer et d’encourager le «terrorisme»... C’est ainsi qu’avait été préparée l’agression de 1967 qui s’était soldée par l’occupation du Golan, de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et du Sinaï. Enfin, M. Netanyahu a inventé un nouveau thème de propagande: les Etats arabes, dit-il, même ceux qui ont établi des relations avec Israël, ne font absolument rien pour inspirer à leurs peuples des sentiments pacifiques et une volonté de coopération avec le peuple israélien. M. Netanyahu, héraut de la paix. Il n’y a pas de quoi rire. Cet homme est réputé expert dans le domaine des relations publiques. On peut, cependant, se demander si, parmi ses auditeurs, il ne s’est trouvé personne pour lui demander comment il peut prétendre gagner la confiance des peuples arabes quand il n’arrête pas, depuis sa campagne électorale jusqu’à ce jour, de prendre l’opinion arabe à rebrousse-poil. Il oublie un peu facile-ment les tueries de Cana et celles perpétrées par ces mêmes colons qu’il ne cesse d’encourager, ses tergiver-sations avant d’en arriver à l’accord sur Hébron, son refus de négocier sur Jéru-salem (pendant qu’il pousse à la judaï-sation de sa partie arabe) sur la restitution des zones rurales de Cisjordanie, sur le Golan, sa volonté de maintenir l’autonomie sous contrôle militaire, c’est-à-dire à la vider de tout sens politique et national, etc... En un mot comme en cent, il prétend ignorer les effets nocifs de sa politique affichée de remise en question des acquis de Madrid, d’Oslo, de Wye Plantation et de sa méfiance à l’égard de ses partenaires palestiniens et de ses voisins. La méfiance suscite la méfiance comme la violence, la violence. Si, aujourd’hui, M. Netanyahu s’inquiète d’un retourne-ment de l’opinion arabe qui, depuis Madrid, était acquise à l’idée de relations pacifiques avec Israël et s’il constate que les fractions minoritaires hostiles aux accords d’Oslo gagnent maintenant du terrain, il n’a qu’à s’en prendre à lui-même et à ses colons. Qui donc a assassiné Rabin?
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M. Netanyahu est, peut-être, maître en manipulation de l’opinion américaine parfaitement encadrée par les organisations juives, la vérité finira, cependant, par s’imposer. Mais, en attendant, que de temps perdu ouvrant la voie à tous les dangers! M. Clinton, pour sa part, les mesure-t-il? Tirera-t-il la leçon des erreurs commises par la politique américaine en Orient depuis 1955, sans interruption jusqu’à ce jour? M. Dennis Ross, patient médiateur, revient bientôt pour sonder Damas dont les positions ont été publiquement et clairement répétées sans relâche en faveur d’une paix en contrepartie de la restitution des territoires. S’il revient avec seulement des idées israéliennes à peine nuancées par le département d’Etat, on peut parier sur une démarche destinée seulement à retenir, en quelque sorte, les belligérants dans une négociation sans fin... ... Ou l’art de manœuvrer sans jamais toucher au but.
RENE AGGIOURI.