SATURNALES

CONFÉRENCES DE CARÊME

Qui l’aurait dit? Nous sommes en pleine période de ca-rême, mais presque rien ne nous le rappelle, sauf bien entendu les soirées plus ou moins bouffonnes et païennes du Mardi gras. Partout ailleurs dans le monde, on perpétue la tradition des «Conférences de carême». Il fut un temps où l’on se précipitait à Beyrouth aux prêches du Carême, tant chez les Franciscains, que chez les Capucins, chez les Pères Jésuites ou à Saint Maron pour écouter tel ou tel éloquent orateur. La présence des fidèles ou de l’audience, dépassait les confessions et même les religions. Chrétiens, catholiques et autres, musulmans, s’y rendaient comme pour recevoir un bol d’oxygène. Aujourd’hui, qu’en reste-t-il à Beyrouth? Au Liban? Des chemins de Croix, le vendredi, agonisants avec des paroissiens plus ou moins enthousiastes, marmonnant quelques prières du bout des lèvres, avec plus ou moins d’entrain. A l’extérieur des Eglises quelques bons concerts, des spectacles plus ou moins heureux, d’autres avec strip-tease et déchaînement touchant la pornographie. Voilà le Beyrouth, le Liban modernes, en période de carême! Et les Libanais prétendent être plus catholiques que le Pape!

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LE PÈRE RIQUET À NOTRE-DAME DE PARIS

Les Libanais, géniaux imitateurs, de tout ce qui se fait dans les grandes capitales, surtout Paris, auraient pu, par exemple s’inspirer des Conféren-ces de Carême de Notre-Dame de Paris. C’est, en effet, dans cette magnifique cathédrale qu’ont eu lieu et qu’ont lieu les plus célèbres prédications tant de l’Avent que du Carême, certaines ayant ébranlé le monde. Créées en 1834, à Notre-Dame de Paris, par Mgr de Quelen, archevêque de Paris, elles se poursuivent avec un grand bonheur, pour ne pas dire succès, jusqu’aujourd’hui. Parmi les plus célèbres, les Conférences de Carême du Jésuite, le père Michel Riquet (1898-1993) qui les donna pendant dix années successives de 1946 à 1955. Le Père Riquet, membre de la Compagnie de Jésus, déporté à Mauthausen en 1944, puis à Dachau en 1945, développa les grands thèmes du Chrétien, face aux problèmes contemporains, tant lorsqu’il occupait la chaire à Notre-Dame de Paris, que partout où il donnait des conférences qui faisaient courir la France. Parmi les plus assidus de ses auditeurs, des membres du Parti Communiste français dont Jacques Duclos, qui portait au Jésuite une sincère admiration. Ils s’appelaient les «ennemis intimes», et ne se ménageaient pas l’un, l’autre. On raconte à ce propos, qu’à l’issue d’une conférence du Père Riquet, ce dernier rencontre Jacques Duclos et lui dit: «On m’a répété des paroles assez dures que vous avez dites à propos de mon carême à Notre-Dame.» Jacques Duclos: «C’est que vous êtes bien habile, mon père, pour défendre le capital tout en l’attaquant». Le Père Riquet: «Mais non, j’ai cité les propres textes de Saint Thomas d’Aquin». Jacques Duclos: «Voyons, mon Père, nous savons tous l’usage qu’en ont fait les pontifes de l’Eglise. Savez-vous ce que je lis en ce moment? «Le Communisme chez les Pères de l’Eglise». La joute oratoire se termine par un éclat de rire général.

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LA DIPLOMATIE DE CES DAMES

Les Américains viennent de prouver au monde, qu’ils s’entendent en diplomatie bien plus qu’on ne se l’imagine. La nomination de Pamela Harriman, bru du grand Sir Winston Churchill, en tant qu’ambas-sadeur des USA à Paris de 1993, jusqu’à sa mort récente, a été un franc succès. Le président Jacques Chirac, en personne, lui a rendu un vibrant hommage et a souligné le rappro-chement profond qu’elle avait réalisé dans les relations franco-américaines. A se rappeler, que Pamela Harriman parlait un excellent français. La seconde nomination et qui s’annonce aussi comme une réussite celle de Madeleine Albright, au poste de secrétaire d’Etat du State Department, c’est-à-dire ministre des Affaires étrangères. C’est la première fois qu’une pareille nomination diplomatique obtient du Sénat américain l’approbation unanime de ses membres: 99 voix contre zéro. Du jamais vu au pays de l’Oncle Sam! Madeleine Albright a déjà commencé par imprégner de son cachet personnel le State Department. Tout d’abord dans son bureau, les portraits de Dean Acheson et Cyrus Vance «idoles» de Warren Christopher ont cédé leurs places aux murs à Thomas Jefferson, au général George Marshall, et au sénateur Edmund Muskie. Le nouveau secrétaire d’Etat voue une admiration illimitée à Marshall, le «père» du Plan Marshall, qu’elle considère comme l’auteur des miracles économiques américain, européen et même, mondial de l’après Deuxième Guerre mondiale. Ensuite du nouveau dans les petites choses: A un secrétaire qui lui demandait ce qui ne lui convient pas dans la salle de bain attenante à son bureau, elle lui répond tout de go: «A ma connaissance, Warren Christopher ne se maquillait pas. Moi, si. «Warren n’avait pas besoin d’une installation pour se coiffer. Moi, si. En période de stress, il faut que je puisse être coiffée sans avoir à quitter mon bureau. «Ensuite, j’ai besoin d’une penderie pour des habits. Je n’ai plus envie de le répéter, Christopher n’avait pas à se changer plusieurs fois par jour, pour les différentes fonctions à assumer. Un complet marine lui suffisait. Moi non. Est-ce bien compris? And please, rapido presto». Inutile d’ajouter que le tout a été organisé selon ses désirs en moins de 48 heures. Ce que femme veut!

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AU PAYS DU SOUS-DÉVELOPPEMENT

A quoi reconnaît-on un pays sous-développé? Aux embarras de ses édiles... et ses autres citoyens! Ainsi la semaine dernière, le chauffeur d’une dame, pour se faire ouvrir un passage, n’a pas hésité à dégainer son revolver sur la route de Khaldé et à tirer plusieurs coups en l’air...! A une autre occasion, face à l’entrée de l’hôtel «Le Gabriel», un gendarme n’a pas hésité, jeudi 20 février à 20h. alors que la circulation était bien fluide, à arrêter tout le trafic pour permettre aux occupants d’une voiture Jaguar immatriculée 553 de monter dans leur véhicule. A savoir que ces monsieur-dame auraient très bien pu le faire sans tous ces embarras. Tout le problème au Liban est celui du «m’as tu vu»? On ne fait rien pour soi, on le fait pour la galerie. Les embarras de nos édiles, égalent ceux des nouveaux riches. On ne sait quoi faire pour être remarqué... Par qui et pour qui?

MARY YAZBEK AZOURY.