LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Un sommet libano-syrien s’est tenu, dimanche dernier à Damas, pour la première fois depuis l’éclatement de la troïka. Les développements de la conjoncture régionale et l’éventuelle relance des négociations de paix étaient au centre des entretiens de cinq heures entre les présidents Hraoui et Assad. Les deux hommes d’Etat ont, également, évoqué les problèmes qui se posent sur la scène libanaise, mais rien n’a transpiré, comme en s’en doute, de leur échange de vues, le vice-président syrien, en charge du dossier libanais, n’ayant rien voulu en révéler...

PREMIER SOMMET LIBANO-SYRIEN APRÈS L’ÉCLATEMENT DE LA TROÏKA...

Pour la première fois depuis l’éclatement de la troïka, un sommet libano-syrien s’est tenu dimanche à Damas. Les présidents Hraoui et Assad ont procédé à un échange de vues sur les questions d’intérêt commun aux deux pays et sur la conjoncture régionale: leur tête-à-tête s’est prolongé pendant trois heures, avant qu’ils soient rejoints par M. Abdel-Halim Khaddam, vice-président en charge du dossier libanais. L’entretien s’est poursuivi pendant près de cent-vingt minutes. Il y a lieu de signaler que la rencontre Hraoui-Assad est intervenue vingt-quatre heures après celle du chef de l’Etat syrien avec son homologue égyptien qui doit se rendre vers la mi-mars à Washington, pour des entretiens avec le président Clinton sur le processus de paix et les moyens à mettre en œuvre pour le réactiver et, surtout, le faire aboutir. Justement, cette question a été au centre du sommet libano-syrien, les deux pays ne cessant de se concerter en prévision d’une éventuelle relance des pourparlers avec l’Etat hébreu. Mais, comme on le sait, les responsables syriens se montrent sceptiques, à ce sujet, voire pessimistes. De son côté, la partie libanaise ne cache pas son inquiétude quant à une possible escalade militaire sur le terrain au Liban-Sud qui est la cible quotidienne des agressions israéliennes, depuis la collision, début février, de deux hélicoptères de “Tsahal” s’étant soldée par soixante-treize tués parmi ses effectifs. Aussi, le chef de l’Etat a-t-il appelé tous les responsables et pôles du pouvoir à mettre une sourdine à leurs dissensions, afin de renforcer le front interne face à l’ennemi et de déjouer tous ses complots. Pour en revenir au scepticisme manifesté par Damas quant à la reprise des négociations de paix, il se fonde sur les petites phrases que Netanyahu ne cesse de ressasser à propos de “l’importance stratégique du Golan” (par rapport à Israël). On sait que la Syrie exige le retrait israélien de cette région pour accepter de reprendre les pourparlers, en posant comme autre condition que ces derniers reprennent à partir du point où ils avaient abouti il y a un peu plus d’un an... alors que Tel-Aviv veut les reprendre à zéro... Et en ce qui concerne les problèmes libanais, il est certain qu’il a été question d’assainir le climat politique sur la scène locale, mais rien n’a transpiré à ce propos et tout ce qui est rapporté par les médias, n’a pu être confirmé par aucune source fiable...

Le souhait du Saint-Père s’est, enfin, concrétisé: Sa Sainteté viendra au Liban, “pays, dit-il, que j’aime tant”, le 10 mai prochain et y passera vingt-quatre heures. La date de la visite papale a été confirmée à l’occasion de la présence, cette semaine au Vatican, du président Hariri qui a conféré, aussi, avec S.Em. le cardinal Sfeir, en visite à Rome avant son départ pour le Brésil.

VISITE PAPALE: DU SOUHAIT À LA CONCRÉTISATION

C’est confirmé: le Pape Jean-Paul II viendra chez nous le 10 mai, pour une visite de vingt-quatre heures, au cours de laquelle il rendra publique l’exhortation apostolique inspirée du communiqué final du synode pour le Liban. C’est une visite qu’il se proposait d’effectuer depuis longtemps, mais qui a été ajournée plus d’une fois, pour maintes raisons, notamment sécuritaires. Cette fois, le souhait du Saint-Père va se concrétiser et le chef de la catholicité donnera, ainsi, la mesure de sa sollicitude à l’égard du pays des Cèdres dont il apprécie, vivement, le message de convivialité et de tolérance, le donnant en exemple à tous les peuples du globe. Le Souverain Pontife sera précédé, le 16 mars, d’une mission pontificale ayant pour tâche d’examiner sur place les différents éléments susceptibles d’assurer le succès de la visite et, surtout, de permettre à Sa Sainteté de transmettre son propre message à une nation, la nôtre, envers laquelle il ne cesse de manifester son affection et qu’il évoque, en permanence, dans ses prières. Ce pour quoi, tous les Libanais lui expriment leur gratitude. Car, contrairement, à ce que le laissent penser des rumeurs insidieuses propagées ces dernières semaines, aucun Libanais digne de ce nom n’émet des réserves vis-à-vis de la visite papale, ni ne s’y oppose, sous prétexte “qu’elle consacrerait un état de fait”... “Je suis heureux de pouvoir me rendre dans votre pays que j’aime tant”, a confié Jean-Paul II au président et à Mme Rafic Hariri qu’il a reçus lundi dans son bureau à la Cité du Vatican. De plus, il a précisé qu’il ne gagnera aucun autre pays de la région et retournera au Saint-Siège dès la fin de son séjour libanais. Bien qu’il ait été invité par Benjamin Netanyahu à se rendre en Israël, quand il l’a reçu, dernièrement à Rome. Ainsi que le président Hariri l’a observé, à juste raison, “la venue du Pape contribuera sans nul doute à renforcer la confiance de l’étranger dans le Liban et son avenir”. De plus, elle constituera un appui moral au processus de paix au Proche-Orient. Fait à signaler: Rafic Hariri est l’un des rares responsables d’un Etat étranger à avoir été reçu au Vatican, quatre fois en moins de trois ans, la dernière audience - celle de lundi dernier - s’étant prolongée durant près de trente-cinq minutes. Au terme de sa visite au Saint-Siège, le président du Conseil a conféré avec les présidents de la République et du Conseil d’Italie, pays avec lequel le Liban entretient d’excellentes relations au double plan politique et économico-culturel. Les entretiens libano-italiens ont porté, essentiellement, sur l’aide que le gouvernement de Rome a promis d’octroyer à notre pays au forum des “amis du Liban” à Washington et, aussi, sur la contribution italienne à l’œuvre de la reconstruction, son aide ayant totalisé jusqu’ici 369 millions de dollars dans le secteur électrique et les infrastructures, une partie de son assistance ayant été consentie en tant que donations.

Ployant déjà sous le lourd fardeau d’une fiscalité devenue insupportable, surtout par les temps qui courent, le contribuable libanais appréhende l’institution de nouveaux impôts et surtaxes, dont les recettes doivent couvrir les dépenses occasionnées par le nouveau barême des échelons et des traitements dans le secteur public. Le ministre d’Etat pour les affaires financières ne trouve pas un autre moyen pour renflouer les caisses de l’Etat. Ne serait-il pas préférable d’en fermer les vannes?

IMPROVISATION ET GABÉGIE: VERS DE NOUVELLES CHARGES FISCALES?

Le projet relatif au barême des échelons et des traitements dans le secteur public revient sur le tapis et provoque une vive controverse. Celle-ci porte sur le moyen de couvrir les dépenses (600 milliards de livres par an) devant provenir du relèvement des mensualités des fonctionnaires. Ce projet devait être débattu, hier jeudi, à l’Assemblée nationale et opposait les partisans de l’institution de nouveaux impôts et surtaxes - le ministre d’Etat pour les affaires financières en tête - aux députés hostiles à une telle mesure jugée “très impopulaire” par les temps qui courent et ils n’ont pas tort de le penser! M. Sanioura soutient, ce qui est logique: “Il faut assurer les crédits avant d’engager la moindre dépense et, à ce plan, la responsabilité est partagée entre le gouvernement et la Chambre des députés.” A quoi les “opposants” répliquent: “Le projet relatif aux échelons et aux traitements a été élaboré par le gouvernement, lequel est tenu de débrouiller les fonds nécessaires pour couvrir les dépenses supplémen-taires.” Mais où chercher l’argent. “L’uni-que moyen, reprend M. Sanioura, est d’imposer de nouvelles charges fiscales.” Il serait question, notamment, de majorer de 5.000 livres le prix des vingt litres d’essence - qui avait été relevé de 3.000 livres il y a un peu plus d’un an - et, aussi, de surtaxer certains produits de consommation courante. Le ministre d’Etat, toujours lui, réfute l’allégation selon laquelle il chercherait “à faire assumer le poids de ce nouveau fardeau à une catégorie déterminée de contribuables” et clame: “Tous les Libanais doivent le supporter... les citoyens devant partager le doux et l’amer qui forment un tout”. Et M. Sanioura de conseiller: “Il nous faut étendre nos jambes à la mesure de notre natte” (sic), façon de dire que nous devons limiter nos dépenses à nos possibilités pécu-niaires...” Ici, une question se pose: Qui dilapide, en fait, les deniers publics? Et pourquoi bien des projets sont exécutés par l’intermédiaire et sous la supervision d’organismes qui ne sont sousmis à aucun contrôle, ni préalable, ni après la fin des travaux? Des crédits avaient été prévus à l’intention des déplacés pour hâter leur retour à leurs villages. Où a disparu cet argent? On invoque le manque de fonds pour justifier le retard à dédom-mager ces pauvres sinistrés puis, subi-tement, on indemnise, généreusement, d’autres - qui le sont beaucoup moins qu’ils le paraissent - en leur débrouil-lant, dont on ne sait où, les sommes requises. Tel a été le cas des squatters de Wadi Abou-Jmil et du quartier d’Al-Maramel, à Ouzaï. Maintenant, le ministre des Dépla-cés, préconise une “taxe” pareille à celle instituée au lendemain du séisme ayant ravagé le Liban-Sud en 1956, en insistant pour que cette surcharge fiscale affecte les classes aisées... et frappe les produits de luxe. Encore, une fois, c’est le temps de l’improvisation qui vaut au pays tant de tracas et, au peuple, plus de priva-tions!

ECHOS ET REFLEXIONS

HISTOIRE ABRACADABRANTE!

Il s’agit, on l’aura deviné, de la prétendue arrestation de membres de l’armée rouge japonaise, affaire qui défraye la chronique depuis près de deux semaines. Elle avait été révélée, le 17 février, par la presse de Tokyo; puis, confirmée par le Premier ministre japonais Hashimoto. Le lendemain, le chef du palais Bustros faisait état de l’arrestation, par les services libanais de sécurité, de Japonais du groupe “Sékigun” qui, précisait-il, étaient soumis à un interrogatoire. Puis, le ministre de l’Infor-mation déclarait à l’issue du Conseil des ministres que, selon les éléments en sa possession, “les Japonais avaient été arrêtés dans la Békaa.” Aussitôt, une mission sécu-ritaire japonaise débarquait à Beyrouth, suivie d’un grand nombre de journalistes, à l’effet d’obtenir de plus amples rensei-gnements que personne n’était en mesure de leur fournir! Quelques jours plus tard, le procureur général près la Cour de cassation démentait l’infor-mation. “Il n’y a pas de détenus japonais dans nos prisons; ce sont vos journaux qui ont propagé des nouvelles à ce sujet”, dit-il aux confrères japonais... Depuis ce démenti, bien des questions sont posées auxquelles personne ne peut donner de ré-ponses. Après un long entretien avec le chef de la diplomatie, l’ambassadeur du Japon s’est limité à dire: “Mon gouverne-ment a demandé, officiellement, des renseignements autour des détenus... Le ministère des Affaires étrangères ne peut rien nous communiquer et a promis de nous contacter dès qu’il recevra des informations.” Lundi soir, nouveau coup de théâtre: à Tokyo, l’Organisation de l’armée rouge confirmait l’arrestation de certains de ses membres au Liban et exigeait leur libération, “parce qu’ils ont été appréhendés sans raison valable”... Quel méli-mélo!

Edouard BASSIL.